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Couverture de Astérix et le Griffon

Bande dessinée

Astérix et le Griffon

Première publication
2021
Éditions référencées
1

De quoi parle ce livre ?

Trente-neuvième album de la série et cinquième signé par Jean-Yves Ferri au scénario et Didier Conrad au dessin, Astérix et le Griffon emmène le lecteur loin de la Gaule, vers les steppes gelées de l'Est. Panoramix pressent qu'un de ses vieux amis, le chaman d'un peuple sarmate, réclame son aide. Sa contrée abriterait une créature fabuleuse: le Griffon, mi-aigle, mi-lion, animal sacré que nul n'a vraiment vu. Le druide prend la route de ces terres barbares avec Astérix et Obélix. Le problème est que Rome convoite elle aussi la bête. Une expédition militaire s'enfonce dans le froid et la neige, guidée par un géographe dont les cartes peinent à fixer ces contrées, avec l'ambition de capturer le Griffon et de le ramener en triomphe. Entre des légionnaires transis et des Sarmates dont les femmes mènent les combats pendant que les hommes gardent le campement, nos Gaulois se retrouvent au cœur d'une course-poursuite. Fidèle à l'esprit de la série, l'album mêle dépaysement, satire des mœurs et gags de la maison. Il pose une question malicieuse: peut-on capturer, ou seulement apercevoir, un animal que personne n'a jamais rencontré? Le récit ménage jusqu'au bout sa part de mystère.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

3,5/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Un Astérix des steppes, entre grand froid et créature fabuleuse

Reprendre Astérix tient de la gageure. Après Goscinny, puis un Uderzo longtemps seul aux commandes, le tandem formé par Jean-Yves Ferri et Didier Conrad porte depuis 2013 la charge de faire vivre l'irréductible village sans trahir ce qui l'a rendu si populaire. Avec Astérix et le Griffon, paru à l'automne 2021, les deux auteurs signent leur cinquième aventure commune et choisissent une nouvelle fois la voie du grand voyage, cette mécanique éprouvée qui envoie nos héros aux confins du monde connu. Cap, cette fois, sur les steppes gelées de l'Est, sur la piste d'une bête que personne n'a jamais aperçue.

Depuis qu'ils ont repris le flambeau, Ferri et Conrad avancent sur une ligne de crête: honorer un patrimoine que des générations de lecteurs connaissent par cœur, sans se contenter de le recopier. Astérix et le Griffon relève ce pari en retrouvant l'une des recettes les plus sûres de Goscinny et Uderzo, le voyage vers une contrée lointaine, ici les immensités sarmates. Le froid, la neige et les brumes y deviennent des personnages à part entière et donnent au récit une atmosphère inhabituelle, plus feutrée que l'ensoleillement ordinaire de la série.

Sur le plan de la construction, Ferri privilégie une trame de poursuite lisible. Le moteur comique tient moins aux rebondissements qu'aux décalages: des légionnaires frigorifiés et perdus, un géographe romain persuadé de cartographier des terres qui refusent de se laisser fixer, une tribu dont l'organisation renverse les rôles attendus. Ce dernier motif, les femmes sarmates au combat tandis que les hommes gardent le campement, nourrit une satire douce des rapports de force, dans la tradition des clins d'œil que la série adresse à son époque.

Le Griffon lui-même est une trouvaille de scénariste. Créature que nul n'a jamais vue, il concentre les projections de chacun et interroge notre rapport au merveilleux et à l'inconnu. L'album joue habilement de cette absence, entretenant le mystère plutôt que de le dissiper trop vite, et transforme la chasse au monstre en course après une idée davantage qu'après une bête.

Côté dessin, Conrad continue d'imiter avec une fidélité impressionnante le trait dynamique et caricatural d'Uderzo, cet art du mouvement et de la caricature qui n'a rien de la ligne claire d'un Hergé. L'expressivité des visages, l'énergie des bagarres, la lisibilité de l'action sont au rendez-vous, et les paysages enneigés autorisent une mise en couleur plus nuancée qu'à l'accoutumée. On retrouve les cadrages efficaces et le sens du gag visuel qui font la marque de la maison, sans raideur ni simple décalque.

