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MangaLangue d’origine : Japonais

Aventure au pays des samouraïs

Première publication
2019
Éditions référencées
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De quoi parle ce livre ?

Quatre-vingt-onzième tankôbon de la série, ce volume réunit les chapitres 911 à 921 et installe pour de bon l'arc du Pays des Wa. Échoué dans la province de Kuri, dont l'eau des rivières est empoisonnée par Kaido, Luffy sauve la petite O-Tama, puis emprunte sans permission le sabre maudit Nidai Kitetsu au vieil Hitetsu Tenguyama pour conduire la fillette chez un médecin. Il retrouve Zoro, croise brièvement Basil Hawkins, et gagne le bourg de Bakura où O-Tama a été emmenée : avec la samouraï O-Kiku, il y renverse le yokozuna Urashima dans un combat de sumo, avant de la délivrer en battant Holdem, l'un des hommes de Kaido. La seconde moitié du tome change de régime. Aux ruines du château d'Oden, Luffy retrouve une partie de l'équipage et Kinémon révèle que son groupe a été projeté vingt ans dans le futur, avant de raconter l'exécution de Kozuki Oden. L'alliance fixe alors un assaut surprise sur Onigashima dans deux semaines, tandis que Kaido, transformé en dragon, apparaît dans le ciel de Kuri. Un tome de fondation, qui plante le décor, rassemble les alliés et enclenche le compte à rebours.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

3,5/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Le Pays des Wa cesse d'être un décor

Il y a des tomes qui closent et des tomes qui installent. Le quatre-vingt-onzième volume de One Piece appartient franchement à la seconde famille : Oda cesse de faire visiter le Pays des Wa pour commencer à l'habiter. Onze chapitres, deux mouvements très nets, et une mécanique d'arc qui se monte à vue. Le premier mouvement court, se bagarre et découvre une province saignée par une eau empoisonnée ; le second s'assoit, écoute et compte les jours. Jugé pour ce qu'il est, une fraction de récit dans une série au long cours, ce tankôbon tient mieux qu'il n'en a l'air.

Le découpage est le vrai sujet de ce volume. Oda ouvre par une séquence de terrain, presque documentaire : une rivière empoisonnée, un village affamé, une enfant qui offre à un inconnu le peu de nourriture qu'elle possède. Tout ce que le lecteur apprendra ensuite du Pays des Wa passe d'abord par ce plan rapproché sur la misère de Kuri, et c'est là que le tome est le plus habile : il fait de l'exposition avec des corps, des repas et des dettes plutôt qu'avec des discours. La scène où Luffy doit annoncer à O-Tama, qui l'attendait encore, la mort d'Ace, suffit à donner à ce début une gravité que le burlesque ne recouvre jamais tout à fait. Conséquence immédiate : le sauvetage de la fillette tient lieu de moteur pendant toute la première moitié du volume sans jamais sembler arbitraire.

Vient ensuite le morceau de bravoure de Bakura, où Oda joue à fond la carte du folklore. Le combat de sumo contre le yokozuna Urashima est une trouvaille de rythme : un affrontement franchement comique qui sert en réalité à cartographier la hiérarchie de l'équipage aux Cent Bêtes et le fonctionnement d'un pays à deux vitesses, où une ville de restes nourrit un bourg de privilégiés. Les planches en noir et blanc y sont très lisibles, alternant trames chargées pour les décors de bourg japonais et grands blancs sur les impacts, et le sens de lecture de droite à gauche épouse bien les poussées latérales du sumo. Holdem, lui, fait office d'adversaire de transition : assez odieux pour qu'on veuille le voir tomber, assez secondaire pour que sa chute ne coûte rien à la suite.

Le basculement de la seconde moitié est plus risqué. À partir des ruines du château d'Oden, le tome s'assoit et parle. Kinémon récapitule vingt ans d'histoire, l'exécution de Kozuki Oden, le saut dans le futur, la formation de l'alliance, et fixe une échéance à deux semaines. C'est du récit rétrospectif à haute densité, servi par des cases plus amples et un traitement de décors qui lorgne vers l'estampe, mais c'est aussi le passage où le lecteur doit accepter de ne plus rien voir advenir pendant deux chapitres entiers. Oda compense par une clôture spectaculaire, l'apparition de Kaido transformé en dragon au-dessus de Kuri, qui remet d'un coup la menace au bon niveau et rappelle l'échelle réelle de l'affrontement à venir.

