De quoi parle ce livre ?
Soixante-quatrième tome de One Piece, paru en français chez Glénat le 3 octobre 2012, ce volume réunit les chapitres 627 à 636 et forme la quatrième tranche de l'arc de l'Île des Hommes-Poissons. La couverture pose d'emblée l'arithmétique du titre : les neuf Chapeaux de paille y sont alignés aux côtés de Jinbe. Deux chapitres de reprise, « Je ne les mérite pas ! » et « Le grand nettoyage », ouvrent le volume sur un régime mineur. Tout bascule au chapitre 629, « L'ancien Grand Corsaire se relève », où Jinbe se redresse, puis au chapitre 630, « Révolte ! », où la rébellion de Hody Jones éclate. L'affrontement se noue alors sur la place de la Thoncorde, qui donne son titre au chapitre 631 et son sol à presque tout ce qui suit : l'équipage y tient tête à cent mille adversaires, situation dont le chapitre 634 tire le titre du volume, « 100 000 vs 10 ». Les chapitres suivants travaillent la question des allégeances, de « Amis ou ennemis ? » jusqu'au dernier, « Le général venu d'un royaume futuriste », dont le titre annonce une entrée en scène que le tome laisse à celui qui suit.
Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.
Que vaut ce livre ?
Cent mille contre dix, le tome où l'arc bascule
Le titre ne ménage aucun suspense : il annonce un rapport de forces, pas une intrigue. Ce soixante-quatrième volume de One Piece est celui où l'arc de l'Île des Hommes-Poissons cesse d'installer ses rancunes pour les trancher au poing. Eiichirō Oda y fait converger le volume vers un décor unique, la place de la Thoncorde, et vers une seule idée, celle que le chapitre 634 prête au tome entier. La question n'est donc pas de savoir qui l'emporte, mais ce qu'un auteur tire d'une addition connue d'avance.
Le découpage du volume est d'une netteté peu commune pour un récit prépublié semaine après semaine dans le Weekly Shonen Jump. Les deux premiers chapitres, « Je ne les mérite pas ! » et « Le grand nettoyage », prolongent la séquence précédente et laissent au lecteur le temps de reprendre son souffle. Le chapitre 629 rallume la mèche en remettant debout l'ancien Grand Corsaire Jinbe ; le chapitre 630, « Révolte ! », la fait exploser avec le soulèvement de Hody Jones. Vient ensuite « La place de la Thoncorde », qui donne son nom au chapitre 631 et son sol à tout le reste. Cette unité de lieu, presque théâtrale, n'est pas la règle chez Oda, qui aime disperser son équipage aux quatre coins d'une île : la voir tenir sur toute la seconde moitié d'un tome produit un effet de concentration rare dans la série.
C'est aussi ce qui donne au dessin son sujet. Cent mille adversaires, cela veut dire des pages noires de silhouettes, des trames poussées jusqu'à saturation, un travail de masse que le noir et blanc rend plus âpre que ne le ferait la couleur. Oda organise ses planches autour d'un contraste élémentaire et parfaitement lisible : le grouillement uniforme d'un côté, une poignée de figures reconnaissables à leur seule découpe de l'autre. Lu de droite à gauche, le volume tire parti de ses grands gestes de balayage, qui poussent le regard dans le sens même où la foule reflue. Les compositions les plus larges arrivent à intervalles calculés et ne s'usent pas.
Sur le plan dramatique, le pari est risqué et pleinement assumé. Le chiffre n'est pas un instrument de suspense : nul ne redoute sérieusement de voir dix combattants submergés. Il est un instrument de démonstration. Le volume met à l'épreuve, dans la bataille, un équipage revenu de deux ans d'absence, et répond page après page à une attente que les tomes précédents avaient laissée en suspens. La tension n'est donc pas dans l'issue mais dans la manière, et Oda a l'intelligence de la déplacer ailleurs, du côté des allégeances : « Amis ou ennemis ? », au chapitre 633, dit assez que l'enjeu véritable est celui de la confiance, dans un arc bâti sur des rancunes héritées.