Reste que l'album, agréable et soigné, ne bouleverse pas la formule. Les calembours onomastiques, les gags attendus et la structure en aller-retour composent un divertissement rassurant plus qu'une œuvre surprenante. On pourra trouver que le rythme s'essouffle un peu dans la seconde moitié, ou que la satire demeure prudente. Mais l'ensemble tient la route et confirme que le duo a désormais trouvé sa vitesse de croisière.

Notre verdictAstérix et le Griffon n'est pas l'album qui réinventera la série, et ce n'est sans doute pas son ambition. C'est un opus solide et soigné, qui remplit son contrat: faire voyager, faire sourire et retrouver des personnages que l'on aime. Le dépaysement hivernal, la belle idée de la créature introuvable et le savoir-faire graphique de Conrad suffisent à en faire une lecture plaisante, supérieure à plusieurs livraisons de la période Uderzo tardive. On regrettera une audace mesurée et un rythme qui faiblit par endroits, mais le plaisir de la promenade l'emporte. Un bon cru, à défaut d'un grand millésime, qui confirme que la relève tient la barre avec sérieux et affection.

Points forts

  • Un dépaysement hivernal réussiEn troquant le soleil méditerranéen pour les brumes et les neiges des steppes de l'Est, l'album installe une atmosphère inhabituelle et prenante. Le froid, omniprésent, devient un ressort comique autant qu'un décor à part entière, qui renouvelle le plaisir visuel de la série.
  • Un dessin fidèle à l'énergie d'UderzoDidier Conrad restitue avec une précision remarquable le trait dynamique et caricatural du cocréateur, aux antipodes de la ligne claire. Expressivité des visages, sens du mouvement, lisibilité des bagarres: la patte visuelle de la série est respectée sans servilité ni raideur.
  • Une créature invisible pleine de sensLe Griffon, que nul n'a jamais vu, est la meilleure idée du scénario. En maintenant la bête hors champ, Ferri interroge avec malice notre rapport au merveilleux et à l'inconnu, et confère au récit un surcroît de mystère bienvenu.
  • Une satire douce des rôlesL'inversion des rôles chez les Sarmates, femmes guerrières et hommes au campement, apporte une note satirique légère et bien vue, dans la tradition des clins d'œil que la série adresse depuis toujours à l'actualité de ses lecteurs.

Réserves

  • Une formule sans réelle surpriseLe schéma du grand voyage, les calembours onomastiques et les gags attendus composent un divertissement rassurant plus qu'une aventure véritablement neuve. Les lecteurs en quête d'audace trouveront l'ensemble un peu sage.
  • Un rythme qui s'essouffleLa seconde moitié peine parfois à relancer l'intérêt, la poursuite tournant un peu en rond avant sa résolution. La satire, elle aussi, reste prudente et n'appuie jamais vraiment son propos.

À qui s’adresse ce livre ?

L'album s'adresse d'abord aux fidèles de la série, qui y retrouveront sans peine leurs repères et le confort d'un univers familier. Il convient parfaitement aux enfants à partir de huit ou neuf ans, à qui l'aventure, le grand froid et la chasse au monstre parleront aussitôt, tout en offrant aux adultes le second degré, les clins d'œil et les calembours qui font la double lecture propre à Astérix. Les néophytes peuvent le découvrir sans connaître les trente-huit tomes précédents, l'intrigue étant autonome. Les amateurs les plus exigeants, en quête d'un vrai renouvellement de la formule, resteront peut-être sur leur faim: ce Griffon se savoure comme une valeur sûre, non comme une révolution.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Éditions référencées, avec ISBN, éditeur, date de parution et format
ÉditionÉditeurParutionFormatISBNDisponibilité
Astérix et le GriffonAlbert RenéAutre · 48 p.978-2-86497-349-2Non renseigné

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.