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Couverture de Asterix chez les Pictes

Bande dessinée

Astérix chez les Pictes

Première publication
2013
Éditions référencées
1

De quoi parle ce livre ?

Trente-cinquième volume de la série, Astérix chez les Pictes marque un tournant: c'est le premier album conçu sans Albert Uderzo aux commandes créatives, désormais confiées au scénariste Jean-Yves Ferri et au dessinateur Didier Conrad. Tout débute sur la plage du village armoricain, où la mer rejette un curieux bloc de glace. À l'intérieur dort un colosse roux venu du Grand Nord, un Picte de Calédonie, cette contrée lointaine et pluvieuse que l'on nommera plus tard l'Écosse. Panoramix le ranime, mais le voyageur tiré des glaces reste d'abord aphone et ne se fait comprendre que par des mimes et des dessins, gravant une carte. Il n'a qu'une hâte: regagner son clan et retrouver celle qu'il aime. Astérix et Obélix décident de l'escorter par-delà les mers, jusqu'aux terres battues par la brume. Ils y découvrent un pays de clans rivaux, de tartans, de lancer de tronc et de lochs mystérieux, où un chef ambitieux rêve de régner sur tous les Pictes et n'hésite pas à pactiser avec Rome pour parvenir à ses fins. Entre traditions écossaises croquées avec malice et légionnaires embusqués dans la lande, les deux Gaulois devront démêler de vieilles rivalités de tribu et les manœuvres romaines.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

3,5/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Une reprise fidèle qui gagne son pari graphique

En 2013, l'annonce fait l'effet d'un menhir tombé du ciel: pour la première fois, un album d'Astérix paraît sans qu'Albert Uderzo en signe le dessin ni le récit. La lourde tâche revient à Jean-Yves Ferri et Didier Conrad, chargés de prolonger l'une des séries les plus lues de la bande dessinée européenne sans la trahir. Astérix chez les Pictes tient dès lors autant de l'album que du test grandeur nature: la relève saura-t-elle retrouver le ton, le rythme et la gouaille des grands voyages gaulois? En expédiant Astérix et Obélix en Calédonie, sur les traces d'un Picte tiré des glaces, le duo choisit un terrain balisé de la série, celui du périple exotique, pour rassurer les lecteurs autant que pour éprouver ses propres forces.

Le premier mérite de Ferri est d'avoir compris qu'un Astérix de voyage tient à un dosage précis: une nation à caricaturer, une galerie de running gags, un fil rouge simple et une avalanche de calembours. Il applique la recette avec application et un vrai sens du clin d'œil. La Calédonie lui offre un terrain de jeu idéal, où défilent tartans aux couleurs de clan, lancer de tronc, créature tapie au fond d'un loch, cornemuses stridentes et boisson qui fait tourner les têtes. Le récit avance sans temps mort, porté par une rivalité entre clans que Rome cherche à instrumentaliser, ce qui permet de renouer avec la satire politique douce, marque de fabrique de la série depuis Goscinny. Là où l'album se montre plus prudent, c'est dans son refus du risque. Ferri multiplie les hommages, cite volontiers les albums fondateurs et calque sa structure sur les grands voyages d'antan, quitte à donner l'impression d'un pastiche affectueux plutôt que d'une œuvre pleinement neuve. Les jeux de mots, souvent bons, cèdent parfois à la facilité, et certaines figures pictes restent des silhouettes fonctionnelles au service du gag. Le fil sentimental, ce Picte pressé de retrouver sa belle, sert surtout de moteur narratif sans y gagner beaucoup d'épaisseur. Le vrai événement est graphique. Didier Conrad réussit un tour de force en épousant le trait d'Uderzo au point qu'un lecteur pressé pourrait s'y méprendre: silhouettes rondes et expressives, sens du mouvement, bagarres foisonnantes, découpage limpide. On est loin de la ligne claire d'Hergé: c'est bien la veine dynamique et caricaturale propre à Astérix que Conrad prolonge, avec une aisance impressionnante, en glissant çà et là quelques touches personnelles dans les décors et les seconds rôles. La couleur, chaude et franche, donne corps à de vrais paysages de landes et de côtes. Sur le plan visuel, la continuité est presque parfaite, et c'est sans doute ce qui a le plus rassuré les fidèles.

