
De quoi parle ce livre ?
Vingtième album de la série Astérix, écrit par René Goscinny et dessiné par Albert Uderzo, paru en 1973. L'album s'ouvre au village gaulois par un grand rassemblement de personnages croisés dans les aventures précédentes, réunis pour célébrer l'anniversaire de la bataille de Gergovie, victoire de Vercingétorix sur César. À cette occasion, les Gaulois attaquent les camps romains voisins et libèrent dans l'un d'eux un prisonnier corse, Ocatarinetabellatchitchix, chef de clan retenu par l'occupant. Astérix et Obélix entreprennent de le raccompagner sur son île. Le récit joue sur une série de traits prêtés aux Corses : sens de l'honneur, vendettas entre clans, sieste, fromage à l'odeur puissante, méfiance envers l'autorité. Sur place, les clans, d'abord divisés par leurs rivalités, s'unissent contre la domination romaine et contre un préteur corrompu qui veut quitter la province en emportant le produit des impôts. L'album s'achève sur une bataille où les Corses coalisés mettent en déroute les troupes romaines.
Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.
Que vaut ce livre ?
Astérix en Corse : le rire de Goscinny au sommet de son art satirique
Vingtième album de la série, publié en 1973, Astérix en Corse occupe une place singulière dans l'oeuvre de René Goscinny (au scénario) et d'Albert Uderzo (au dessin). L'ouvrage est doublement un album de célébration : il s'ouvre sur un grand banquet réunissant une foule de personnages croisés au fil des aventures précédentes, et il se donne d'emblée, par un avant-propos malicieux des auteurs, comme un hommage à toute une culture. L'angle qui mérite l'analyse tient à ce mouvement paradoxal : comment un récit d'apparence légère parvient à croquer une identité collective, la corse, avec une tendresse aussi affûtée que moqueuse, sans jamais glisser vers le mépris. Goscinny y porte son art du portrait de groupe et du jeu de mots à un degré rarement atteint ailleurs.
La construction repose sur un contraste maîtrisé entre l'ancrage et le voyage. L'album s'ouvre au village gaulois par un banquet anniversaire (celui de la victoire de Gergovia sur les légions de César, à ne pas confondre avec la défaite taboue d'Alésia) qui rassemble une galerie de figures apparues dans les épisodes antérieurs : ce clin d'oeil, à mi-chemin du bilan et de la fête, installe une tonalité chaleureuse et complice avant le départ. Le récit bascule ensuite dans un schéma de voyage éprouvé par la série : Astérix et Obélix raccompagnent en Corse un prisonnier corse libéré d'un camp romain voisin, Ocatarinetabellatchitchix, chef de clan et figure de résistance à l'occupant. Sur place, ils se trouvent entraînés dans la lutte contre un préteur cupide qui s'apprête à quitter l'île en emportant le fruit de ses rapines. La dernière partie orchestre le ralliement des clans corses, longtemps dressés les uns contre les autres par leurs vendettas, contre l'ennemi commun.
Cette progression dessine une rime interne qui fait la force de l'album : le village gaulois, uni et irréductible, tend un miroir aux clans corses divisés, et c'est en apprenant à faire taire leurs querelles que ces derniers retrouvent leur propre puissance. La satire trouve là son ressort le plus fin. Sous la farce affleure un motif politique récurrent chez Goscinny : la fierté d'un peuple face à un pouvoir central prédateur, où Rome, son impôt et ses fonctionnaires de passage figurent commodément l'administration lointaine. L'abstention électorale poussée jusqu'à l'absurde, la méfiance envers l'étranger, le sens vertigineux de l'honneur : tout cela caricature autant qu'il rend hommage.
Le style est celui de Goscinny à pleine maturité : dialogues ciselés, comique de répétition et onomastique virtuose. Les gags récurrents (le fromage corse dont l'odeur, puis l'explosivité, finissent par devenir une arme, la sieste sacrée, la susceptibilité qui s'enflamme dès qu'on évoque une soeur, la nonchalance qui masque une énergie prête à jaillir) tissent un portrait d'une belle cohérence comique. L'art de Goscinny tient aussi au non-dit : la parole laconique du Corse, les yeux mi-clos, en dit plus long que de longues répliques. Le trait d'Uderzo épouse ce programme : maquis, reliefs et lumière méditerranéenne sont rendus avec un soin inhabituel, les visages burinés et les postures alanguies donnant à l'île une vraie présence physique. C'est cette épaisseur, sous la légèreté, qui distingue l'album d'une simple succession de blagues.
