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MangaLangue d’origine : Japonais

À l'aube d'une grande aventure vers le nouveau monde

Première publication
2012
Éditions référencées
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De quoi parle ce livre ?

Paru chez Glénat le 7 mars 2012, le soixante et unième tome de One Piece réunit les chapitres 595 à 603 et occupe dans la série une position de charnière. Ses trois premiers chapitres referment l’arc Post-Guerre : de « Serment » à « 3D2Y », Luffy, encore sous le choc de la guerre au sommet, renonce à rejoindre aussitôt ses compagnons et leur adresse à distance une consigne que personne d’autre ne peut déchiffrer. Le chapitre 598, « Deux ans plus tard », ouvre alors l’ellipse la plus longue que le récit se soit accordée. Sur l’archipel des Sabaody, des pirates sosies ont usurpé l’identité des Chapeaux de paille et prospèrent sous leur nom ; en rétablissant la vérité, l’équipage revenu plus fort se fait repérer par la Marine et doit se découvrir face à des Pacifista. Les deux derniers chapitres lancent l’arc de l’île des Hommes-Poissons : le Thousand Sunny, enrobé d’une grande bulle, met le cap sur les profondeurs. La couverture, qui aligne les neuf membres sous leur nouvelle apparence, annonce le programme du volume, dont le titre reprend celui du chapitre 601.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

4/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Deux ans en une case : le tome de la bascule

Un tome de One Piece raconte d’ordinaire une bataille, une île, une rencontre. Le tome 61 change d’époque. En neuf chapitres, il solde le deuil ouvert par la guerre au sommet, escamote deux années et remet la série sur ses rails d’aventure, avec un équipage redessiné et une destination sous-marine. C’est un volume de transition, et c’est à cette aune qu’il faut le juger : sur sa manière de rendre lisible, dans un seul tankobon, un basculement que peu de feuilletons au long cours osent risquer.

Le découpage du volume est d’une netteté rare pour un recueil de prépublication, dont le contenu dépend d’ordinaire du rythme des livraisons hebdomadaires du Weekly Shonen Jump. Ici, les neuf chapitres s’organisent en trois mouvements séparés par une charnière unique. Les chapitres 595 à 597 ferment la porte : ils appartiennent encore à l’arc Post-Guerre, ils en gardent les noirs denses, les visages fermés, les silences. Le chapitre 598, « Deux ans plus tard », fait basculer le calendrier à lui seul. Les trois suivants organisent le retour sur l’archipel des Sabaody, et les deux derniers ouvrent déjà la plongée. Un tome de manga est une fraction de récit ; celui-ci assume sa fonction de sas.

Le pari dramaturgique tient à l’ellipse. Oda ne montre pas les deux années, il les fait exister par leurs effets. Le message codé adressé à l’équipage vaut contrat : un rendez-vous est fixé, et le changement de date suffit à le solder. Le procédé n’a rien d’évident dans un magazine hebdomadaire, où l’usage veut qu’on occupe le temps mort plutôt qu’on le supprime. En le supprimant, le tome obtient ce que le shonen d’action obtient rarement : la sensation d’un temps qui a réellement passé hors champ.

Le dessin porte ensuite l’essentiel de l’information. Sur des planches en noir et blanc lues de droite à gauche, chaque membre de l’équipage se signale d’abord par sa silhouette. Cheveux allongés, cicatrice nouvelle, carrure épaissie, tenue changée : le trait mise sur le contour plutôt que sur la description, et chaque transformation tient dans un signe reconnaissable à la taille d’une vignette. La couverture, qui aligne les neuf silhouettes remaniées, fonctionne dès lors comme la première page du récit plutôt que comme un emballage.

Le rythme, en revanche, décroche volontairement. Après la gravité du premier bloc, la séquence des faux Chapeaux de paille ramène le burlesque de foule et la comédie de tromperie qui font le fonds de la série. La démonstration de force contre les Pacifista relève moins du combat que de la mise à jour : elle informe la Marine, elle informe le lecteur, elle ne cherche pas le suspense. Cette absence d’enjeu physique est cohérente avec le projet du volume, mais elle lui laisse un centre creux, coincé entre un deuil qui se referme et une aventure qui n’a pas commencé.

La place dans la série achève de fixer sa valeur. Le tome ferme la saga de la Guerre au Sommet et ouvre celle de l’île des Hommes-Poissons, et le chapitre 601, dont il reprend le titre, revendique dans ses termes mêmes un recommencement : une aube, une grande aventure, un nouveau monde. Terminer sur un navire enfermé dans une bulle qui s’enfonce vers le fond de la mer relève de l’évidence graphique plus que de la trouvaille, mais l’image dit exactement ce que le récit vient de décider.

