
Astérix en Hispanie
- AuteurRené Goscinny
- AuteurAlbert Uderzo
- Première publication
- 1969
- Éditions référencées
- 4
De quoi parle ce livre ?
Astérix en Hispanie, quatorzième album de la série créée par René Goscinny (scénario) et Albert Uderzo (dessin), paraît en 1969. L'action se situe pendant la campagne de Jules César en Hispanie. Un village ibère résiste encore à l'occupant romain. Pour briser cette résistance, César fait prendre en otage Pépé, le jeune fils du chef local Soupalognon y Crouton, et le fait garder dans un camp romain proche du village gaulois d'Astérix. Colérique et capricieux, l'enfant se retrouve chez les Gaulois. Astérix et Obélix entreprennent alors de le ramener à son père, de l'autre côté des Pyrénées. Le récit suit leur périple à travers la péninsule et multiplie les allusions aux images associées à l'Espagne: tauromachie, chant, huile d'olive et embouteillages de vacanciers sur les routes du Sud. Il s'achève sur les retrouvailles de l'enfant et de son père. L'album glisse aussi une apparition de Don Quichotte et de Sancho Pança.
Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.
Que vaut ce livre ?
Astérix en Hispanie: la satire du tourisme signée Goscinny et Uderzo
Quatorzième album de la série, paru en 1969, Astérix en Hispanie reprend une recette éprouvée pour aussitôt la retourner comme un gant: ce n'est plus le village gaulois qui résiste à César, mais un hameau ibère, dernier point de la péninsule à lui échapper. Pour venir à bout de cette poche de résistance, César fait enlever Pépé, le fils insupportable du chef local, et le place sous bonne garde en Gaule, où Astérix et Obélix récupèrent l'enfant avant de le raccompagner chez lui. L'angle qui mérite l'analyse tient à ce jeu de miroir, un village qui répond au village, et surtout à la façon dont Goscinny greffe sur l'aventure une satire du tourisme estival, au moment précis où les Français commencent à se ruer vers les plages espagnoles.
La construction épouse la logique du récit de voyage, presque un road-movie avant l'heure: une fois l'enfant récupéré, l'album se déploie en une succession d'étapes qui conduisent le trio de la Gaule jusqu'au fin fond de l'Hispanie. Le décor historique est posé d'emblée, César vient de soumettre la péninsule (la campagne qui s'acheva réellement à Munda, en 45 avant notre ère), et l'album calque son ouverture sur la formule fondatrice de la série, un dernier village qui refuse de plier. Ce fil routier permet à Goscinny d'aligner les vignettes satiriques: les embouteillages de vacanciers descendant vers le sud, les campings surpeuplés, l'auberge qui ressert le même plat à chaque halte, la barrière de la langue et les malentendus qu'elle nourrit. La grande trouvaille comique reste Pépé, gamin capricieux qui retient sa respiration jusqu'à changer de couleur pour obtenir gain de cause, et dont l'obstination finit par attendrir le colosse Obélix. Le style verbal, marque de fabrique du scénariste, multiplie les calembours sur les sonorités hispaniques et les patronymes à rallonge, à l'image du chef Soupalognon y Crouton. Uderzo, de son côté, s'amuse à croquer une galerie de silhouettes, jusqu'au clin d'œil le plus célèbre de l'album: la rencontre, sur un chemin poussiéreux, d'un chevalier maigre monté sur une haridelle et de son écuyer bedonnant, hommage anachronique et transparent à Don Quichotte et Sancho Pança. Le récit culmine dans une arène où, grâce à la potion magique, Astérix improvise devant un taureau furieux les figures fondatrices de la tauromachie, gag qui condense tout le programme du livre, faire naître d'un même geste le cliché et sa parodie. Sous la farce affleurent des thèmes plus sérieux qu'il n'y paraît: l'enfant-roi, le choc des cultures et la fabrique des stéréotypes nationaux, que l'album exhibe tout en s'en amusant.
