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MangaLangue d’origine : Japonais

Attaque au clair de lune

Première publication
2001
Éditions référencées
0

De quoi parle ce livre ?

Quatrième tome de One Piece, paru chez Glénat en mars 2001, ce volume réunit les chapitres 027 à 035 et occupe le cœur de l'arc du Village de Sirop, dans la saga East Blue. Usopp a tellement crié à l'attaque que plus personne ne l'écoute le jour où la menace devient réelle ; il choisit alors de mentir une dernière fois, pour tenir à l'écart le petit équipage d'enfants qui le suit. Luffy, Zoro et Nami, eux, acceptent de l'aider. Mais le piège patiemment préparé pendant la nuit a été tendu au mauvais endroit, et l'équipage au chat noir débarque ailleurs ; Jango, un hypnotiseur, y décuple les forces de ses hommes. Privé de deux de ses sabres, Zoro affronte les frères siamois Sham et Buchi dans des conditions impossibles, jusqu'à ce que Nami lui rende son arsenal. Au manoir, le majordome Merry révèle à Kaya la véritable identité de Klahadoll, et la jeune fille descend tenter de raisonner celui qu'elle a recueilli. Kuro, lui, blesse gravement Usopp et décide d'en finir lui-même avec Luffy.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

3,5/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Sur la pente de Sirop, le menteur tient parole

Quatrième tankobon de la série, publié chez Glénat en mars 2001, deux ans et demi après sa parution japonaise, Attaque au clair de lune reprend l'arc du Village de Sirop là où le tome 3 l'avait laissé et le tient d'un bout à l'autre dans le régime de l'action continue. Le volume emprunte son titre à l'un de ses chapitres : une nuit de veille et de préparatifs, une agression au manoir, puis, au petit matin, une plage qui n'est pas la bonne. Les neuf chapitres réunis ici, d'abord prépubliés dans le Weekly Shonen Jump, forment un seul long mouvement : une attente, un débarquement manqué, une pente qui descend vers la mer et des duels imbriqués. C'est le tome où Eiichirō Oda cesse de présenter Usopp pour le mettre à l'épreuve.

La première réussite du tome tient à son montage. Oda n'a pas un combat à conduire mais quatre, et il les fait tourner : Usopp et Nami qui tiennent seuls la pente avant l'arrivée des renforts, Zoro aux prises avec les frères siamois, le manoir où Kaya apprend enfin qui est son majordome, et Luffy lui-même, mis hors jeu par une hypnose qui ne lui était pas destinée. Le découpage hebdomadaire, qui impose à chaque chapitre une accroche finale, devient ici un atout : relu d'une traite dans le volume relié, l'ensemble avance par relances régulières, et le lecteur ne perd jamais la géographie de la bataille, ce qui est loin d'aller de soi dans un affrontement de groupe.

Le moteur du récit est une idée d'une simplicité redoutable : le piège a été tendu au mauvais endroit. Un plan préparé toute une nuit s'effondre en une case, et il faut improviser au lever du jour. Oda tire de ce ratage du comique, de la tension, et surtout de la caractérisation, puisque chacun se révèle dans sa manière d'encaisser l'imprévu. Le procédé se répète à l'échelle des duels : Zoro se bat après qu'on lui a volé deux de ses trois sabres, Luffy frappe comme jamais sous hypnose avant de s'endormir au moment où l'on a le plus besoin de lui. Ce sont des gags, mais des gags qui modifient le rapport de forces. C'est la signature d'Oda : la plaisanterie n'interrompt pas l'enjeu, elle le déplace.

Graphiquement, ces planches en noir et blanc misent sur la lisibilité plutôt que sur l'effet : contrastes francs, lignes de vitesse orientées le long de la pente, silhouettes assez typées pour qu'un coup d'œil suffise à savoir qui frappe qui dans la mêlée, la masse de Buchi contre la maigreur de Sham, le pendule de Jango, la raideur d'insecte de Klahadoll. Lu de droite à gauche, dans le sens japonais que l'édition française a conservé, le terrain incliné ordonne les ruées et les chutes, et le découpage exploite franchement cette pente.

Reste la dramaturgie, meilleure qu'il n'y paraît. Le sujet du tome est le mensonge et son usage. Un garçon qui a passé des années à inventer des attaques se retrouve seul à dire vrai, puis choisit délibérément de mentir pour écarter ceux qui le croient encore. En face, un homme a bâti sa seconde vie sur une imposture domestique et se montre prêt à supprimer ses propres hommes pour la préserver : les cinq minutes qu'il accorde à son équipage en disent plus long sur lui que n'importe quel monologue, et éclairent par contraste la petite bande qui se bat en contrebas. La révélation faite à Kaya n'est donc pas un simple pivot d'intrigue, elle oblige un personnage à reconnaître une vérité contre son affection.

