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Bande dessinéeLangue d’origine : Français

Arabesque

Première publication
2005
Éditions référencées
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De quoi parle ce livre ?

Quarante-huitième album des Tuniques Bleues, Arabesque (Dupuis, 2005) délaisse le récit d'un seul tenant au profit de six histoires courtes. Toutes tournent autour d'un personnage muet et pourtant familier des lecteurs de longue date: la jument du caporal Blutch, seule créature à laquelle le tire-au-flanc du 22e de cavalerie voue une tendresse sans arrière-pensée. Là où le sergent Chesterfield use ses montures au rythme de ses charges héroïques, Blutch protège la sienne, bête fine, intelligente, endurante, et rigoureusement allergique au bruit des coups de feu. De ce déséquilibre naît le moteur comique du volume: Chesterfield rêve de rééduquer Arabesque pour en faire un vrai cheval de bataille, quand Blutch multiplie les stratagèmes pour la tenir loin des lignes. Les épisodes suivent tour à tour le choix des montures et la rencontre du cavalier et de sa jument, ses ennuis de santé, les tentatives de dressage, avant de remonter à ses origines d'avant la guerre, du temps où elle ne s'appelait pas encore Arabesque. Manière oblique, et souvent touchante, de parler des victimes innocentes d'un conflit qui ne leur a rien demandé.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

3,5/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Arabesque, la guerre de Sécession à hauteur de jument

Après quarante-sept albums passés à faire courir Blutch et Chesterfield d'une bataille à l'autre, Cauvin et Lambil s'offrent en 2005 un pas de côté: confier un volume entier à la jument qui trottait jusque-là à l'arrière-plan de la série. Le geste est moins anodin qu'il n'y paraît. En choisissant le recueil d'historiettes plutôt que l'aventure d'un seul tenant, les auteurs abandonnent l'anecdote historique, leur terrain de prédilection, pour regarder leur guerre depuis une bête qui n'a signé aucun engagement. Le pacifisme de la série, d'ordinaire glissé entre deux gags, y trouve un porte-parole idéal: muet, entêté, et parfaitement inapte au sacrifice.

Le recueil impose sa propre mécanique. Chaque historiette tient en quelques planches et doit poser une situation, la faire dérailler, retomber sur une chute. Cauvin, qui a passé sa vie dans cet exercice pour le Journal de Spirou, y est d'une efficacité de métronome, mais le format interdit les longs mouvements de troupe et les revirements dont la série tire d'ordinaire son souffle. Ce qu'il perd en ampleur, l'album le gagne en netteté: dispensé de raconter une campagne, il peut s'attarder sur un détail que quarante-sept volumes avaient laissé au second plan, ce que devient un animal réquisitionné dans une guerre d'hommes.

Lambil y trouve un terrain à sa mesure. Son trait, héritier de l'école de Marcinelle et de sa rondeur expressive, n'a jamais craint la boue, la sueur ni les uniformes fripés; appliqué au cheval, il révèle un dessinateur animalier de premier ordre, attentif à l'encolure, à l'oreille couchée, au regard oblique qui suffit à faire comprendre ce que la bête pense de la cavalerie. Les couleurs de Vittorio Leonardo, terreuses et poussiéreuses, tiennent l'ensemble du côté du bivouac plutôt que de la parade.

Le plus juste tient au partage des rôles. Arabesque ne discourt pas, ne plaide pas, ne se justifie jamais: elle se contente de refuser, et son refus dit tout. Blutch, dont la peur du feu passe volontiers pour de la lâcheté, trouve dans cette jument un alter ego qui lui donne raison sans argumenter; Chesterfield, qui voudrait la corriger comme il voudrait corriger son caporal, se heurte à un entêtement plus solide que le sien. Le vieux duo se rejoue ainsi à trois, et le troisième a l'avantage décisif de ne jamais répondre.