Notre verdictAstérix en Corse compte parmi les réussites majeures de la série, et beaucoup de lecteurs le rangent tout en haut. C'est un album généreux, qui offre à la fois la fête des retrouvailles, un festival de trouvailles verbales et une satire régionale menée avec une affection désarmante. Ses menues faiblesses (un démarrage un peu long, une intrigue qui s'efface derrière les gags) pèsent peu face à la vitalité de l'ensemble et à la précision de son humour. Un classique du neuvième art, drôle à tout âge, et l'un des sommets du tandem Goscinny-Uderzo avant la disparition du scénariste en 1977.
Points forts
- Une onomastique éblouissanteLe nom du chef corse, Ocatarinetabellatchitchix, décalque le refrain d'une chanson popularisée par Tino Rossi, lui-même natif d'Ajaccio et figure emblématique de l'île: le jeu de mots devient à la fois caractérisation et clin d'oeil culturel. Goscinny transforme la contrainte du suffixe en -ix en un ressort comique inépuisable, où chaque patronyme condense un trait.
- La caricature sans méprisL'album manie les stéréotypes corses avec une affection manifeste, désamorcée d'entrée par un avant-propos humoristique des auteurs qui prévient l'accusation en la retournant. La moquerie vise autant les préjugés que ceux qu'elle croque, ce qui la rend rare et durable.
- L'album-somme et sa galerieLe banquet d'ouverture, qui réunit d'anciens personnages venus de plusieurs albums, fonctionne comme une fête des retrouvailles pour le lecteur fidèle. Ce geste réflexif, inhabituel dans la bande dessinée populaire de l'époque, ajoute une dimension nostalgique à la relecture.
- La Corse dessinée par UderzoLes décors ne sont pas de simples toiles de fond: reliefs, maquis et lumière du Sud sont travaillés avec un soin qui donne à l'île une présence charnelle et transforme le comique de moeurs en véritable récit de voyage.
Réserves
- Un démarrage qui s'attardeLe long banquet initial, savoureux pour les connaisseurs, retarde sensiblement l'arrivée en Corse et l'intrigue proprement dite. Le lecteur venu d'abord pour l'aventure peut trouver que le récit tarde à se mettre en marche.
- Une intrigue mince sous les gagsL'action corse repose davantage sur l'enchaînement des running gags (fromage, sieste, honneur) que sur une mécanique narrative serrée. Le plaisir naît du ton et des caractères plus que des rebondissements, ce qui peut décevoir qui cherche une histoire densément construite.
- Des clichés qui exigent le second degréL'humour de caractère national (susceptibilité, nonchalance) suppose un lecteur complice du procédé. Détaché de son cadre ludique et de son avant-propos, il peut aujourd'hui sembler daté ou appeler une lecture avertie, consciente de la part de convention.
À qui s’adresse ce livre ?
L'album s'adresse d'abord au très large public de la série, enfants comme adultes, car il fonctionne sur deux niveaux : les plus jeunes rient des bagarres, du fromage explosif et des noms cocasses, tandis que les adultes savourent la satire politique et sociale (l'impôt, l'abstention, le sens de l'honneur). Il ravira particulièrement les amateurs de jeux de mots et de la grande tradition de la bande dessinée franco-belge, ainsi que les lecteurs curieux d'une image, affectueuse et caricaturale à la fois, de la Corse. Les fidèles de la série y trouveront une récompense supplémentaire avec la galerie de personnages réunis au début. Un néophyte peut tout à fait l'apprécier, mais il perdra une partie des clins d'oeil : ce n'est sans doute pas l'album par lequel commencer la découverte d'Astérix, plutôt celui qu'on savoure une fois la série familière.
Informations sur l’édition
L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.
| Édition | Éditeur | Parution | Format | ISBN | Disponibilité |
|---|---|---|---|---|---|
| Astérix en Corse | Hachette | n.c. | Autre · 48 p. · Français | 978-2-01-210152-4 | Non renseigné |
| Asterix en Corse | French & European Pubns | n.c. | Relié · 48 p. · Français | 978-2-205-00694-0 | Non renseigné |
| Astérix en Corse | French & European Pubns | Relié · Français | 978-0-7859-0991-0 | Non renseigné | |
| Astérix en Corse | French & European Pubns | Relié · Français | 978-0-8288-4936-4 | Non renseigné |
Sources et date de mise à jour
Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.