
Astérix et les Goths
- AuteurRené Goscinny
- AuteurAlbert Uderzo
- Première publication
- 1963
- Éditions référencées
- 4
De quoi parle ce livre ?
Astérix et les Goths est le troisième album de la série Astérix, écrit par René Goscinny et dessiné par Albert Uderzo, prépublié dans le journal Pilote puis paru en album en 1963. L'histoire s'ouvre quand le druide Panoramix quitte le village gaulois pour la forêt des Carnutes, où se tient le concours annuel des druides de Gaule ; Astérix et Obélix l'accompagnent comme gardes du corps. Non loin de la frontière, une bande de Goths conduite par le général Téléféric a franchi le limes pour enlever le vainqueur du concours et exploiter sa magie afin d'envahir la Gaule. Panoramix l'emporte grâce à sa potion, mais il est aussitôt capturé et emmené en territoire goth. Astérix et Obélix partent le délivrer, l'incompétence de l'interprète Cloridric désorganisant les plans ennemis. Une fois le druide libéré, ils choisissent, pour écarter durablement la menace, de distribuer la potion magique à plusieurs chefs goths, déclenchant entre eux une guerre civile. Présentés comme une parodie du militarisme germanique, les Goths se retrouvent alors divisés et hors d'état de nuire.
Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.
Que vaut ce livre ?
Astérix et les Goths : désarmer l'ennemi héréditaire par le rire
Troisième album de la série (1963), Astérix et les Goths marque le premier voyage du petit Gaulois hors de Gaule : Astérix et Obélix franchissent la frontière pour délivrer Panoramix, enlevé par un commando de Goths venus s'emparer de la magie druidique. L'angle qui retient l'attention tient à la façon dont Goscinny s'empare de l'ennemi héréditaire (le Germain caricaturé en soudard casqué) pour le transformer non en menace tragique mais en ressort comique, puis en victime de sa propre soif de pouvoir. Sous l'aventure enfantine affleure une petite mécanique politique : comment neutraliser un envahisseur sans lever l'épée.
La construction obéit à un schéma limpide en trois temps. D'abord le concours annuel des druides dans la forêt des Carnutes, prétexte au rassemblement et à l'enlèvement de Panoramix, vainqueur de l'épreuve grâce à sa potion. Ensuite le passage en territoire goth, avec son lot de déguisements (Astérix et Obélix se grimant en Goths), de quiproquos frontaliers et d'intermèdes romains, car les légionnaires forment un troisième larron comique entre Gaulois et Goths. Enfin la résolution par la ruse, qui constitue le tiers le plus retors : plutôt que de vaincre les Goths par la force, Astérix retourne contre eux leur propre ambition. En faisant boire la potion magique à une succession de rivaux (le général Téléféric, l'interprète félon Cloridric et quelques autres), il transforme la Gothie en champ de guerre civile permanent, chacun se proclamant chef suprême à son tour. Le gag se fait thèse : diviser vaut mieux qu'affronter, et l'album pousse même la plaisanterie jusqu'à suggérer que cette discorde entretenue expliquerait les divisions durables du monde goth.
Le style visuel repose sur une trouvaille appelée à durer : la typographie gothique (le Fraktur) employée pour figurer la langue des Goths. L'incompréhension linguistique devient un moteur burlesque à part entière, et l'oeil du lecteur perçoit d'emblée l'étrangeté sans qu'un mot d'explication soit nécessaire ; l'interprète Cloridric, seul pont entre les deux camps, en tire une position de pouvoir aussitôt dévoyée. Goscinny déploie par ailleurs son système onomastique déjà bien rodé : les Goths portent des noms en -ric (Téléféric, Périféric, Électric, Rhétoric, Cloridric), clin d'oeil aux rois goths de l'histoire (Alaric, Théodoric) autant que calembours modernes, avec l'exception savoureuse de Choucroutegarnie. Ces jeux de mots fonctionnent déjà comme une signature de la série.
Le dessin d'Uderzo, en revanche, appartient encore à sa première manière : les silhouettes sont plus raides, le trait moins souple que dans les chefs-d'oeuvre de la fin des années 1960, et les personnages n'ont pas tout à fait fixé leur physionomie définitive. Reste que la mise en scène des foules, des batailles et des expressions caricaturales annonce la virtuosité à venir. Thématiquement, l'album se lit comme une comédie sur la relation franco-allemande, moins de vingt ans après la guerre et l'année même du traité de l'Élysée (1963) : le militarisme à casque à pointe (le Pickelhaube, anachronisme assumé qui vise le Prussien bien plus que le Goth antique), l'obsession de l'invasion et de la conquête y sont moqués. Le propos reste pourtant bon enfant, réconciliateur par l'absurde plutôt que rancunier, la cible étant l'esprit de conquête en soi et non un peuple.
