De quoi parle ce livre ?
Vingtième tome de One Piece, ce tankobon réunit les chapitres 177 à 186, prépubliés dans le Weekly Shonen Jump, et s'inscrit en plein cœur de l'arc Alabasta. Il s'ouvre sur une comparaison de primes, trente millions contre quatre-vingt-un millions : Luffy retient seul le Grand Corsaire Crocodile pendant que Vivi et l'équipage filent vers Alubarna. Le capitaine au chapeau de paille comprend vite que ses coups n'ont aucune prise sur un corps de sable ; après la tempête envoyée détruire Yuba, il est transpercé par le crochet de son adversaire et jeté dans les sables mouvants, avant que Miss All Sunday ne l'en tire et le confie aux soins de Pell. Toutes les forces du royaume convergent alors vers la capitale. À la porte ouest, les agents de Baroque Works guettent la princesse : l'équipage se déguise en Vivi et se disperse pour brouiller les pistes. Le récit éclate en trajectoires simultanées. Vivi tente en vain d'arrêter Koza, croise un faux Usopp, puis Kaloo l'emmène pendant que Sanji se dresse devant Mr 2 Bonclay. À la porte sud-est, Usopp et Chopper affrontent Mr 4 et Miss Merrychristmas, dont le fruit fouisseur change le sol en réseau de galeries.
Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.
Que vaut ce livre ?
Alubarna en ligne de mire : le tome où Oda écarte son héros pour éclater son récit
Paru chez Glénat le 3 mars 2004, ce vingtième tome tombe au moment le plus tendu de l'arc Alabasta : la rébellion est lancée, l'équipage court vers la capitale, et Eiichirō Oda choisit précisément cet instant pour mettre son héros hors d'état de combattre. Les chapitres 177 à 186 composent un volume paradoxal, saturé d'action et privé de toute résolution. C'est un tome de dispositif : il installe la bataille d'Alubarna bien plus qu'il ne l'engage, et son titre, emprunté au chapitre 179, annonce un affrontement dont il ne livrera que les préliminaires. Il faut le juger pour ce qu'il est, un mouvement dans une partition plus large.
Le volume bascule dès son premier tiers. Les chapitres d'ouverture tiennent un duel frontal entre Luffy et Crocodile, bâti sur une impasse : la comparaison de primes qui donne son titre au premier promet un rapport de forces et en livre un tout autre, puisque le corps de sable du Grand Corsaire absorbe absolument tout. Oda le montre planche après planche, en répétant l'échec des attaques jusqu'à une évidence presque didactique. La séquence s'achève sur une image de défaite littérale, le crochet traversant le héros, et sur un geste plus cruel encore, la tempête envoyée détruire Yuba. Privé de sa figure centrale, le récit doit dès lors se redistribuer sur l'équipage.
Passé ce duel, Oda passe au montage parallèle. La convergence vers Alubarna sert de principe organisateur : rebelles, armée royale, agents de Baroque Works et Chapeaux de paille se dirigent vers le même point, ce qui donne au tome une géographie très lisible malgré la multiplication des lignes. L'astuce des déguisements, à la porte ouest, est un excellent moteur de découpage : elle justifie la dispersion des personnages, transforme la fuite en série de duels isolés et attache chacun d'eux à un accès de la ville.
Le dessin travaille beaucoup les textures de sable, matière ingrate en noir et blanc. Oda l'aborde par la trame et par le mouvement plutôt que par le détail : tourbillons, coulées, effondrements, galeries. L'affrontement contre Mr 4 et Miss Merrychristmas exploite cette plasticité en creusant le sol sous les pieds des combattants, si bien que la menace vient du hors-champ souterrain autant que des adversaires visibles dans la case. Le trait garde sa double nature, caricatural sur les silhouettes des agents, plus sec quand la violence tombe.
Les registres alternent sans amortisseur. D'un côté la gravité : Vivi criant vers un Koza qui ne l'entend pas, la rébellion et l'armée royale qui s'entrechoquent, Luffy inanimé au fond du récit. De l'autre le burlesque du duel d'Usopp et Chopper, où chaque stratagème est démonté par l'adversaire avant qu'un autre ne prenne le relais, des ruses successives jusqu'au point faible enfin trouvé. Cette alternance est la signature du feuilleton hebdomadaire, calibrée pour relancer l'intérêt à chaque livraison.
Reste sa place dans l'arc. Il ne referme rien d'essentiel : ni le sort de Luffy, ni la bataille pour la capitale, ni l'avenir du royaume, et seul le duel de la porte sud-est trouve sa conclusion. Sa fonction est de placer les pions sur l'échiquier. Tome charnière, d'une mécanique impeccable, dont la valeur dépend ouvertement de ce qui suit.