Notre verdictAstérix en Hispanie n'est pas le sommet de la série, mais c'est un cru solide et attachant, porté par une idée de départ maligne et un finale mémorable. Goscinny y confirme son talent pour transformer un simple voyage en revue satirique, tandis qu'Uderzo signe quelques-unes de ses plus belles silhouettes de route. Le personnage de Pépé, à la fois moteur comique et grain de sable, divise autant qu'il amuse, et la panoplie de clichés ibériques trahit son époque. Reste un album généreux, drôle et malin, dont la parodie du tourisme estival garde une étonnante fraîcheur près de soixante ans plus tard. Un bon Astérix, à défaut d'un très grand, à ranger dans la solide moyenne haute de la série.
Points forts
- Un jeu de miroir astucieuxEn faisant du village ibère le reflet exact du village gaulois, Goscinny commente avec malice sa propre formule et prouve qu'il en maîtrise les rouages, sans jamais se répéter mécaniquement.
- Une satire du tourisme visionnaireDès 1969, l'album croque avec justesse les embouteillages, les campings bondés et la nourriture standardisée d'un tourisme de masse encore balbutiant, un regard qui n'a rien perdu de son mordant.
- Le tandem Obélix et PépéLa rencontre du gros Gaulois au grand cœur et de l'enfant tyrannique offre les plus belles pages, entre agacement et tendresse, et humanise le cogneur ordinaire de la série.
- L'orfèvrerie verbale et graphiqueLes calembours de Goscinny et les caricatures d'Uderzo avancent de concert, du clin d'œil à Cervantès jusqu'à la corrida finale, véritable morceau de bravoure du duo.
Réserves
- Un gag comique insistantLe procédé de l'apnée de Pépé, répété tout au long du voyage, verse dans la mécanique et rend l'enfant volontairement exaspérant, ce qui peut lasser à la longue.
- Des clichés datésLa panoplie hispanique (flamenco, corrida, olé, aubergiste peu soigneux) relève d'un regard français de 1969, affectueux mais réducteur, qui a pris quelques rides.
- Une intrigue en pointilléLe fil routier, purement épisodique, additionne les sketches sans réelle tension dramatique: on progresse d'étape en étape plus qu'on ne suit une véritable montée en jeu.
À qui s’adresse ce livre ?
L'album s'adresse d'abord aux familles: les enfants savoureront les bagarres, les grimaces de Pépé et le taureau de l'arène, tandis que les adultes goûteront les calembours, les allusions historiques et la satire du tourisme. Les fidèles de la série y retrouveront la mécanique bien huilée de la grande période Goscinny, et les amateurs de bande dessinée franco-belge un exemple net de l'art du gag à tiroirs. Un lecteur qui découvre Astérix pourra commencer ici sans peine, même si connaître le principe du village gaulois irréductible ajoute au plaisir du jeu de miroir. En revanche, qui cherche l'album le plus abouti de la série gagnera à débuter par des titres plus resserrés comme La Zizanie ou Le Domaine des dieux.
Informations sur l’édition
L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.
| Édition | Éditeur | Parution | Format | ISBN | Disponibilité |
|---|---|---|---|---|---|
| Astérix en HispanieUne aventure d'Astérix le gaulois | Dargaud | n.c. | Autre · Français | 978-2-205-00394-9 | Non renseigné |
| Astérix, tome 14Astérix en Hispanie | Hachette | n.c. | Autre · 48 p. · Français | 978-2-01-210014-5 | Non renseigné |
| Astérix en Hispanie | Dargaud | n.c. | Autre · 48 p. · Français | 978-0-340-10454-5 | Non renseigné |
| Astérix en hispanie - n°14 | Asterix-Hachette (Educa Books) | Autre · 48 p. · Français | 978-2-01-210146-3 | Non renseigné |
Sources et date de mise à jour
Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.