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Couverture de Lucky Luke, tome 20

Bande dessinéeLangue d’origine : Français

Billy the Kid

Première publication
1962
Éditions référencées
2

De quoi parle ce livre ?

Billy the Kid est le vingtieme album de la serie de bande dessinee franco-belge Lucky Luke, paru en 1962 aux editions Dupuis apres une prepublication dans le journal Spirou. Le scenario est de Rene Goscinny et le dessin de Morris (Maurice De Bevere), createur de la serie. L'album propose une relecture humoristique et fictionnelle du hors-la-loi du Far West. Billy the Kid y est represente comme un bandit tres jeune, de petite taille, capricieux et colerique, qui terrorise une ville de l'Ouest et ses environs. Malgre ses allures d'enfant gate, les habitants et les representants de la loi le redoutent et n'osent l'affronter. Lucky Luke, le cowboy solitaire, est charge de mettre fin a ses agissements et de le capturer. Le recit repose sur le contraste entre la reputation effrayante du personnage et son immaturite, dans le registre parodique propre a la serie, qui mele references au western americain et gags visuels.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

3,5/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Billy the Kid de Morris et Goscinny : la legende de l'Ouest ravalee au rang de caprice enfantin

Vingtieme album de la serie, paru chez Dupuis en 1962 apres une prepublication dans Spirou, Billy the Kid appartient a la grande periode de Lucky Luke, celle ou Morris (Maurice De Bevere) au dessin et Rene Goscinny au scenario portent la serie a son sommet. L'ouvrage illustre a merveille leur methode : saisir une figure sanglante de l'histoire americaine et la degonfler par le rire. Le vrai Billy the Kid, hors-la-loi mort a vingt et un ans et nimbe d'une reputation de tueur, devient ici un petit bonhomme colereux et capricieux qui fait trembler tout Fort Weakling sans que personne ose lui tenir tete. L'angle merite qu'on s'y arrete : comment une bande dessinee destinee a la jeunesse retourne-t-elle un mythe de violence en satire de la lachete collective, sans jamais rien perdre de son rythme comique ?

La construction obeit au canevas eprouve de la serie : Lucky Luke, cowboy solitaire et justicier impassible, arrive dans une communaute paralysee par la peur et entreprend, methodiquement, d'y retablir l'ordre. Fort Weakling, dont le nom sonne deja comme une plaisanterie, offre le decor ideal : rues desertes, notables terrorises, accueil nerveux. Sur ce squelette classique, Goscinny greffe un ressort unique et redoutablement efficace, le decalage. Billy possede la reputation du plus dangereux tueur de l'Ouest, mais il en a les manieres d'un gamin boudeur, exigeant, prompt a la crise de nerfs. Tout le comique nait de cette disproportion entre la terreur qu'il inspire et la puerilite de ses motivations : les adultes tremblent devant un morveux, et c'est cette inversion qui fait mouche.

Le trait de genie du scenario tient a la facon dont Lucky Luke se debarrasse de son adversaire. Plutot que de le coucher d'un duel (il est pourtant plus rapide que son ombre), il le bat sur son propre terrain : en jouant les bandits pires encore que lui, il detourne la peur des habitants, au point que la ville finit par supplier Billy de la proteger. Or la superbe du petit tueur reposait tout entiere sur le fait d'etre l'unique epouvantail du pays : ridiculise et jaloux, prive de son statut, il s'effondre de lui-meme. La legende n'est donc pas abattue par une balle mais par le ridicule, resolution bien plus fine qu'une simple victoire au colt.

Le style graphique de Morris est ici a son meilleur. Le trait, nerveux et clair, herite de l'ecole de Marcinelle et de son gout du dessin caricatural (le fameux registre des gros nez) sans jamais sacrifier la lisibilite de l'action. Duels, chevauchees et gestes de degaine sont choregraphies avec un sens du mouvement remarquable : Morris sait faire vivre une case, cadrer une chute, souligner un gag par un simple raccourci. Goscinny, de son cote, seme anachronismes, calembours et noms comiques (a commencer par celui de la ville), et confie a Jolly Jumper, le cheval commentateur, des apartes qui prolongent l'ironie du recit et offrent au lecteur un relais de complicite.