Notre verdictAstérix chez les Pictes n'est pas le meilleur album de la série, et il ne cherche visiblement pas à l'être. C'est une reprise en douceur, appliquée et respectueuse, dont la principale ambition était de prouver qu'Astérix pouvait continuer sans Uderzo sans se renier. De ce point de vue, le pari est gagné: Conrad signe une performance graphique bluffante, Ferri livre un scénario solide, drôle par endroits et fidèle à l'esprit d'origine. Il manque à l'ensemble l'étincelle d'audace et la densité d'écriture des chefs-d'œuvre de Goscinny, mais on tient là une transition honnête et rassurante, qui rouvre l'avenir de la série. Un album de retrouvailles plus que de révolution, à savourer comme le premier chapitre, prometteur, d'une nouvelle ère.

Points forts

  • Une transition graphique réussieLe pari le plus périlleux, remplacer le crayon d'Uderzo, est aussi le mieux tenu. Didier Conrad restitue le mouvement, la rondeur des silhouettes et l'énergie des bagarres avec une fidélité qui frôle le mimétisme, tout en laissant filtrer quelques idées personnelles. La lisibilité du découpage et la vivacité de la couleur assurent une continuité visuelle qui rassure d'emblée le lecteur de longue date.
  • Un dépaysement écossais savoureuxLa Calédonie fournit une matière comique idéale. Ferri exploite avec gourmandise les clichés des Highlands, du tartan aux jeux de clans en passant par la créature du loch et les libations qui font tourner les têtes, sans jamais verser dans la moquerie méchante. Le pays devient un personnage à part entière, pluvieux, rugueux et attachant.
  • Le retour d'une satire politique bon enfantEn greffant sur l'aventure une rivalité que Rome tente d'exploiter, l'album renoue avec la mécanique chère à Goscinny: rire des ambitions humaines et des manœuvres du pouvoir. La charge reste légère, jamais donneuse de leçons, fidèle à l'esprit d'une série qui a toujours préféré le sourire à la démonstration.

Réserves

  • Une prudence qui bride l'inventionSoucieux de ne pas décevoir, Ferri mise avant tout sur la fidélité. L'album accumule les références aux volumes fondateurs et rejoue la structure éprouvée du grand voyage, si bien qu'il séduit sans jamais surprendre. On admire le sérieux de l'exercice plus qu'on ne s'émerveille d'une audace: c'est un album de consolidation, pas de rupture.
  • Des personnages pictes en retraitPassé le postulat du Picte tiré des glaces, la galerie calédonienne peine à exister au-delà de sa fonction comique. Le ressort sentimental qui motive le périple reste convenu, et plusieurs figures locales se résument à un accent, une couleur de clan ou un gag récurrent, loin de l'épaisseur qui rendait mémorables les meilleurs seconds rôles de la série.

À qui s’adresse ce livre ?

L'album s'adresse d'abord aux lecteurs fidèles d'Astérix, curieux de voir comment la série survit au passage de témoin: ils y retrouveront tous leurs repères et de quoi être rassurés. Il conviendra parfaitement aux enfants à partir de huit ou neuf ans, pour l'aventure, les bagarres et les gags visuels, tout en offrant aux adultes une seconde lecture faite de calembours, de clins d'œil et de satire discrète. Les nouveaux venus peuvent l'ouvrir sans crainte, la mécanique de la série se comprenant d'emblée, même si le plaisir sera plus vif pour qui connaît déjà les classiques auxquels Ferri rend hommage. Les amateurs de bande dessinée franco-belge, comme les curieux de l'Écosse et de ses traditions, y trouveront aussi un terrain de jeu réjouissant. En revanche, le lecteur en quête d'audace narrative ou d'un renouvellement profond de la formule risque de rester sur sa faim.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Éditions référencées, avec ISBN, éditeur, date de parution et format
ÉditionÉditeurParutionFormatISBNDisponibilité
Asterix chez les PictesEditions Albert RenéAutre · 48 p.978-2-86497-266-2Non renseigné

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.