De quoi parle ce livre ?
Quatre-vingt-unième tome de One Piece, paru chez Glénat le 4 janvier 2017, ce volume réunit les chapitres 807 à 816 et poursuit l'arc Zo, ouvert à la fin du tome précédent. Sur cette île juchée sur le dos d'un éléphant géant, les Chapeaux de paille retrouvent Brook et découvrent un pays dévasté. Wanda, guerrière de la tribu des Minks, leur raconte ce qui s'est joué dix jours plus tôt : l'invasion de la principauté de Mokomo par Jack, de l'équipage aux Cent Bêtes, venu réclamer un ninja du nom de Raizo, puis l'emploi contre les habitants d'une arme toxique sortie du laboratoire de César. Luffy fait entre-temps la connaissance des deux seigneurs du pays, le duc Caborage et Maître Chavipère, que tout oppose. Le récit rétrospectif débouche sur un coup de théâtre : le débarquement de Capone « Gang » Bege, qui abat Pekoms et emmène Sanji, révélant au passage que le cuisinier est le troisième fils des Vinsmoke et qu'il est promis à Charlotte Pudding lors de la partie de thé de Big Mom. Le tome se referme sur la décision de Luffy, sur l'arrivée des samouraïs Kinémon et Kanjuro et sur l'aveu que les Minks cachaient bel et bien Raizo.
Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.
Que vaut ce livre ?
Zo, un tome de bascule raconté au passé
Un tome de One Piece se juge d'abord à sa fonction dans la machine. Le quatre-vingt-unième occupe la place la plus ingrate qui soit dans un récit au long cours : le sas entre deux grandes affaires, Dressrosa qui vient de se refermer et l'île Tougato qui n'a pas encore commencé. Eiichirō Oda y prend pourtant un risque de construction que ses volumes de transition évitent d'ordinaire. Plutôt que de dérouler les événements dans l'ordre, il intitule son premier chapitre « Dix jours plus tôt » et confie l'essentiel de sa pagination à un récit rétrospectif. Le lecteur n'assiste pas au désastre, il l'apprend en même temps que les héros, et trop tard pour qu'ils y changent quoi que ce soit. Toute la réussite du volume tient dans ce déplacement.
Le pari du découpage est lisible dès les premières pages. Le tome s'ouvre sur des retrouvailles et sur une question simple, ce qui a bien pu arriver à Zo, puis Wanda prend la parole et ne la lâche plus pendant la majeure partie du volume. Oda recourt là à une convention éprouvée du shonen, le récit enchâssé qui rattrape le retard d'information, mais il en tire un effet moins banal : puisque tout est déjà arrivé, plus personne ne peut intervenir. L'invasion de Jack, le gaz lâché sur la tribu des Minks, la principauté réduite en ruine, tout cela est raconté au passé, donc verrouillé. La colère de Luffy se heurte au mur du temps écoulé. C'est une manière économe de fabriquer de l'impuissance chez un héros dont la marque de fabrique est de n'en jamais éprouver. L'arme employée, sortie du laboratoire de César croisé deux arcs plus tôt, fait payer à des innocents ce que l'équipage n'a pas su neutraliser.
Le même dispositif sert le vrai coup de force du volume. L'enlèvement de Sanji n'est pas donné comme une péripétie en cours, mais comme un fait accompli, enfoui à l'intérieur du récit de Wanda. Quand la révélation tombe, le cuisinier est déjà loin, promis à Charlotte Pudding et rendu à une famille dont on découvre en quelques planches le véritable métier, l'assassinat. Après quatre-vingts tomes où Sanji n'avait jamais été défini par sa lignée, Oda le reprogramme par sa naissance. Le procédé pourrait sentir la rustine ; il est sauvé par un geste d'écriture, la lettre que le cuisinier laisse à ses compagnons avant de suivre Bege, et qui en dit plus long sur lui que toute la généalogie dont on l'affuble.
Graphiquement, le tome exploite un décor dont la série n'avait encore jamais disposé : un pays entier posé sur le dos d'un éléphant vivant, une forêt, une principauté, une population exclusivement animale. Oda y déploie son goût du bestiaire avec une gourmandise évidente, et le noir et blanc y gagne, pelages et crinières offrant aux trames une matière que les architectures de Dressrosa ne donnaient pas. La trouvaille la plus élégante n'est pourtant pas un dessin, mais une idée de gouvernement : Caborage règne le jour, Chavipère règne la nuit, si bien que les deux seigneurs de Mokomo ne se croisent jamais. Le gag animalier, chien contre chat, devient une contrainte narrative véritable, et le volume la garde en réserve jusqu'au chapitre final, qui en porte le titre.
