Le fil littéraireParutions, entretiens, critiques et patrimoineRecevoir l’essentiel
Rechercher
Couverture de Astérix et Cleopatre

Bande dessinéeLangue d’origine : Français

Astérix et Cléopâtre

Première publication
1965
Éditions référencées
4

De quoi parle ce livre ?

Astérix et Cléopâtre est le sixième album de la série de bande dessinée Astérix, scénarisé par René Goscinny et dessiné par Albert Uderzo (paru en 1965). L'action se déroule dans l'Égypte antique. Vexée par une remarque de Jules César sur la prétendue décadence de son peuple, la reine Cléopâtre parie qu'elle peut encore faire édifier un palais grandiose. Elle confie ce chantier à l'architecte Numérobis, qu'elle menace de livrer aux crocodiles en cas d'échec, dans un délai de trois mois. Dépassé par la tâche, Numérobis gagne la Gaule pour solliciter le druide Panoramix. Celui-ci part pour l'Égypte avec Astérix, Obélix et Idéfix, emportant sa potion magique. Sur place, ils déjouent les manœuvres d'Amonbofis, architecte rival jaloux, et les tentatives de sabotage de César, soucieux de faire perdre son pari à la reine. Grâce à la potion et à leur ingéniosité, le palais est achevé dans les délais.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

4,5/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Astérix et Cléopâtre : Goscinny au sommet de la parodie

Sixième album des aventures d'Astérix, publié en 1965 après une prépublication dans le journal Pilote, Astérix et Cléopâtre marque le moment où le tandem Goscinny (scénario) et Uderzo (dessin) atteint sa pleine maturité comique. L'album surfe ouvertement sur le péplum hollywoodien de 1963 avec Elizabeth Taylor : il en singe l'affiche et la démesure de production, sa page de titre annonçant crânement la plus grande histoire jamais dessinée et détaillant, façon superproduction, les moyens colossaux prétendument mobilisés. Derrière un prétexte léger (un pari entre Cléopâtre et César sur la grandeur du peuple égyptien), c'est toute la mécanique de la parodie goscinnienne qui mérite examen : comment un scénario minimal devient une machine à gags où le texte et l'image se répondent sans cesse.

La construction repose sur un moteur narratif simple et efficace : piquée par le mépris de César, qui juge le peuple égyptien décadent, Cléopâtre parie qu'en trois mois ses sujets lui bâtiront un palais somptueux. Le malheureux architecte Numérobis hérite du chantier, sous peine d'être livré aux crocodiles, et vient chercher du secours auprès de son vieil ami le druide Panoramix. Ce pari minuté structure l'album de bout en bout et lui confère un ressort dramatique que beaucoup d'épisodes de la série, bâtis en récit de voyage, ne connaissent pas : ici, l'unité de lieu (l'Égypte) et l'unité de but (finir à temps) resserrent l'action au lieu de la disperser. Goscinny greffe sur cette ligne principale une escalade d'obstacles : la jalousie du rival Amonbofis, qui multiplie sabotages et coups fourrés, puis l'intervention des légions romaines, César préférant faire échouer le chantier plutôt que de perdre la face. La potion magique joue son rôle habituel de joker, mais elle est distribuée avec parcimonie, si bien que l'ingéniosité (creuser, ruser, négocier) compte autant que la force.

Le style frappe par sa densité verbale. Les noms propres sont des calembours ambulants, et Goscinny s'amuse d'une règle onomastique tenue de bout en bout : les Égyptiens portent des noms en '-is' qui dissimulent une expression française, de Numérobis à Amonbofis. Les anachronismes fusent, les hiéroglyphes deviennent un ressort comique à part entière (ces bulles dessinées qu'il faut déchiffrer), et le gag récurrent sur le nez de Cléopâtre, clin d'oeil à la formule de Pascal, irrigue tout l'album pour culminer dans de savoureuses variations. Cette écriture à double détente, un premier degré d'action pour les enfants et un second de références pour les adultes, est déjà pleinement maîtrisée.

Uderzo, de son côté, offre des morceaux de bravoure graphiques : le Sphinx dont Obélix casse le nez (fausse explication comique d'un vrai mystère), l'intérieur labyrinthique des pyramides, l'agitation du port d'Alexandrie, la débauche décorative de la cour égyptienne. Le comique naît précisément du dialogue entre la réplique écrite et le dessin, chacun relançant l'autre : une saillie de Goscinny appelle une case d'Uderzo, qui prépare à son tour le gag suivant.