Reste la question du ton. Quand le volume remonte aux origines de la jument, avant l'uniforme et avant le nom, il quitte le registre du gag pour quelque chose de plus grave, sans forcer sur le pathos: la guerre y devient ce qu'elle est pour tout ce qui n'a pas choisi d'y aller, un bruit insupportable. C'est là, plus que dans ses meilleures chutes, que l'album justifie son existence.

Notre verdictArabesque n'est pas un grand album des Tuniques Bleues et ne prétend pas l'être. C'est un pas de côté, tendre et bien élevé, où Cauvin et Lambil accordent un tour de piste à la seule figure de la série qui n'ait jamais eu à prendre parti. Le recueil paie sa formule, répétitive et dépourvue d'enjeu d'ensemble, mais il vaut pour deux raisons au moins: la qualité du dessin animalier de Lambil, rarement aussi bien employé, et le retour final aux origines de la jument, qui donne rétrospectivement du poids à tout ce qui précède. Un volume d'appoint, à réserver aux lecteurs déjà installés dans la série, qui y retrouveront ce qu'ils y ont toujours aimé: une bande dessinée comique qui n'a jamais trouvé la guerre drôle.

Points forts

  • Une héroïne qui n'a pas un mot à direFaire porter un album entier à un personnage muet est un pari, et il tient. Le refus obstiné d'Arabesque devant le feu vaut tous les discours antimilitaristes que la série s'est toujours gardée de prononcer: la jument ne commente pas la guerre, elle s'y soustrait, ce qui se révèle nettement plus efficace.
  • Lambil, dessinateur de chevauxRond, mobile, très marcinellois dans sa manière de faire vivre les seconds rôles, le trait de Lambil se double ici d'un vrai sens de l'anatomie chevaline: allures, encolures, jeux d'oreilles et regards en coin. On sent le plaisir d'un dessinateur à qui l'on offre enfin son sujet, et la mise en couleurs de Vittorio Leonardo l'ancre dans la poussière des bivouacs.
  • Le métier du gag courtSix histoires, six chutes: Cauvin revient au format qui l'a formé et n'y gaspille pas une case. Les meilleures pages se résolvent en quelques vignettes et un regard de travers, sans que le lecteur ait besoin d'une seule ligne d'explication.

Réserves

  • Un volume qui se lit plus vite qu'il ne se raconteNi intrigue d'ensemble ni montée en tension: on passe d'une saynète à l'autre sans que rien ne s'accumule. Qui vient chercher l'ampleur des grands albums de la série trouvera un intermède aimable, refermé en une demi-heure.
  • Le même ressort, plusieurs foisChesterfield veut faire d'Arabesque un cheval de bataille, Blutch s'y oppose, la jument tranche. La variation reste mince d'un épisode à l'autre et le procédé s'use avant la dernière planche; on aurait aimé que les auteurs changent parfois de registre ou de point de vue.
  • Un plaisir réservé aux habituésTout repose sur une complicité de quarante-sept albums avec le sergent et son caporal. Qui découvrirait la série par ce tome lirait des gags corrects mais manquerait l'essentiel, c'est-à-dire ce que ce détour hors du champ de bataille dit du duo.

À qui s’adresse ce livre ?

Album pour les fidèles, ceux qui savent déjà ce que vaut le silence de Blutch quand retentit l'ordre de charger: ils y trouveront un bonus affectueux, une visite des coulisses du 22e de cavalerie. Il convient aussi aux jeunes lecteurs, dès huit ou neuf ans, puisque les histoires se lisent isolément, que la violence reste largement hors champ et que l'amitié d'un soldat et de sa monture offre une porte d'entrée commode dans une série qui parle de guerre sans jamais la célébrer. Les amateurs de chevaux y trouveront davantage leur compte que les amateurs d'histoire militaire, l'anecdote sécessionniste étant ici mise au repos. En revanche, on déconseillera ce volume à qui veut découvrir Les Tuniques Bleues: mieux vaut commencer par l'un des grands récits de la série et revenir à Arabesque ensuite, quand la jument sera devenue une vieille connaissance.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Aucune édition référencée pour cette œuvre.

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.