De quoi parle ce livre ?
Dix-huitième tome de One Piece, ce volume réunit les chapitres 156 à 166 et fait enfin aborder à l'équipage du Chapeau de paille le royaume vers lequel il navigue depuis plusieurs tomes. La rencontre avec Mr 2 Bonclay, agent de Baroque Works que personne n'identifie, sert de sas comique avant le débarquement. À Alabasta, Luffy interrompt par hasard une rixe de restaurant entre le colonel Smoker et un pirate de l'équipage de Barbe Blanche, Portgas D. Ace, qui se révèle être son grand frère. La fuite réglée, le tome prend la route de Yuba : la traversée du désert donne la mesure de la sécheresse organisée par Crocodile, jusqu'au village rebelle où Vivi espérait plaider sa cause et où ne demeure plus qu'un vieil homme, Toto. Les souvenirs d'enfance de la princesse avec Koza, devenu chef de la rébellion, donnent au conflit son épaisseur intime. En contrechamp, au Spider's Café, les agents spéciaux de Baroque Works reçoivent de Crocodile le détail de l'opération Utopia. Les dernières planches laissent monter le désaccord entre Luffy et Vivi sur la manière d'arrêter la guerre.
Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.
Que vaut ce livre ?
Un frère de passage, un désert qui dure
Paru chez Glénat en novembre 2003, le dix-huitième tome de One Piece occupe dans l'arc Alabasta une position peu gratifiante et pourtant décisive : il n'ouvre pas l'arc, il ne le referme pas, il fait passer le récit du pays rêvé au pays parcouru. Le titre annonce une révélation, et cette révélation n'occupe qu'une part réduite du volume. Le reste est fait de sable, de marche et de préparatifs. C'est un tome de mise en place, et c'est à ce titre qu'il faut aller le chercher pour lui rendre justice.
Onze chapitres, trois régimes de narration, et un découpage qui les articule sans jamais les fondre. Le premier est burlesque : Mr 2 Bonclay, dont le comique repose entièrement sur la pose et sur la déformation graphique, ouvre le volume. L'équipage ne l'identifie pas, et Oda laisse filer le quiproquo sans jamais le souligner. Le deuxième est celui de la révélation. Smoker tombe sur Portgas D. Ace dans un restaurant d'Alabasta, Luffy interrompt la rixe par inadvertance, et l'annonce fraternelle arrive presque en passant, traitée sur le ton du gag familial plutôt que sur celui de la démonstration de puissance. Oda mise sur la réaction de l'équipage et sur la place que le découpage ménage au personnage, non sur ce qu'il montre de lui. Le troisième régime est élégiaque, et c'est celui qui occupe la majeure partie du volume : la traversée du désert, les cités que la sécheresse a vidées, Yuba enfin atteinte et abandonnée de tous ses habitants sauf un.
C'est là que le tome trouve sa vraie matière, et le dessin y change de fonction. Aux planches saturées de détails et de bruit qui font l'ordinaire de la série succèdent de grandes cases horizontales, des trames raréfiées, des silhouettes minuscules posées dans le blanc de la page. Le noir et blanc travaille par soustraction : moins d'encre, plus de vide, une lumière écrasante suggérée par ce qui n'est pas dessiné. Toto, resté seul dans un village que tous ont quitté, donne à ce paysage sa figure humaine, et son obstination en dit plus long que n'importe quel discours sur la sécheresse.
La dramaturgie repose sur un décalage d'information tenu avec constance. Le lecteur assiste au conciliabule du Spider's Café, il entend Crocodile nommer l'opération Utopia et en détailler le déroulement. Vivi, elle, avance de démenti en démenti : le pays qu'elle a quitté n'est plus celui qu'elle décrivait, Yuba ne peut plus servir de point de ralliement, et Koza, l'ami d'enfance que le retour en arrière fait remonter, dirige désormais la rébellion qu'elle veut désamorcer. L'alternance entre la marche des Chapeaux de paille et la mécanique froide de Baroque Works fabrique une tension qui ne doit rien au combat : le piège se referme sans qu'un seul coup soit porté.
Reste le rythme. Prépubliée à raison d'un chapitre par semaine dans le Weekly Shonen Jump, la série impose une relance à chaque fin de chapitre, et le tankobon hérite de cette pulsation. Le tome 18 la contrarie délibérément : en action pure, il contient une rixe interrompue et une fuite. Oda compense par la densité informative et par le retour sur l'enfance de Vivi, qui fait passer la princesse du statut de passagère à celui d'enjeu. La dispute finale tire les conséquences de tout ce qui précède en opposant deux définitions du sauvetage, celle qui veut arrêter la guerre à tout prix et celle qui refuse le prix demandé. Refermer un volume sur une fissure interne plutôt que sur un poing levé, dans ce contexte de parution, est un choix plus risqué qu'il n'y paraît.
