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Couverture de Astérix chez Rahàzade, ou, Le compte des mille et une heures

Bande dessinée

Astérix chez Rahàzade

Première publication
1987
Éditions référencées
1

De quoi parle ce livre ?

Vingt-huitième tome de la série et l'un des albums de la période où Albert Uderzo, après la disparition de René Goscinny, assure seul le scénario et le dessin, cette aventure arrache les irréductibles Gaulois à leur Armorique pour les conduire jusqu'aux confins de l'Inde. Le point de départ emprunte à la féerie orientale : un fakir venu d'Orient surgit au village pour réclamer un secours singulier. Dans un lointain royaume, la pluie se fait attendre et la vie de la princesse Rahàzade s'en trouve menacée, un compte à rebours funeste ayant été fixé. Or les Gaulois disposent d'un moyen peu ordinaire de faire tomber l'averse : le chant du barde Assurancetourix, dont les vocalises déclenchent immanquablement l'orage. Astérix, Obélix et Idéfix escortent donc le barde sur la route de l'Orient pour y porter cette pluie salvatrice. Clin d'œil assumé aux Mille et Une Nuits, dont le titre détourne le nom de Schéhérazade, le récit mêle tapis volant, palais fastueux et couleur locale. Entre échappée exotique et course contre la montre, l'album déroule les ingrédients familiers de la série dans un décor inédit, sans rien dévoiler ici de la façon dont les héros dénoueront la situation.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

3,5/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Astérix chez Rahàzade, une échappée orientale d'Uderzo en solo

Publié en 1987, dix ans après la mort de René Goscinny, Astérix chez Rahàzade appartient à cette seconde vie de la série où Albert Uderzo assume seul l'écriture et le dessin. L'album prolonge la tradition des aventures exotiques, celles qui expédient le petit Gaulois moustachu loin de son village pour confronter son bon sens à une civilisation étrangère. Cette fois, cap sur l'Inde des rajahs, décor rêvé pour un hommage appuyé aux Mille et Une Nuits, que le sous-titre malicieux, Le compte des Mille et Une Heures, annonce sans détour. On y retrouve la recette maison, le voyage, l'entraide et les horions distribués aux importuns, mais dans un habillage inédit qui doit autant au tapis volant qu'à la potion magique.

Sur le plan de la construction, l'album reprend l'un des schémas les plus éprouvés de la série, celui du grand voyage vers une contrée lointaine, déjà emprunté en Bretagne, en Hispanie ou chez les Helvètes. Uderzo lui adjoint un ressort narratif net, le compte à rebours : la pluie doit tomber dans un délai fixé, faute de quoi la princesse est perdue. Ce moteur d'urgence, doublé du renversement malicieux du conte de Schéhérazade (ce n'est plus un récit qui repousse la mort nuit après nuit, mais un délai qui la précipite), donne au livre une colonne vertébrale claire et une jolie idée de départ.

Le trait est sans conteste le point fort de l'album. Uderzo y déploie un dessin exubérant, rond et dynamique, virtuose dans le mouvement, les scènes de foule et les expressions outrées. Le cadre indien lui offre un terrain de jeu idéal : palais ornementés, costumes chatoyants, éléphants, charmeurs de serpents et perspectives orientalisantes qu'il croque avec une gourmandise visible. La mise en couleurs, riche et solaire, accompagne ce dépaysement. On est aux antipodes, il faut le préciser, de la ligne claire d'un Hergé : Uderzo cultive un dessin caricatural bien à lui, nerveux et théâtral, héritier de la tradition franco-belge du gros nez et tout entier tourné vers le comique de mouvement.

L'humour, lui, repose largement sur les jeux de mots des patronymes et sur les clichés attachés à une Inde de convention, fakirs sur planche à clous, cobras et rajahs cousus d'or. C'est là que se logent les limites de l'entreprise. Privé de la plume de Goscinny, Uderzo écrit un scénario plus mince, où les gags se font parfois mécaniques et où la satire, jadis mordante, cède du terrain au pur enchaînement d'aventures. Le sel verbal, la mécanique de dialogue au cordeau qui faisaient le prix des grands crus de la série, se dilue quelque peu. On notera aussi que l'humour fondé sur les stéréotypes nationaux a nettement vieilli et se lit aujourd'hui avec un certain recul.