Reste que le rythme est celui d'un aiguillage, non d'un affrontement. Il faut avaler beaucoup de noms neufs, Jack et l'équipage aux Cent Bêtes, les Vinsmoke, la famille Charlotte, Raizo et le pays des Wa, sans qu'aucun de ces fils ne trouve sa résolution en dix chapitres. La dernière ligne droite, l'arrivée des samouraïs Kinémon et Kanjuro et l'aveu qu'elle arrache aux Minks, sert moins de conclusion que d'amorce. C'est la loi du tankobon dans une série prépubliée à l'hebdomadaire : le découpage en volumes reliés ne coïncide pas toujours avec le découpage dramatique, et le quatre-vingt-unième assume d'être un carrefour plutôt qu'une étape.
Notre verdictPure charnière, ce quatre-vingt-unième tome ne conclut à peu près rien, mais il déplace tout. Sa réussite tient à une décision de construction plus qu'à un morceau de bravoure : raconter au passé l'événement le plus important qu'il contient, l'enlèvement de Sanji, et laisser ses héros arriver trop tard. On y perd en spectacle ce que l'on y gagne en tension, et le dessin trouve dans la tribu des Minks et sur le dos de l'éléphant un terrain qui rafraîchit la série après les rues de Dressrosa. Restent une exposition lourde à porter et un volume qui ne tient debout que par ce qu'il annonce. C'est le prix d'un tome d'aiguillage, et Oda le paie ici avec une élégance peu commune dans ce genre d'exercice.
Points forts
- Une analepse qui transforme l'exposition en impuissanceConfier la majeure partie du tome au récit de Wanda pouvait n'être qu'un rattrapage d'informations. Oda en fait un ressort dramatique: parce que tout s'est joué dix jours plus tôt, Luffy apprend le désastre au lieu de l'empêcher. La série trouve là un moyen simple de mettre son héros en défaut sans lui infliger la moindre défaite au combat, ce qui n'est pas si courant dans un shonen de cette longueur.
- Le sort de Sanji, livré comme un fait accompliPlacer l'enlèvement à l'intérieur du récit rétrospectif prive le lecteur de tout espoir de sauvetage immédiat et installe d'un coup la matière du prochain arc. La lettre que le cuisinier laisse à son équipage avant de suivre Bege est le plus beau moment d'écriture du volume: une pudeur qui vaut mieux qu'un adieu.
- Caborage et Chavipère, un gag qui tient lieu de structureUn seigneur qui gouverne le jour, un autre qui gouverne la nuit, et une rivalité de chien et de chat: la trouvaille est comique, mais elle organise réellement le découpage du tome et la façon dont les planches alternent les registres. Deux personnages mémorables naissent en quelques pages, et leur impossibilité de se croiser sert d'horloge au volume entier.
Réserves
- Un tome de carrefour, dont presque rien ne se résoutLe volume ouvre bien plus de dossiers qu'il n'en referme: Jack et l'équipage aux Cent Bêtes, les Vinsmoke, la famille Charlotte, Raizo et le pays des Wa. Aucun de ces fils n'aboutit ici. Lu isolément, le tome donne surtout l'impression d'un aiguillage bien huilé, et qui en attend un affrontement en restera pour ses frais.
- Une densité d'exposition qui pèse sur les planchesEntre le récit de Wanda, la révélation de la famille Vinsmoke et l'irruption du pays des Wa, la quantité de noms propres et d'informations déversée en dix chapitres est considérable. Certaines pages tiennent davantage du récapitulatif que de la mise en scène, et le tome reste à peu près illisible pour qui n'a pas suivi la série au moins jusqu'à Dressrosa.
- Un balancement de ton parfois abruptUne population entière gazée et une principauté en ruine voisinent, à quelques planches d'intervalle, avec une bagarre burlesque entre un chien et un chat. C'est une habitude ancienne de la série, mais le grand écart est ici plus brutal qu'ailleurs, et ce qu'a subi la tribu des Minks s'en trouve un peu désamorcé.
À qui s’adresse ce livre ?
Ce tome ne s'adresse évidemment pas au nouveau venu : il suppose que l'on sorte de Dressrosa, que l'on sache pourquoi l'équipage s'était trouvé séparé et qui sont Kinémon ou Momonosuké. Aux lecteurs qui suivent la série, il offre en revanche deux motifs d'intérêt bien distincts. Ceux qui aiment One Piece pour son inventaire de mondes y trouveront l'un des décors les plus séduisants de la seconde moitié du récit, un pays entier posé sur un éléphant en marche, avec une faune de personnages que le noir et blanc sert particulièrement bien. Ceux qui suivent l'équipage pour ses personnages y verront le volume où Sanji cesse d'être un second rôle, ce qui n'a rien d'anecdotique pour la suite. C'est enfin un tome qui gagne à se lire dans la continuité des suivants : au fil des parutions, son caractère suspensif tourne à l'attente pure.
Informations sur l’édition
L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.
Aucune édition référencée pour cette œuvre.
Sources et date de mise à jour
Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.