Notre verdictAce entre en scène porte un titre qui dit à la fois sa force et sa limite : l'événement annoncé n'occupe qu'une part réduite du volume, et l'essentiel se joue ailleurs, dans le sable. C'est un tome de fondations, et il faut le juger comme tel. Il installe une figure majeure, il donne enfin un visage à la catastrophe que Vivi décrivait jusque-là par des mots, il met en place la mécanique de Baroque Works et il ouvre entre le capitaine et la princesse un désaccord dont tout l'arc va vivre. La récompense viendra dans les volumes suivants, sort commun à tout tankobon situé au milieu d'un arc. Reste que le travail sur le désert et l'intelligence du montage parallèle en font autre chose qu'une étape administrative du récit : un volume qui se lit vite, se relit mieux, et prend sa mesure une fois l'arc achevé.
Points forts
- Une révélation traitée sans emphaseAce n'entre pas par une démonstration de force: une rixe de restaurant avec Smoker, une interruption fortuite, quelques mots entre frères, et le récit repart. Oda fait exister le personnage par la réaction de l'équipage et par la place que le découpage lui ménage, ce qui vaut mieux qu'une présentation en fanfare.
- Le désert traité comme un sujet graphiqueLa marche vers Yuba est le passage où le dessin travaille le mieux. Cases larges, trames raréfiées, blanc de page laissé nu pour figurer l'écrasement solaire: Oda quitte la saturation habituelle de ses planches et obtient un sentiment d'échelle et d'épuisement qu'aucun dialogue n'aurait produit. Le vieux Toto, seul dans Yuba désertée, lui donne sa figure humaine.
- Un montage parallèle qui crée la tension sans un seul combatL'alternance entre la progression de l'équipage et la réunion de Baroque Works installe une avance d'information du lecteur sur les personnages: on entend le nom de l'opération Utopia avant Vivi. Ce décalage porte toute la seconde moitié du volume et rend inquiétantes des scènes où, matériellement, il ne se passe presque rien.
Réserves
- Un tome de transit, qui installe tout et n'achève rienLu isolément, le volume peut frustrer: aucun affrontement mené à son terme, aucune étape franchie pour de bon. Sa valeur tient largement à ce qu'il prépare, et qui en ferait sa porte d'entrée dans la série n'en tirerait qu'une impression d'attente prolongée.
- Des ruptures de ton abruptesLe passage du gag de posture de Mr 2 Bonclay à la désolation de Yuba se fait parfois d'une planche à l'autre, sans transition. C'est une signature d'Oda et beaucoup de lecteurs y tiennent, mais dans un volume dont le sujet est une sécheresse provoquée et une guerre civile imminente, la juxtaposition désamorce par moments l'émotion qui venait d'être construite.
- Ace reste à l'état de promesseLa révélation faite, le récit reprend aussitôt sa route vers Yuba. C'est cohérent avec une série qui construit ses figures au long cours, mais celui qui donne son titre au volume n'en occupe qu'une petite portion, et la couverture promet plus que le sommaire ne tient.
À qui s’adresse ce livre ?
Ce tome s'adresse d'abord aux lecteurs déjà engagés dans la série, qui accompagnent Vivi depuis plusieurs volumes et attendent de voir Alabasta autrement qu'en récit rapporté. Il parlera aussi à ceux qui aiment, dans le shonen au long cours, les moments de suspension : les volumes de marche et de repérage, où la menace se précise sans encore éclater. Les amateurs de combats y trouveront peu de matière immédiate. En revanche, les lecteurs attentifs au dessin de paysage et à la manière dont un mangaka gère le blanc de la page tiennent ici l'un des meilleurs exemples de la première moitié de la série. L'édition Glénat conserve le sens de lecture japonais, de droite à gauche, et le volume reste accessible dès dix ou onze ans, avec cette réserve que son sujet, une sécheresse provoquée et une population poussée à la révolte, demande un minimum de recul pour être saisi autrement que comme un décor d'aventure.
Informations sur l’édition
L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.
Aucune édition référencée pour cette œuvre.
Sources et date de mise à jour
Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.