Le fil littéraireParutions, entretiens, critiques et patrimoineRecevoir l’essentiel
Rechercher
Couverture de Astérix chez les Belges

Bande dessinéeLangue d’origine : Français

Astérix chez les Belges

Première publication
1979
Éditions référencées
4

De quoi parle ce livre ?

Vingt-quatrieme album de la serie Asterix, ecrit par Rene Goscinny et dessine par Albert Uderzo, paru en 1979. C'est le dernier scenario de Goscinny, mort en novembre 1977 pendant sa realisation, Uderzo achevant seul les planches. L'intrigue nait d'une phrase des Commentaires sur la guerre des Gaules de Jules Cesar: de tous les peuples de la Gaule, les Belges sont les plus braves. Piques dans leur fierte, Abraracourcix, Asterix et Obelix partent en Belgique verifier cette reputation. Une rivalite s'engage avec le chef belge Gueuselambix: Gaulois et Belges se defient a qui detruira le plus de camps romains. Faute de pouvoir se departager, ils s'en remettent a Cesar pour trancher. L'affrontement final parodie la bataille de Waterloo, en clin d'oeil au poeme de Victor Hugo. L'album accumule les references belges (frites, biere, banquet compose a la maniere de Bruegel) et glisse l'apparition de deux personnages dessines dans le style d'Herge.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

4/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Astérix chez les Belges: hommage, pastiche et bravoure gauloise

Vingt-quatrième album de la série, 'Astérix chez les Belges' occupe une place à part dans l'œuvre du tandem: c'est le dernier scénario écrit par René Goscinny, disparu en novembre 1977 alors que l'album était en cours de réalisation, puis mené à terme par Albert Uderzo, qui en signait déjà le dessin. Publié en 1979, le livre porte donc une charge affective singulière, entre la mécanique comique parfaitement huilée du duo et une gravité qui affleure par instants. Sous couvert d'une rivalité bon enfant entre Gaulois d'Armorique et tribus belges, il vaut surtout par sa densité de clins d'œil culturels et littéraires, et par quelques pages qui comptent parmi les plus mémorables de toute la série.

Le point de départ tient en une pique d'orgueil: des légionnaires du camp voisin, évoquant leurs affectations, laissent échapper que Jules César tient les Belges pour les plus braves de tous les peuples de la Gaule. Piqué au vif, le chef Abraracourcix décide d'aller vérifier sur place, Astérix et Obélix dans son sillage. De cette vexation naît un concours aussi puéril que réjouissant: qui, des Armoricains ou des Belges, démolira le plus de camps romains? La trame se réduit ainsi à une surenchère, un fil tendu de gag en gag, jusqu'à ce que César en personne vienne trancher la question sur le champ de bataille. C'est là toute la logique de l'album, et sa limite: la progression est accumulative plutôt que dramatique, faite d'épisodes juxtaposés bien plus que d'une tension qui monterait d'un bout à l'autre.

Le vrai moteur n'est pas l'intrigue, c'est le langage. Goscinny cisèle des patronymes à double fond (le chef Gueuselambix évoque la gueuze, cette bière bruxelloise de fermentation spontanée) et fait parler ses Belges avec les tournures qui les caractérisent: le 'une fois' rejeté en fin de phrase, le 'sais-tu', l'accent transcrit dans le lettrage. Le comique naît du décalage verbal autant que de la bagarre. À cet artisanat du mot s'ajoute une strate de références qui font la vraie richesse du livre. Le récit de la bataille finale est confié à un messager qui l'énonce dans le mètre exact de Victor Hugo ('Waterloo! Waterloo! Waterloo! morne plaine!'), pastiche d'autant plus savoureux que Waterloo se trouve bien en Belgique, au prix d'un anachronisme parfaitement assumé. Les Dupondt d'Hergé traversent une case dessinée en 'ligne claire' pour annoncer l'arrivée de César, révérence complice à l'autre grand maître de la bande dessinée belge. Quant au banquet de clôture, il délaisse le festin gaulois rituel pour se déployer en pastiche d'un tableau de Bruegel, page-tableau d'une ambition graphique rare dans la série.

