Les filles de Magdalena : une fiction sur les blanchisseries irlandaises
Chantal van den Heuvel et Nina Jacqmin signent chez Vents d’Ouest un roman graphique situé dans l’Irlande des années 1920, autour des blanchisseries Magdalene. Paru le 26 août 2026.
Vents d’Ouest a publié le 26 août 2026 Les filles de Magdalena, un album de Chantal van den Heuvel au scénario et de Nina Jacqmin au dessin et à la couleur. Grand format cartonné, 18 euros en papier et 12,99 euros en numérique. L’ouvrage est une fiction, mais il prend pour cadre un fait historique documenté : l’enfermement de femmes dans les blanchisseries irlandaises tenues par des congrégations religieuses.

Ce que l’éditeur annonce
Le récit s’ouvre dans l’Irlande des années 1920. Molly est domestique dans une famille fortunée ; elle grandit auprès de Candice et Brendan, les enfants du foyer, avec lesquels elle se lie d’amitié et forme un petit orchestre. Vents d’Ouest présente l’album sous l’accroche « Les oubliées de l’Histoire : le destin brisé des petites blanchisseuses », et parle d’une « fiction historique qui revient sur un des chapitres les plus sombres de l’histoire irlandaise ». Les qualificatifs qui suivent, dans le texte de présentation, relèvent de l’argumentaire de l’éditeur et non d’un jugement que nous reprendrions à notre compte : nous n’avons pas lu l’album.
Les blanchisseries Magdalene, un fait établi par l’État irlandais
Le cadre du récit n’est pas une toile de fond romanesque. En février 2013, le rapport de la commission interministérielle présidée par Martin McAleese a établi que plus de dix mille femmes et jeunes filles étaient entrées dans les dix blanchisseries Magdalene entre 1922 et 1996, année de fermeture de la dernière. Le rapport ne documente toutefois la voie d’entrée que pour une partie des admissions : sur les 8 025 cas où elle est connue, 2 124 orientations, soit 26,5 pour cent, ont été faites ou facilitées par l’État. Elle demeure inconnue pour 6 582 des 14 607 admissions recensées.
Le 19 février 2013, le Taoiseach Enda Kenny a présenté au nom de l’État, du gouvernement et des citoyens irlandais des excuses sans réserve aux femmes concernées, pour le tort qui leur avait été fait et pour la stigmatisation subie. Le chiffre avancé par l’éditeur, plus de dix mille femmes, correspond donc à celui du rapport officiel.
Troisième album du duo
Chantal van den Heuvel et Nina Jacqmin travaillent ensemble depuis La mystérieuse affaire Agatha Christie, paru chez Vents d’Ouest en 2019, puis George Sand. Ma vie à Nohant en 2021, une coédition Glénat et Éditions du Patrimoine, l’éditeur du Centre des monuments nationaux. Les deux précédents albums portaient déjà sur des figures et des lieux réels, sur un mode romanesque.
Un mot de commentaire, à distinguer des faits qui précèdent. Une fiction reste, pour beaucoup de lecteurs, la porte d’entrée la plus accessible vers une histoire que les rapports officiels documentent sans la rendre lisible. C’est aussi ce qui l’oblige : quand le sujet est une violence institutionnelle dont des victimes sont encore là pour la raconter, l’écart entre ce que l’album invente et ce que l’Histoire établit mérite d’être signalé au lecteur, ce que nous faisons ici plutôt que de le laisser deviner.
- Les filles de Magdalena, Chantal van den Heuvel et Nina Jacqmin
- Vents d’Ouest, hors collection, grand format cartonné
- 112 pages, 30 cm, d’après la notice de la Bibliothèque nationale de France
- Parution le 26 août 2026, EAN 9782749310282
- 18 euros en papier, 12,99 euros en numérique
Sources
- Éditions Glénat, fiche de l’album Les filles de Magdalena, Vents d’Ouest, consultée le
- Bibliothèque nationale de France, notice de l’album, consultée le
- Rapport McAleese, chapitre 8, Findings of Statistical Analysis, consultée le
- RTÉ, Kenny apologises to Magdalene Laundries survivors, 19 février 2013, consultée le
- TheJournal.ie, texte intégral des excuses de l’État aux femmes des Magdalene laundries, consultée le