
De quoi parle ce livre ?
«Auschwitz» de Pascal Croci est une bande dessinée en noir et blanc (nuances de gris) consacrée à l'extermination des Juifs d'Europe à Auschwitz-Birkenau. Publiée en 2000 par Emmanuel Proust Éditions, elle s'appuie sur une documentation historique et des témoignages de rescapés réunis par l'auteur. Le récit adopte un dispositif d'enchâssement: en 1993, pendant la guerre en ex-Yougoslavie, un couple âgé de survivants juifs, Kazik et Cessia, se remémore sa déportation et sa détention. À travers leurs souvenirs, l'album figure les étapes du processus concentrationnaire: l'arrivée et la sélection sur la rampe, la séparation des familles, les chambres à gaz et les crématoires, le travail forcé et le rôle des Sonderkommandos chargés d'évacuer les corps. En reliant Auschwitz au conflit des Balkans, l'ouvrage rapproche plusieurs épisodes de violence de masse du XXe siècle. Croci accompagne les planches d'un appareil documentaire (entretien, notes et références historiques) exposant sa démarche et ses sources.
Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.
Que vaut ce livre ?
Auschwitz de Pascal Croci: dessiner l'indicible au risque de la beauté
Publié en 2000 aux éditions du Masque, l'album de Pascal Croci affronte le sujet devant lequel la bande dessinée avance en tremblant: la Shoah. Après le Maus d'Art Spiegelman, la question n'est plus de raconter Auschwitz, mais de choisir avec quel dessin. Illustrateur venu de la fantasy, Croci opte pour un réalisme en noir et blanc, frontal et cinématographique. Ce parti pris, à la fois sa force et sa faille, mérite qu'on l'examine sans complaisance.
La construction repose sur un récit enchâssé. En 1993, dans une ex-Yougoslavie livrée au nettoyage ethnique, un vieux couple juif, Kazik et Cessia, se terre pendant qu'une nouvelle barbarie rôde. Ce présent rouvre la mémoire d'Auschwitz-Birkenau, où ils se sont connus et ont survécu. Le récit alterne l'abri d'aujourd'hui et le retour au camp: rampe de sélection, baraquements, chambre à gaz. En reliant deux exterminations, Croci refuse de figer la Shoah dans un passé clos et pose la question de sa répétition.
Le style est le véritable enjeu. Croci applique un noir et blanc dense, aux forts contrastes et au cadrage de cinéma. Les visages, aux yeux immenses et fixes, concentrent l'émotion jusqu'à inquiéter: la minutie du trait produit une beauté glacée, là où le sujet appellerait le dénuement. Loin de la métaphore animalière de Maus, Croci montre, quitte à frôler l'insoutenable et à relancer le débat sur la représentabilité de l'extermination.
Le livre déborde sa fiction. Un appareil documentaire (préface, repères, carnet de l'auteur, entretiens avec des rescapés) l'encadre et le pose en geste de mémoire. Cette caution vit toutefois en tension avec le romanesque: elle rappelle le réel derrière chaque case tout en montrant combien la fiction dessinée peine à en épouser le poids.
Notre verdictŒuvre courageuse et sincère, l'Auschwitz de Croci vaut plus par son intention et son honnêteté que par sa réussite plastique. Le pari du réalisme intégral, techniquement impressionnant, reste discutable face à un sujet qui résiste à la mise en beauté, d'où le débat qu'il a suscité. On en sort remué, parfois gêné, jamais indifférent: un jalon imparfait mais nécessaire de la BD face à l'indicible.
Points forts
- Le courage du sujetAborder de front l'extermination en bande dessinée, sans euphémisme, relève d'un vrai risque, que Croci assume sans voyeurisme.
- Un appareil de mémoirePréface, repères, carnet et entretiens font de l'album un outil de transmission, adossant la fiction à une documentation qui la crédibilise.
- Le pont entre les génocidesLe cadre yougoslave de 1993 interdit de figer Auschwitz en exception révolue et rappelle, sans amalgame, que la barbarie peut se rejouer.
Réserves
- Une beauté qui gêneLe réalisme très léché finit par esthétiser l'horreur: certaines cases superbes fascinent plus qu'elles n'accablent, amortissant le choc.
- Des visages figésLes yeux démesurés et l'expressivité appuyée versent parfois dans le maniérisme et créent une distance là où l'on attendait la nudité.
- Un dispositif démonstratifLe parallèle entre 1993 et Auschwitz, très lisible, tend au didactisme: le récit enchâssé se donne à voir un peu trop clairement.
À qui s’adresse ce livre ?
Ce livre s'adresse aux lecteurs sensibles à la mémoire de la Shoah et à la façon dont la bande dessinée peut la porter, et aux enseignants en quête d'un support de discussion, que son appareil historique rend précieux. Ceux qui ont lu Maus y trouveront un contrepoint opposé. On le déconseillera aux plus jeunes, vu la dureté des scènes.
Informations sur l’édition
L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.
| Édition | Éditeur | Parution | Format | ISBN | Disponibilité |
|---|---|---|---|---|---|
| Auschwitzune bande dessinée | Editions du Masque | n.c. | Autre · 76 p. · Français | 978-2-7024-9324-3 | Non renseigné |
Sources et date de mise à jour
Critique publiée le 18 août 2026, mise à jour le 18 août 2026.