Sur le plan thématique, l'album tourne en dérision la grandeur et le pouvoir : la vanité de César, les colères de Cléopâtre, l'obsession du monumental et du prestige. Il célèbre à l'inverse la débrouillardise, l'amitié et le refus de s'incliner devant la démesure, le petit village gaulois exportant en Égypte sa recette de résistance joyeuse. Les gags récurrents de la série (les pirates envoyés par le fond, Obélix et ses menhirs, la formule sur les étrangers qui sont fous) sont ici pleinement rodés et fonctionnent comme des rendez-vous rassurants pour le lecteur fidèle.

Notre verdictAstérix et Cléopâtre est l'un des sommets de la série et, plus largement, de la bande dessinée franco-belge des années 1960. Tout y est calibré : un scénario tendu par son compte à rebours, une avalanche de gags qui ne faiblit presque jamais, des personnages secondaires taillés pour durer et une complicité parfaite entre le texte de Goscinny et le trait d'Uderzo. Les réserves (une potion magique qui désamorce parfois l'enjeu, un regard sur l'Égypte marqué par son époque) n'entament guère le plaisir. C'est un classique qui a remarquablement vieilli, drôle à la relecture comme à la découverte, et qui se lit à plusieurs niveaux selon l'âge. Une réussite quasi exemplaire de l'art du récit dessiné populaire.

Points forts

  • Mécanique texte-imageLe comique ne repose ni sur le seul dialogue ni sur le seul dessin, mais sur leur relance mutuelle: une réplique de Goscinny appelle une case d'Uderzo, qui prépare elle-même le gag suivant. Cette horlogerie est ici particulièrement huilée.
  • Parodie assuméeL'album joue crânement de la mode du péplum, à commencer par sa couverture et sa page de titre, qui pastichent l'affiche et les slogans grandiloquents du film de 1963. Cette dimension méta, rare pour l'époque, ajoute une couche de plaisir pour le lecteur adulte sans jamais alourdir le récit.
  • Personnages secondaires mémorablesNumérobis l'architecte paniqué, Amonbofis le rival fielleux et une Cléopâtre au caractère volcanique existent au-delà de leur simple fonction. Ils portent une bonne part du sel de l'album et restent parmi les figures les plus citées de la série.
  • Un vrai ressort dramatiqueLe pari en trois mois, sous peine d'être jeté aux crocodiles, impose un compte à rebours qui tend l'ensemble. Là où d'autres albums se contentent d'une succession d'étapes de voyage, celui-ci avance vers une échéance claire et lisible.

Réserves

  • La potion, facilité récurrenteMême distribuée avec mesure, la potion magique rend les héros quasi invincibles et plafonne l'enjeu réel: on ne craint jamais vraiment pour eux. C'est une limite inhérente à la série, un peu plus sensible ici où l'intrigue voudrait nous tenir en haleine.
  • Un exotisme datéLa représentation de l'Égypte et de ses habitants s'appuie sur des clichés orientalistes de son temps, que l'oeil contemporain remarque avec un léger recul. Rien de méchant, mais la couleur locale relève davantage de l'imagerie que de l'Histoire.
  • Un ventre mouLa séquence d'égarement dans la pyramide, si elle offre de beaux gags, relâche un moment la tension du compte à rebours et fait figure de digression au milieu du récit.

À qui s’adresse ce livre ?

L'album s'adresse d'abord aux familles : les enfants savourent l'action, les poursuites et le burlesque d'Obélix, tandis que les adultes décryptent les calembours, les références culturelles et la satire du pouvoir. C'est une excellente porte d'entrée dans la série, car l'intrigue est autonome et le dépaysement égyptien parle à tous. Les amateurs de comédie de mots y trouveront un festin. Une réserve toutefois pour les lecteurs non francophones : une part du sel tient à des jeux de langue difficilement traduisibles, que certaines éditions étrangères perdent en route. Les passionnés de bande dessinée franco-belge classique, eux, y verront un jalon incontournable.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Éditions référencées, avec ISBN, éditeur, date de parution et format
ÉditionÉditeurParutionFormatISBNDisponibilité
Astérix et CleopatreHachetten.c.Autre · 48 p. · Français978-2-01-210138-8Non renseigné
Astérix et CléopatreDargaudn.c.Autre · 48 p. · Français978-2-205-00157-0Non renseigné
Astérix et Cléopâtre - n°6HachetteRelié · 64 p. · Français978-2-01-400124-2Non renseigné
Asterix et CleopatreFrench & European PubnsRelié · 48 p. · Français978-0-7859-1395-5Non renseigné

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.