Sur le fond, l'album participe d'un projet plus vaste : la demythification de l'Ouest americain, que le duo appliquera tour a tour aux Dalton, a Jesse James ou a Calamity Jane. La ou Hollywood heroise volontiers ses hors-la-loi, Morris et Goscinny les ramenent a des travers tres ordinaires (vanite, betise, immaturite). Le sujet reel n'est pas la violence mais le mecanisme qui fabrique les terreurs : une collectivite qui prefere subir plutot que resister, et un tueur dont le prestige ne tient qu'au regard effraye des autres. La lecon, discrete et jamais moralisatrice, rappelle que la peur nourrit souvent elle-meme les monstres qu'elle redoute.

Notre verdictBilly the Kid n'est pas le sommet absolu de la serie (les grands albums des Dalton ou de Calamity Jane vont plus loin dans la mecanique comique et la galerie de personnages), mais c'est un cru solide, pleinement representatif de l'alchimie Morris-Goscinny a son apogee. Son idee, drole et un brin cruelle, vaut surtout par sa facon de retourner un mythe de virilite en portrait d'enfant gate, puis de l'abattre par le ridicule plutot que par le colt. Si le ressort s'essouffle par moments sur la longueur, le plaisir de lecture reste intact, porte par un dessin d'une vitalite constante et par une ironie qui a peu vieilli sur l'essentiel. Un classique mineur, mais un vrai classique, a lire pour comprendre comment la bande dessinee franco-belge a su rire des legendes de l'Amerique.

Points forts

  • Un ressort comique imparable, double d'une chute maligneLe decalage entre la reputation de tueur de Billy et ses manieres de sale gosse alimente chaque page, et Goscinny l'exploite avec une regularite de metronome. Mieux: le denouement, ou Lucky Luke se fait passer pour un bandit pire que lui, transforme le simple gag de situation en veritable pointe satirique.
  • La vitalite graphique de MorrisLe trait clair et nerveux ne nuit jamais a la lisibilite de l'action. Duels, chevauchees et gestes de degaine sont choregraphies avec un vrai sens du mouvement, chaque case respirant le dynamisme. La mise en scene sert le gag au lieu de l'alourdir.
  • Une demythification qui vise justeContre l'imagerie heroique du western, l'album ramene le hors-la-loi a des defauts tres ordinaires (orgueil, immaturite). La satire vise moins la violence que la lachete d'une communaute prete a tout subir, ce qui donne au recit une portee qui depasse la simple parodie.

Réserves

  • Une idee unique un peu etireeTres drole d'entree, le concept repose pour l'essentiel sur un seul contraste. Sur la longueur de l'album, la mecanique du caprice enfantin tourne par instants a vide et laisse deviner ses ficelles avant la pointe finale.
  • Un second degre qui suppose des prerequisUne part de la charge parodique demande de connaitre, au moins vaguement, la legende du vrai Billy the Kid. Le jeune lecteur qui l'ignore goutera le burlesque mais manquera le clin d'oeil historique qui fait tout le sel de l'entreprise.
  • Une facture de son tempsCertains ressorts caricaturaux portent la marque des annees 1960 et paraissent aujourd'hui un brin dates; les habitants de Fort Weakling, surtout, restent des silhouettes fonctionnelles, loin de la galerie savoureuse qui fait le prix des meilleurs albums.

À qui s’adresse ce livre ?

Billy the Kid s'adresse d'abord aux lecteurs, jeunes et moins jeunes, qui goutent l'humour de la grande periode Goscinny : celui qui joue de l'anachronisme, du calembour visuel et de la parodie affectueuse du western. Les amateurs de bande dessinee franco-belge classique y trouveront un jalon representatif du savoir-faire de Morris. C'est aussi une bonne porte d'entree pour un enfant curieux de l'Ouest americain, a condition qu'un adulte eclaire au passage la reference historique, sans laquelle une part du sel se perd. Les puristes de la biographie du vrai Billy the Kid, en revanche, devront accepter d'emblee le parti pris burlesque : ce n'est pas un document, c'est une charge comique assumee.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Éditions référencées, avec ISBN, éditeur, date de parution et format
ÉditionÉditeurParutionFormatISBNDisponibilité
Lucky Luke, tome 20Billy the kidDupuisAlbum · Français978-2-8001-2240-3Non renseigné
Lucky Luke, tome 20Billy the KidDupuisAutre · 46 p. · Français978-2-8001-1460-6Non renseigné

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.