Place dans l'arc, enfin : c'est le tome du milieu, celui qui n'ouvre rien et ne referme rien. Il hérite d'une situation posée au tome 3, la porte jusqu'au point de rupture et s'interrompt à l'instant où l'adversaire décide de régler l'affaire lui-même. Jugé comme fraction de récit, c'est exactement l'office qu'on lui demande, et il s'en acquitte avec tenue.

Notre verdictAttaque au clair de lune est un tome de plein régime : neuf chapitres d'affrontement continu, tenus par un montage alterné limpide et relancés par un ratage initial dont Oda tire tout ce qu'il peut. On lui reprochera de ne rien ouvrir ni rien refermer, et de confier beaucoup de planches à des adversaires interchangeables. On lui reconnaîtra d'avoir fait d'Usopp autre chose qu'un gag de menteur, d'avoir donné à Kaya une scène qui lui coûte quelque chose, et d'avoir montré que la série savait tenir une longue bataille collective sans s'y perdre. Comme fraction de récit, c'est du travail solide, qui laisse le lecteur exactement là où il faut : en bas de la pente, à l'instant où l'adversaire décide de descendre se battre lui-même.

Points forts

  • Un montage alterné parfaitement tenuQuatre fils d'action se croisent sans que la géographie de la bataille se brouille: on sait toujours qui se bat où, contre qui, et ce qui est en jeu à cet instant. Tenir cette clarté sur neuf chapitres consécutifs, dans une mêlée qui rassemble une troupe entière, n'a rien d'évident.
  • Le piège au mauvais endroit, trouvaille comique et dramatiqueEn déplaçant simplement le lieu du débarquement, Oda annule un plan entier et force ses personnages à improviser. Le gag sert la tension au lieu de la dissoudre, et chaque protagoniste se définit par sa façon d'encaisser le contretemps.
  • Des combattants systématiquement handicapésZoro réduit à un seul sabre, Luffy hypnotisé puis endormi, Usopp et Nami seuls devant une troupe: plutôt que d'empiler les techniques, le tome prive ses héros de leurs moyens. Les affrontements y gagnent en invention ce qu'ils perdent en démonstration de puissance.
  • Usopp mis à l'épreuve, et non plus seulement présentéLe personnage cesse d'être un gag de menteur pour devenir le centre moral du volume. Le mensonge qu'il sert à son propre équipage d'enfants vaut mieux qu'un long discours sur le courage, et l'arc y gagne d'un coup en épaisseur.

Réserves

  • Un tome qui ne se lit pas seulIl commence au milieu d'une situation et s'arrête au milieu d'un affrontement. Sans le tome 3, l'entrée est brutale; sans le tome 5, la sortie est frustrante. C'est la loi du format relié, mais elle est ici particulièrement sensible.
  • Des seconds couteaux plus fonctionnels que mémorablesSham, Buchi et leurs hommes remplissent correctement leur rôle d'obstacles gradués, sans jamais devenir autre chose que des obstacles. Le tome doit presque tout son intérêt dramatique à Usopp, à Kaya et à Kuro, et assez peu à la piétaille qui occupe pourtant beaucoup de planches.
  • Un trait encore en rodageLes décors du village et du manoir demeurent sommaires, et plusieurs cases expédient l'équipage au chat noir en quelques silhouettes répétées. La virtuosité de mise en page viendra plus tard: ici, Oda est efficace bien plus qu'il n'est somptueux.

À qui s’adresse ce livre ?

Ce tome s'adresse d'abord au lecteur qui vient de refermer le tome 3 : il n'a aucun sens comme point d'entrée dans la série. Pour les autres, c'est un volume idéal à mettre entre les mains d'un adolescent qui découvre le shonen d'aventure, parce qu'il montre en un seul mouvement ce que le genre sait faire : de l'action lisible, un humour qui ne se moque jamais de ses personnages, et une question de courage posée sans solennité. Les amateurs de combats techniques et de systèmes de pouvoir élaborés le trouveront rudimentaire ; ceux qui aiment les récits d'équipage, les caractères et les péripéties de bord de mer y trouveront leur compte. Les lecteurs venus de la bande dessinée franco-belge devront accepter, outre le sens de lecture de droite à gauche, une logique de feuilleton qui empile les rebondissements au lieu de les composer en un ensemble refermé.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Aucune édition référencée pour cette œuvre.

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.