Reste la place de ce tome dans l'ensemble. Quatrième tranche de l'arc, il en occupe le point d'inflexion, celui où la question posée cesse d'être politique pour devenir physique, et il se garde bien de conclure : le chapitre 636, « Le général venu d'un royaume futuriste », s'arrête sur une entrée en scène dont le volume ne verra pas les effets. Le procédé est constant chez Oda, qui préfère le chevauchement à la clôture ; il fonctionne ici comme un ressort plutôt que comme une esquive, à condition d'avoir le tome suivant sous la main.
Notre verdictUn tome de récompense, au sens le plus concret du terme. Oda y resserre son récit sur un seul décor, confie au noir et blanc un problème de masse qu'il résout avec une élégance sèche, et transforme un rapport de forces absurde en démonstration jubilatoire. Ce n'est ni le volume le plus riche de l'arc, ni le plus surprenant : il assume d'être une fraction de récit, ouverte des deux côtés, et tire de cette franchise une efficacité que peu de tomes de bataille atteignent. On le referme sur une accroche, comme prévu, et l'on prend le suivant.
Points forts
- Une unité de lieu presque théâtralePassé le chapitre 631, la place de la Thoncorde tient lieu de scène unique. Cette concentration, inhabituelle dans une série qui disperse volontiers son équipage sur toute la largeur d'une île, donne au volume une colonne vertébrale immédiatement lisible et lui épargne l'effet de mosaïque qui affaiblit souvent les tomes de milieu d'arc.
- Un dessin de foule que le noir et blanc durcitReprésenter cent mille adversaires est un problème graphique avant d'être un problème d'écriture. Oda le résout par le contraste: une masse anonyme, traitée en trames saturées, contre une poignée de silhouettes que le lecteur identifie d'un coup d'œil. Les grandes compositions arrivent à intervalles mesurés, et la lecture de droite à gauche accompagne les mouvements de balayage sans jamais brouiller l'enchaînement des cases.
- Le retour de Jinbe traité comme un événementLe chapitre 629 s'intitule « L'ancien Grand Corsaire se relève », et la couverture place aussitôt Jinbe aux côtés des neuf Chapeaux de paille. La mise en scène évite le simple renfort de puissance: elle installe une question dramatique, celle des alliances possibles, que le chapitre 633 formule ensuite sans détour.
Réserves
- Un tome illisible seulLe volume s'ouvre au milieu d'une séquence et se referme au milieu d'une autre. Il ne propose ni exposition ni dénouement, et qui le prendrait comme point d'entrée n'aurait aucun moyen de mesurer ce qui s'y joue. C'est la loi du tankobon au long cours, mais elle pèse ici plus lourd qu'à l'ordinaire, tant le sens de chaque coup porté dépend de ce qui a été semé dans les tomes précédents.
- Un adversaire de masse, donc sans visageLe rapport de cent mille contre dix produit de belles pages, mais il rend l'ennemi abstrait. Une foule sans traits n'oppose pas de résistance dramatique, et la charge émotionnelle du volume repose presque entièrement sur des rancunes exposées ailleurs. Le tome emprunte à son passé plus qu'il ne construit pour son propre compte.
- Une entrée en scène gardée pour le tome suivantTout ce que le chapitre 636 annonce, le volume le laisse à celui qui vient après lui: il s'arrête sur un titre, « Le général venu d'un royaume futuriste », sans avoir la place d'en tirer quoi que ce soit. L'accroche fonctionne, mais elle prive le tome d'une véritable dernière page et rappelle un peu sèchement qu'un tankobon reste un fragment vendu au détail.
À qui s’adresse ce livre ?
Ce volume s'adresse aux lecteurs qui suivent la série et, plus précisément, à ceux qui accompagnent l'équipage depuis son retour : c'est à eux que le tome rend des comptes, et le plaisir qu'il procure se mesure à l'attente accumulée. Les amateurs de grandes scènes de bataille collectives y trouveront l'un des morceaux les plus démonstratifs de l'arc de l'Île des Hommes-Poissons. Ceux qui préfèrent les tomes d'intrigue, de politique insulaire ou de révélations passeront un moment plus tiède, l'essentiel du volume étant consacré à l'affrontement. Quant au curieux qui voudrait découvrir One Piece, autant le dire nettement : ce n'est pas ici qu'il faut commencer, ni même dans les trois tomes qui précèdent.
Informations sur l’édition
L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.
Aucune édition référencée pour cette œuvre.
Sources et date de mise à jour
Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.