Reste un motif que l'album exploite avec malice, celui d'Assurancetourix. Le barde, d'ordinaire bâillonné et ligoté afin d'épargner ses vocalises au village, devient ici le héros indispensable, puisque son chant catastrophique a le pouvoir de faire pleuvoir. Ce retournement du gag récurrent en ressort central est l'une des trouvailles les plus réjouissantes du livre, et une forme d'hommage tendre à la mécanique interne de la série.

Notre verdictAstérix chez Rahàzade est un album de milieu de gamme dans l'histoire de la série, porté par un dessin somptueux et une belle idée de départ, mais bridé par un scénario que l'on sent orphelin de Goscinny. Le plaisir des yeux y est constant, celui de l'esprit plus inégal. On y goûtera l'inventivité visuelle d'Uderzo, l'hommage malicieux aux contes orientaux et le beau rôle offert à Assurancetourix, sans bouder l'aveu que la magie verbale des grands crus n'y opère qu'à mi-régime. Une lecture agréable et dépaysante, à conseiller aux amateurs de la série plutôt qu'aux néophytes, et à recevoir pour ce qu'elle est : une échappée exotique séduisante, sans prétention au rang des chefs-d'œuvre.

Points forts

  • Un dépaysement graphique somptueuxLe décor indien inspire à Uderzo quelques-unes de ses planches les plus généreuses: palais ciselés, cortèges bariolés, éléphants et tapis volant s'y bousculent dans une mise en couleurs chaude et lumineuse. Le dessinateur, virtuose du mouvement et de la foule, y trouve un terrain parfaitement accordé à son trait vif et caricatural.
  • Une mécanique de conte bien huiléeL'idée de retourner les Mille et Une Nuits, en transformant les nuits de Schéhérazade en heures d'un compte à rebours mortel, donne au récit un ressort d'urgence simple et lisible. C'est une trouvaille de titre autant que de scénario, qui installe l'enjeu en quelques cases.
  • Assurancetourix enfin utileLe barde, sempiternelle victime des bâillons du village, devient le sauveur potentiel grâce à son chant faiseur de pluie. Ce détournement du plus ancien gag de la série en moteur de l'intrigue est une idée savoureuse, qui récompense les lecteurs fidèles d'un clin d'œil complice.

Réserves

  • Un scénario en demi-teinteÉcrit par Uderzo seul, le récit accuse l'absence de Goscinny: l'intrigue est ténue, étirée pour remplir le format, et les gags tournent parfois à vide. On chercherait en vain la densité verbale et la satire acérée des sommets de la série.
  • Un exotisme datéLe comique s'appuie beaucoup sur les clichés d'une Inde de carte postale, fakirs et charmeurs de serpents en tête. Cet humour de stéréotypes, courant à l'époque, se lit aujourd'hui avec une distance certaine.

À qui s’adresse ce livre ?

L'album s'adresse d'abord aux fidèles de la série, curieux de suivre les Gaulois hors de leurs sentiers habituels, ainsi qu'aux jeunes lecteurs que séduiront le dépaysement, les couleurs et le rythme d'aventure. Les amateurs de la période où Uderzo œuvre seul et les collectionneurs soucieux de compléter la saga y trouveront leur compte. En revanche, le lecteur qui découvrirait Astérix aurait tout intérêt à commencer par les classiques de l'ère Goscinny, mieux armés pour révéler la verve satirique et le génie du dialogue qui ont fait la légende de la série. Cet opus se savoure comme une escapade secondaire, plaisante mais accessoire.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Éditions référencées, avec ISBN, éditeur, date de parution et format
ÉditionÉditeurParutionFormatISBNDisponibilité
Astérix chez Rahàzade, ou, Le compte des mille et une heuresA. Renén.c.Autre · 48 p.978-2-86497-020-0Non renseigné

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.