Notre verdictAstérix et les Goths n'est pas le sommet de la série, mais c'est une étape charnière et un divertissement solide. On y sent une équipe qui trouve ses marques : l'écriture de Goscinny est déjà brillante, portée par une idée visuelle mémorable (le Fraktur) et par un dénouement malin qui préfère la discorde à l'affrontement. Le dessin d'Uderzo reste en deçà de ce qu'il donnera bientôt, et la caricature germanique a vieilli. Il faut donc lire cet album pour ce qu'il est : une comédie d'aventure vive et intelligente, un jalon dans la construction d'un mythe, plus qu'un chef-d'oeuvre absolu. Un classique mineur, mais un vrai plaisir, à recommander aux fidèles de la série comme à tous ceux qu'intéresse la mécanique du rire de Goscinny.
Points forts
- La trouvaille du FrakturReprésenter la langue gothique par une typographie en caractères gothiques est une idée visuelle simple et brillante: elle rend l'incompréhension immédiatement lisible et transforme la barrière linguistique en source de comique récurrent, sans une ligne d'explication. Le rôle pivot de l'interprète Cloridric en découle naturellement.
- Un dénouement par la ruseLe renversement final, où l'arme véritable des Gaulois n'est pas la potion mais la discorde qu'elle sème, offre une leçon de stratégie souriante: on neutralise l'envahisseur en attisant ses divisions internes plutôt qu'en le combattant de front. La morale anti-militariste passe ainsi par l'intelligence plus que par la bagarre.
- L'art du calembour onomastiqueLes noms en -ric (Téléféric, Périféric, Électric, Cloridric), qui font écho aux souverains goths de l'histoire, et les répliques anachroniques installent un plaisir de lecture à double étage: enfantin en surface, complice pour l'adulte qui décode les jeux de mots.
Réserves
- Un stéréotype datéLa caricature du Goth en Prussien militariste (casque à pointe, discipline aveugle, appétit de conquête) porte les marques de son époque et peut aujourd'hui sembler appuyée, même si l'intention demeure la dérision et non la haine.
- Un dessin encore vertGraphiquement, Uderzo n'a pas atteint la fluidité de sa maturité: certaines cases paraissent rigides et les physionomies pas tout à fait arrêtées, au regard des albums qui suivront, ce qui trahit la jeunesse de la série.
- Une ficelle répétéeLa résolution s'appuie sur la même mécanique (faire boire la potion à un chef, puis à un autre) déclinée plusieurs fois: procédé efficace, mais un peu systématique dans son enchaînement, qui étire quelque peu le dernier tiers.
À qui s’adresse ce livre ?
L'album convient d'abord aux jeunes lecteurs (dès sept ou huit ans), qui y trouveront une aventure claire, rythmée et pleine de bagarres bon enfant. Il parle tout autant aux adultes nostalgiques ou curieux de la genèse de la série : on y observe Goscinny et Uderzo en train de fixer les codes qui feront la fortune d'Astérix, avant les sommets de la fin de la décennie. Les amateurs de bande dessinée patrimoniale, les enseignants cherchant un support pour aborder la caricature et le rapport à l'étranger, ainsi que les collectionneurs soucieux de suivre l'évolution du dessin y trouveront leur compte. En revanche, un lecteur qui découvrirait Astérix aujourd'hui aurait intérêt à commencer par un album de la période de maturité, plus abouti graphiquement, avant de revenir à ce troisième opus pour mesurer le chemin parcouru.
Informations sur l’édition
L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.
| Édition | Éditeur | Parution | Format | ISBN | Disponibilité |
|---|---|---|---|---|---|
| Astérix et les Goths | Hachette | n.c. | Autre · 47 p. · Français | 978-2-01-210135-7 | Non renseigné |
| Astérix et les Goths | Dargaud | n.c. | Relié · 48 p. · Français | 978-2-205-00121-1 | Non renseigné |
| Asterix Et Les Goths | Hachette - Jeune | Broché · 47 p. · Français | 978-2-01-210003-9 | Non renseigné | |
| Asterix et les Goths | French & European Pubns | Relié · Français | 978-0-8288-5114-5 | Non renseigné |
Sources et date de mise à jour
Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.