Notre verdictUn tome de dispositif, mené avec une maîtrise évidente. En sacrifiant frontalement son héros dès les premiers chapitres, Oda se donne les moyens de faire respirer tout son équipage et transforme la course vers Alubarna en un montage parallèle d'une clarté peu commune. Le duel d'Usopp et Chopper fournit au passage le morceau de bravoure comique. Le prix à payer est double : aucune conclusion d'ensemble, et une alternance de tons qui bouscule autant qu'elle relance. C'est le propre d'une fraction de récit et il faut le lire comme tel, mais on le referme avec la nette impression d'avoir assisté à une mise en place plutôt qu'à une bataille. Excellent maillon, à condition d'avoir le suivant sous la main.
Points forts
- Une défaite du héros assumée jusqu'au boutOda ne se contente pas d'un revers passager: Luffy est battu de manière démonstrative, transpercé, puis évacué du récit pour la quasi-totalité du volume. Retirer sa figure centrale quand l'action culmine est un pari rare dans un shonen de combat. L'impossibilité de frapper un corps de sable installe surtout un problème concret, à résoudre plus tard, là où un simple écart de puissance n'aurait rien promis.
- Un montage parallèle d'une lisibilité remarquableAlubarna sert de point de convergence unique et chaque ligne narrative s'accroche à un accès de la ville, de la porte ouest à la porte sud-est. Ce principe simple permet à Oda de tenir plusieurs trajectoires sans perdre le lecteur, alors même que l'équipage vient de se déguiser en princesse et de se disperser. La carte mentale reste claire d'un chapitre à l'autre, ce qui n'a rien d'acquis dans un récit choral aussi dense.
- Un duel secondaire porté par la ruse plutôt que par la forceL'affrontement d'Usopp et Chopper contre Mr 4 et Miss Merrychristmas avance par inventions et contre-inventions, chaque trouvaille étant réfutée avant d'être réajustée. C'est le contrepoint exact de l'impuissance de Luffy face à Crocodile, et il offre plusieurs chapitres d'existence pleine à deux personnages que la série traite souvent en faire-valoir.
- Le sable comme matière graphiqueRendre le sable en noir et blanc est un problème de trame et de mouvement, et Oda le résout par les tourbillons, les effondrements et les galeries creusées sous les pieds des personnages. Le sol devient instable au sens propre, jusqu'à commander la conception des combats.
Réserves
- Un tome qui ne referme presque rienLu isolément, le volume s'arrête en pleine bataille: le sort de Luffy est en suspens, la capitale n'est pas prise, les duels majeurs de l'arc sont à peine engagés. C'est la logique du tankobon découpé sur dix chapitres de prépublication, mais elle rend celui-ci plus dépendant du suivant que la plupart des précédents.
- Une alternance de tons parfois brutaleLe passage de la défaite de Luffy et de la rébellion armée au burlesque intégral du duel contre Mr 4 et Miss Merrychristmas se fait sans transition. Le gag reprend ses droits alors que le récit vient d'installer un enjeu mortel, et certains lecteurs trouveront que le dernier tiers désamorce la tension patiemment montée dans le premier.
- Une galerie de personnages qui satureEntre les agents numérotés de Baroque Works, les figures de la rébellion, l'armée royale et un équipage entièrement déguisé en princesse, le tome demande de tenir beaucoup de noms et de visages à la fois. Qui n'a pas les volumes précédents en mémoire fraîche perdra du temps à recoller les identités.
À qui s’adresse ce livre ?
Ce volume s'adresse d'abord aux lecteurs déjà installés dans l'arc Alabasta : il suppose acquis le fonctionnement de Baroque Works, les enjeux du royaume et le lien entre Vivi et l'équipage, et ne prend jamais le temps de les rappeler. C'est donc le pire endroit pour entrer dans One Piece, et l'un des meilleurs pour qui vient d'enchaîner les volumes précédents de l'arc et attend l'accélération promise. Ceux qui viennent surtout pour Luffy devront accepter de le voir absent presque tout du long, tandis que les lecteurs attachés à Usopp et Chopper tiennent là l'un de leurs volumes les plus généreux. Enfin, la lecture en sens japonais, de droite à gauche, et le rythme haché du feuilleton hebdomadaire restent des conventions qu'il vaut mieux avoir intégrées pour profiter du découpage.
Informations sur l’édition
L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.
Aucune édition référencée pour cette œuvre.
Sources et date de mise à jour
Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.