Notre verdictLe tome 61 est un volume de seuil, et il tient ce rôle avec une netteté que le rythme hebdomadaire rendait peu probable. En neuf chapitres, il solde un deuil, escamote deux années, redessine neuf personnages et lance une plongée vers une île sous-marine, sans jamais donner l’impression de bâcler l’une de ces quatre opérations. Sa réussite repose sur une conviction simple : une ellipse bien préparée vaut mieux qu’un long récit d’entraînement. On lui reprochera son ventre comique et une puissance nouvelle plus proclamée que mise à l’épreuve, défauts inhérents à un tome qui prépare plus qu’il n’accomplit. Reste un objet de feuilleton remarquablement construit, dont la dernière image, un navire enfermé dans une bulle qui s’enfonce vers le noir, dit mieux qu’un discours ce que la série s’apprête à devenir.

Points forts

  • L’ellipse traitée comme un événement, non comme une facilitéLe saut de deux ans n’est pas une commodité de scénariste: il est préparé par le message codé des premiers chapitres, annoncé par un titre de chapitre, puis exécuté d’un seul coup. Le volume transforme ainsi une contrainte de feuilleton, faire patienter le lecteur, en effet graphique. Peu de séries au long cours suppriment d’un trait un intervalle aussi long sans recourir à un chapitre de rattrapage.
  • Une réintroduction de l’équipage entièrement graphiqueLes retrouvailles reposent sur le dessin plus que sur le dialogue. Chaque membre revient par une silhouette, une démarche, un détail de costume, et le trait fait le travail avant la moindre réplique. En noir et blanc, l’exercice est délicat: il faut que le changement se voie sans que le personnage cesse d’être lui-même. Le tome y parvient neuf fois de suite, et la couverture prolonge le procédé en alignant les neuf nouvelles apparences.
  • Un tankobon qui tient comme unité de lectureLe volume commence sur une porte qui se ferme et s’achève sur une plongée, avec au milieu une charnière clairement identifiée. Le hasard des parutions hebdomadaires aboutit rarement à un découpage aussi propre. Lu d’une traite, le tome 61 possède une courbe complète, de la gravité au burlesque puis à l’élan, ce qui en fait l’un des volumes les plus commodes à conseiller comme point de reprise.

Réserves

  • Un premier tiers illisible sans les tomes précédentsLes chapitres 595 à 597 sont la queue d’un arc dont tout le poids émotionnel s’est joué ailleurs. Qui ouvre le volume sans avoir lu ce qui précède recevra des images fortes sans en mesurer la charge, et le message codé, dont l’effet dépend entièrement de l’épisode antérieur, risque de passer pour une bizarrerie. Le tome est une charnière: par définition, il tient à deux battants, dont l’un lui reste extérieur.
  • Une montée en puissance affirmée plus que prouvéeLe volume annonce un équipage transformé mais garde son entraînement hors champ. L’épisode des Pacifista fait office de preuve, sans adversaire capable de mettre réellement qui que ce soit en danger. Le lecteur doit donc accorder au récit un crédit important, que ce tome n’honore pas: il faudra attendre la suite pour savoir ce que la promesse contient.
  • Un centre de gravité comique un peu longL’épisode des sosies remplit une fonction utile, ramener la série à son registre de comédie d’aventure après un arc funèbre. Il occupe toutefois une part notable du volume pour un ressort assez simple, et le quiproquo s’étire au-delà de ce qu’il peut donner. Le contraste avec la densité des trois premiers chapitres accentue l’impression d’un ventre mou avant la relance finale.

À qui s’adresse ce livre ?

Ce tome s’adresse d’abord aux lecteurs qui suivent la série depuis la guerre au sommet et attendent de savoir comment le récit se relève d’un épisode aussi sombre : ils y trouveront la réponse entière, et le soulagement d’un retour à l’aventure. Il conviendra aussi à qui reprend One Piece après une longue interruption, tant le volume fait office de nouveau départ officiel, couverture comprise. Le curieux qui voudrait entrer dans la série par ce volume gagnera à savoir que le premier tiers suppose les tomes précédents, mais il pourra embarquer sans peine à partir du chapitre 598. En revanche, le lecteur qui cherche un tome d’action dense, avec un affrontement construit et un enjeu clair, sera mieux servi par les volumes qui encadrent celui-ci.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Aucune édition référencée pour cette œuvre.

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.