Le fil littéraireParutions, entretiens, critiques et patrimoineRecevoir l’essentiel
Rechercher

MangaLangue d’origine : Japonais

Alliance entre pirates

Première publication
2013
Éditions référencées
0

De quoi parle ce livre ?

Ce tome 68 rassemble les chapitres 668 à 678, prépubliés dans le Weekly Shonen Jump, et se situe au cœur de l'arc Punk Hazard, celui qui ouvre la saga de Dressrosa. Il s'ouvre sur la scène qui lui donne son titre : Luffy accepte la proposition de Trafalgar Law, et les deux capitaines scellent une alliance entre pirates, sous les yeux effarés d'une partie de l'équipage. Un objectif immédiat se dégage, capturer César Clown, le savant retranché sur cette île coupée en deux. Le récit se répartit ensuite entre plusieurs groupes dispersés dans le laboratoire et ses abords. Le samouraï croisé depuis le début de l'arc se présente enfin sous le nom de Kinémon, tandis que deux pièces essentielles remontent à la surface : le fruit du gaz, qui explique l'insaisissable César, et les liens qui unissent Vergo au mystérieux Joker. Mais l'enlèvement préparé par Law dérape. César libère « Morte-Terre », un gaz toxique présenté comme une arme de destruction massive, et le piège se referme sur tout le monde à l'intérieur du complexe. Le volume laisse ses personnages dans cette situation renversée : alliance conclue, initiative perdue.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

4/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Le pacte scellé, le piège refermé

Onze chapitres, une seule poignée de main, et tout le reste du volume employé à en montrer le prix. Oda ne fait pas attendre la scène que le titre promet : l'alliance entre Luffy et Trafalgar Law occupe les toutes premières planches, et le tome 68 se donne ensuite pour tâche de démontrer qu'un pacte, même spectaculaire, ne dispense de rien. La courbe du tankobon est donc inhabituelle, ascendante en apparence, descendante en pratique, jusqu'à un dernier tiers où le plan des personnages se retourne contre eux.

Le choix de découpage saute aux yeux : la scène que le titre annonce n'est pas gardée pour la fin, elle est expédiée dans les premières pages. Le tome ne repose donc pas sur l'attente d'un accord, mais sur son exploitation immédiate, ce qui l'oblige à trouver ailleurs sa tension. Oda la trouve dans la dispersion. Une fois l'alliance conclue, il éclate son casting en petits groupes répartis dans le laboratoire et sur l'île, puis alterne les registres d'un chapitre à l'autre : bouffonnerie autour du samouraï qui se nomme enfin Kinémon, exposé technique sur le fruit du gaz, montée d'inquiétude autour des liens entre Vergo et Joker. Ce montage alterné est le vrai travail formel du volume, et il tient : chaque chapitre hebdomadaire s'achève sur une relance, mais l'ensemble garde une direction.

L'exposition mérite qu'on s'y arrête. Le chapitre consacré au fruit du gaz règle un problème classique du shonen, expliquer un pouvoir sans arrêter le récit. Oda fait passer l'essentiel des règles de César dans le mouvement même de la scène, si bien que l'information sert de menace plutôt que de notice, et le renversement qui suit en tire aussitôt profit : « Morte-Terre » ne terrifie que parce que le lecteur sait désormais de quoi ce fruit est capable.

Le dessin travaille dans le même sens. Le noir et blanc, si souvent mis à l'épreuve par les décors enneigés de cet arc, trouve ici un usage franc des trames et des noirs pleins : la brume toxique se distingue de la neige, les intérieurs du complexe compriment les personnages en cases resserrées, et l'espace de la planche ne s'ouvre vraiment qu'au moment où le gaz se répand. Les silhouettes déformées de César et de ses hommes, très éloignées du reste du casting, entretiennent le malaise que le scénario réclame.