Sous la farce affleurent des thèmes plus sérieux. Le premier est la relativité du courage: le concours de bravoure, poussé jusqu'à l'absurde, finit par se dissoudre de lui-même, personne n'étant plus brave qu'un autre, et le chauvinisme que l'album semblait exhiber s'en trouve désamorcé. Le second, involontaire, tient au deuil. Goscinny meurt en pleine réalisation, et Uderzo fait tomber, sur les dernières planches, une pluie inhabituelle dans un Astérix, silence mélancolique où beaucoup ont lu l'hommage du dessinateur à son complice disparu. La seconde moitié s'en ressent peut-être: un peu moins tenue, comme si l'élan s'était brisé en cours de route.

Notre verdict'Astérix chez les Belges' n'est pas le sommet absolu de la série: son intrigue est trop lâche pour rivaliser avec les meilleurs volumes. Mais il compense par une générosité de références, un plaisir constant du langage et quelques pages qui en font un album à part. Son statut de dernier scénario de Goscinny, et la mélancolie qu'Uderzo y a laissé affleurer, lui ajoutent une émotion qui déborde le simple registre comique. Un album important, chaleureux et cultivé, à défaut d'être parfaitement équilibré. À lire, et à relire pour en débusquer toutes les strates.

Points forts

  • Un festival de référencesRarement un album aura condensé autant de clins d'œil en si peu de pages: le pastiche hugolien de Waterloo, la révérence picturale à Bruegel, l'irruption des Dupondt en ligne claire. Chaque relecture en dévoile de nouveaux, ce qui fait de l'ouvrage un objet nettement plus riche qu'une simple aventure comique.
  • L'art du calembourGoscinny est au sommet de sa science du mot: noms à double sens, parler belge reconstitué avec tendresse, dialogues où le rythme fait rire autant que le sens. C'est un plaisir de langage qui porte l'album de bout en bout.
  • Une moquerie sans méchancetéLa caricature des Belges reste affectueuse, et les Gaulois en prennent tout autant pour leur grade, à commencer par l'orgueil de chef d'Abraracourcix. L'album désamorce le chauvinisme qu'il semble exhiber: au fond, personne n'est le plus brave, donc tout le monde l'est.
  • La page BruegelLe banquet final en pastiche flamand est un vrai morceau de bravoure: Uderzo y déploie, en plein deuil, une virtuosité de composition qui hisse la case de bande dessinée à hauteur d'hommage pictural.

Réserves

  • Une intrigue prétexteLa trame se résume à un concours de destruction de camps romains. Le récit progresse par accumulation de gags plus que par une vraie tension dramatique, ce qui empêche l'album de rivaliser avec les opus les mieux charpentés de la série.
  • Des clins d'œil pour initiésLe pastiche de Hugo, la citation de César, la référence à Bruegel supposent un bagage culturel que le jeune lecteur ou le public non francophone ne possède pas toujours. Une part notable des saveurs reste réservée aux connaisseurs.
  • Une seconde moitié moins tenueLa disparition de Goscinny en cours de fabrication se devine: le rythme perd un peu de sa nervosité dans la dernière partie, et l'ensemble paraît moins ciselé qu'un 'Astérix légionnaire' ou qu'une 'Zizanie'.

À qui s’adresse ce livre ?

L'album se savoure à plusieurs niveaux. Les enfants y trouveront la bagarre, les gags visuels et l'éternel tandem d'Astérix et Obélix. Mais c'est sans doute le lecteur adulte, surtout celui qui connaît un peu la culture franco-belge, qui en tirera le plus: les amateurs de bande dessinée y reconnaîtront l'hommage à Hergé, les lettrés goûteront le pastiche de Victor Hugo, les amateurs de peinture la révérence à Bruegel. Les Belges eux-mêmes apprécieront une caricature complice plutôt que méprisante. En revanche, un très jeune lecteur ou un public non francophone risque de laisser filer une bonne moitié des richesses, purement verbales et culturelles. C'est un album de connaisseurs autant qu'un divertissement familial, à conseiller à qui veut lire Astérix au-delà de la seule potion magique.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Éditions référencées, avec ISBN, éditeur, date de parution et format
ÉditionÉditeurParutionFormatISBNDisponibilité
Astérix chez les BelgesHachetten.c.Relié · 48 p. · Français978-2-01-210024-4Non renseigné
Astérix chez les BelgesHachetten.c.Relié · 96 p. · Français978-2-7242-6796-9Non renseigné
Astérix - chez les Belges - n°24Asterix-Hachette (Educa Books)Relié · 48 p. · Français978-2-01-210156-2Non renseigné
Astérix chez les BelgesDargaudRelié · 48 p. · Français978-2-205-01150-0Non renseigné

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.