Reste la question que pose tout tome de milieu d'arc : que vaut-il isolément ? Assez, parce qu'il boucle une micro-intrigue complète, O-Tama enlevée puis libérée, tout en armant un compte à rebours. La prépublication hebdomadaire dans le Weekly Shonen Jump se sent encore, avec ses fins de chapitre à effet et quelques redites d'un épisode à l'autre, mais le tankôbon donne à l'ensemble une courbe nette : misère, révolte, révélation, menace.

Notre verdictTome de fondation, donc, et réussi comme tel. Oda y accomplit trois choses à la fois : il fait exister une province misérable en quelques scènes concrètes, il offre un morceau de comédie physique qui compte parmi les plus enlevés de l'arc, et il pose une échéance qui structurera des dizaines de chapitres à venir. Le prix à payer est un long passage explicatif en seconde moitié, où la série ralentit pour raconter au lieu de montrer, et un antagoniste de passage qu'on aura oublié deux tomes plus loin. Jugé comme ce qu'il est, une fraction de récit prise dans un ensemble beaucoup plus vaste, ce quatre-vingt-onzième volume fait exactement son travail : il installe, il rassemble et il déclenche le compte à rebours, sans jamais donner l'impression de faire du surplace. On le referme avec une image de dragon dans le ciel et une date en tête.

Points forts

  • Une exposition qui passe par les corpsPlutôt que d'expliquer le Pays des Wa, Oda le fait sentir: l'eau empoisonnée, la faim d'O-Tama, la ville des restes qui vit des rebuts du bourg voisin. Le contexte politique s'installe par des détails concrets, et le lecteur comprend l'oppression avant qu'on la lui nomme.
  • Le combat de sumo, morceau de rythme purL'affrontement contre le yokozuna Urashima est le sommet formel du tome: un gag étiré en duel, où la mise en page joue des poussées latérales et des grands blancs d'impact. C'est comique, parfaitement lisible, et cela sert en même temps à présenter les forces en présence à Bakura.
  • Une clôture qui replace la menace au bon niveauAprès deux chapitres de récit rétrospectif, l'apparition de Kaido en dragon dans le ciel de Kuri rétablit d'un seul dessin l'échelle de l'adversaire. Le tome se ferme sur une image de puissance qui donne rétroactivement son poids à la date fixée pour l'assaut.
  • Un tome qui rassemble sans se disperserLes retrouvailles aux ruines du château d'Oden auraient pu virer à la parade de personnages. Oda les tient courtes et les met au service d'une seule information, le décalage de vingt ans, ce qui évite l'effet catalogue fréquent dans les tomes de regroupement.

Réserves

  • Un long bloc explicatif en seconde moitiéLe récit de Kinémon concentre en peu de pages une masse de noms, de dates et de liens de parenté. C'est nécessaire à la suite, mais l'action s'arrête net, et la lecture d'une traite du tome fait ressentir ce changement de régime comme une chute de tension.
  • Un adversaire de transition sans épaisseurHoldem existe surtout pour être odieux envers une enfant, puis tomber. La cruauté est efficace, la caractérisation minimale: le tome offre son affrontement le plus mémorable à un combat de sumo comique, et son combat le plus attendu à un personnage jetable.
  • Un volume qui ne se suffit pas tout à faitLe sauvetage d'O-Tama se clôt, pas le reste. Onigashima, l'alliance et la revanche des Kozuki sont ici posés, pas traités: qui ouvre ce tome sans intention de lire les suivants restera avec un décor magnifique et une promesse.

À qui s’adresse ce livre ?

Ce volume s'adresse d'abord aux lecteurs qui suivent la série et abordent le Pays des Wa comme un nouveau départ : ils y trouveront la mise en place complète d'un arc, son territoire, ses factions et son échéance. Les amateurs de shonen d'aventure à forte coloration japonaise, sensibles au folklore, aux samouraïs et aux codes du sumo, y verront l'un des tomes où Oda pousse le plus loin son pastiche affectueux de l'imagerie d'époque. En revanche, le lecteur qui cherche un tome de bataille continue, ou celui qui voudrait entrer dans One Piece par ici, feront fausse route : la seconde moitié suppose une familiarité avec vingt ans de récit et un goût pour les tomes de fondation, ceux qui préparent plus qu'ils ne résolvent.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Aucune édition référencée pour cette œuvre.

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.