Reste la place du volume dans son arc. On est au milieu, sans introduction ni conclusion propres, et le dernier chapitre s'arrête dans le hall d'entrée d'un bâtiment identifié par une simple lettre : le récit est devenu si spatial que la découpe en tankobon en paraît arbitraire. C'est la loi du genre, et le tome 68 s'en accommode mieux que d'autres, parce qu'il possède malgré tout sa propre courbe, un pacte au début, un étau refermé à la fin, et entre les deux la démonstration méthodique que les personnages ont sous-estimé leur adversaire.

Notre verdictUn tome de transition qui refuse de se comporter comme tel. En plaçant son événement en ouverture plutôt qu'en point d'orgue, il s'oblige à mériter ses onze chapitres, et il y parvient : la mécanique du fruit du gaz, le nom enfin donné au samouraï et l'irruption de « Morte-Terre » suffisent à donner au volume un mouvement propre, du pacte conclu au piège refermé. Le prix à payer est celui de tous les tankobon découpés dans une prépublication hebdomadaire : rien ne commence vraiment, rien ne s'achève, et la dernière page appelle la première du tome suivant. Pour une fraction de récit, c'est une fraction remarquablement tenue, et l'une des mieux orchestrées de l'arc Punk Hazard.

Points forts

  • L'alliance placée en ouverture, pas en apothéoseOda expédie dans les premières planches la scène que le titre promet, et consacre le reste du volume à ses conséquences. Le tankobon y gagne une courbe singulière: il commence par une victoire de principe et s'achève sur une position perdue, ce qui vaut mieux qu'un tome entier passé à attendre la poignée de main.
  • Une mécanique expliquée sans que le récit s'arrêteLe chapitre sur le fruit du gaz livre les règles du pouvoir de César en pleine action, sans encadré explicatif ni pause pédagogique. L'information devient une menace plutôt qu'une notice, et elle rend le renversement de la fin immédiatement lisible, sans que personne ait à le commenter.
  • Un noir et blanc qui distingue la neige du poisonSur une île dont une moitié disparaît sous la neige, faire exister un gaz mortel n'allait pas de soi. Le tome s'en sort par des trames franches et des noirs pleins, en resserrant ses cases dans les couloirs du complexe et en n'ouvrant vraiment l'espace de la planche qu'au moment où la brume l'envahit.
  • Un montage alterné qui garde le capLes personnages sont éclatés en petits groupes, mais chaque bascule d'un fil à l'autre relance le suivant au lieu de le suspendre. Rares sont, dans un arc de cette longueur, les volumes où la dispersion du casting ne se paie pas en piétinement.

Réserves

  • Un volume qui ne se tient pas seulNi le début ni la fin ne coïncident avec une articulation du récit: on entre en cours d'opération et l'on sort au milieu d'une scène, dans le hall d'entrée d'un bâtiment. Qui n'a pas les tomes 66 et 67 en mémoire perdra la moitié des enjeux, et il faudra le suivant pour que celui-ci trouve sa résolution.
  • Le comique de réaction en pilotage automatiqueLes effarements de l'équipage et le parler archaïsant du samouraï offrent des respirations utiles, mais leur retour mécanique freine parfois une progression déjà ralentie par le nombre de groupes à suivre. Certains fils n'avancent ici que de quelques planches.

À qui s’adresse ce livre ?

Ce tome s'adresse au lecteur qui suit la série dans l'ordre et arrive avec les tomes 66 et 67 en tête : c'est le milieu d'un arc, pas une porte d'entrée. Les amateurs de dramaturgie d'alliance et de manœuvres souterraines y trouveront leur compte, tout comme ceux qui apprécient chez Oda l'art d'orchestrer une dizaine de personnages sur un même plateau. En revanche, qui cherche des combats longs et frontaux devra patienter : on est ici dans une phase de placement, où l'essentiel se joue en information et en position. Les curieux venus de l'anime y verront un enchaînement qui, sur le papier, avance nettement plus vite.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Aucune édition référencée pour cette œuvre.

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.