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MangaLangue d’origine : Japonais

Bouillir, tel est le propre du Oden

Première publication
2020
Éditions référencées
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De quoi parle ce livre ?

Quatre-vingt-seizième tome de One Piece, prépublié dans le Weekly Shonen Jump et paru chez Glénat en octobre 2020, ce volume réunit les chapitres 965 à 974 et mène à son terme le long retour en arrière consacré à Kozuki Oden, au cœur de l'arc du pays des Wa. Pendant qu'Oden fonde une famille avec Toki à bord du navire de Barbe Blanche, le clan Kurozumi prépare au pays sa prise de pouvoir. La rencontre entre les équipages de Barbe Blanche et de Roger décide de la suite : Oden change de bord et prend part au dernier voyage du futur Roi des pirates, jusqu'à l'île que Roger baptise Laugh Tale après y avoir découvert le trésor laissé par Joy Boy. De retour au pays des Wa, Oden trouve Orochi installé sur le siège de shogun et accepte cinq années d'humiliation publique, dansant nu dans les rues de la capitale des Fleurs, avant de marcher sur Kaido. Vaincu, il est condamné au supplice du chaudron, où il tient une heure durant en portant ses neuf vassaux à bout de bras. Toki expédie alors Momonosuké et le groupe de Kinémon vingt ans plus loin, et le volume rend la parole au présent, où Kanjuro se démasque avant l'arrivée de Luffy, Law et Kid.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

4,5/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Une tragédie en dix chapitres : Oden, de Laugh Tale au chaudron

Depuis plusieurs tomes, One Piece a suspendu son présent pour raconter la vie de Kozuki Oden ; le tome 96 est celui où ce détour révèle sa fonction. Dix chapitres y font tenir deux sommets que la série différait depuis longtemps : le dernier voyage de Gol D. Roger jusqu'à l'île qu'il baptise Laugh Tale, et la chute d'un homme qui accepte cinq années de ridicule public avant de finir dans un chaudron d'huile bouillante. Paru chez Glénat en octobre 2020, ce tankobon est l'un des très rares volumes de la série qui se lise presque comme un récit autonome, avec sa propre courbe et sa propre fin.

Ce qui frappe d'abord, c'est le montage. Oda travaille par ellipses avec une liberté que la prépublication hebdomadaire s'autorise rarement : récitatifs, sauts de plusieurs années, épisodes entiers résolus en une poignée de pages. Les trois jours d'affrontement entre les équipages de Barbe Blanche et de Roger, attendus depuis des centaines de chapitres, ne sont pas déployés en combat fleuve ; ils sont saisis par quelques images et aussitôt dépassés, parce que l'enjeu du tome n'est pas la bataille mais la bifurcation qu'elle produit dans la vie d'Oden. Le voyage vers la dernière île obéit à la même économie : Oda montre le seuil, la découverte, le rire de Roger, et garde pour lui ce qui a été lu là-bas. Le volume dresse le cadre d'un mythe sans le remplir, et cette retenue relève autant de la dramaturgie que du calcul de sérialisation.

Le basculement s'opère au retour au pays des Wa. Le récit change de régime : la ligne d'aventure cède à une mécanique tragique où chaque page ferme une porte. Orochi occupe déjà le siège de shogun, la parole d'Oden ne pèse plus rien, et le personnage entre dans une longue séquence d'humiliation que le dessin traite frontalement comme un gag, corps grotesque, bouche ouverte, foule hilare. Oda laisse le lecteur juger avec la foule, puis lui retire le sol sous les pieds en découvrant le marché qui commandait chaque danse. C'est le coup de force du volume : le registre burlesque aura servi de masque, et les pages précédentes changent de sens sans qu'un seul trait ait bougé.

La fin est mise en scène comme une pièce. La capitale des Fleurs devient une salle, l'estrade un plateau, la foule un public, et Oda cadre le chaudron en plans larges très chargés, où les aplats de noir et les trames donnent au pays des Wa son grain d'estampe. L'alternance entre ces vues d'ensemble et les gros plans sur les visages des vassaux organise la montée de tension sans un mot de trop ; l'image se sature à mesure que l'heure s'écoule, et la séquence tient sur une idée d'une simplicité presque insoutenable, un homme debout dans l'huile qui porte les autres à bout de bras.

Reste la fonction du volume dans l'arc. Le tome 96 est une charnière : il clôt le retour en arrière, explique rétrospectivement la rage des fourreaux rouges et la position de plusieurs figures de la capitale, puis rend la narration au présent dans son tout dernier chapitre, où un masque tombe et où trois pirates entrent en scène. Ce raccord est brusque, presque brutal après le sommet qui précède, et il relance aussitôt la machine de guerre de l'arc. On peut y voir une faiblesse de tempo ; on peut aussi y lire l'aveu que ce passé n'a jamais été raconté pour lui-même, mais pour armer la revanche à venir.

Notre verdictLe tome 96 est l'un des sommets de la saga du pays des Wa et l'un des volumes les plus tenus de la seconde moitié de la série. Sa réussite ne tient pas aux secrets qu'il consent enfin à lâcher, mais à la coïncidence qu'il organise entre une construction et un effet moral : faire rire du personnage avant d'obliger à le relire. Le prix à payer est une compression qui laisse plusieurs promesses au seuil, et une dernière partie qui rebranche le présent un peu vite, comme si l'hebdomadaire reprenait ses droits sur le récit. Fragment d'un ensemble qui le dépasse, ce volume possède pourtant sa propre courbe, du départ en mer jusqu'à l'estrade. On peut lui reprocher ce qu'il ne montre pas ; difficilement ce qu'il fait de ce qu'il montre.

Points forts

  • Un montage qui fait tenir vingt ans en dix chapitresRécitatifs, sauts de plusieurs années, épisodes entiers résolus en quelques pages: Oda emploie ici une grammaire de l'ellipse peu courante dans un shonen de prépublication hebdomadaire, où l'action se raconte d'ordinaire au présent et au ralenti. Le volume traverse une vie entière sans jamais donner la sensation d'un catalogue, parce que chaque saut de temps sert la même démonstration.
  • Un renversement qui réécrit ce qu'on vient de lireLe tome installe longuement Oden en seigneur ridicule, dansant nu sous les quolibets, avant de découvrir le marché qui explique cette conduite. La révélation ne modifie rien aux images déjà vues, elle en change la lecture, et le lecteur se retrouve à la place exacte de la foule qu'il regardait se moquer. L'effet ne fonctionne que parce que Oda a accepté de faire rire aux dépens de son personnage pendant des dizaines de pages.
  • Une scène finale composée comme un théâtreEstrade, public, cadrages larges saturés d'encre, alternance de plans d'ensemble et de visages: le noir et blanc renonce à l'élasticité comique habituelle de la série pour une solennité d'estampe qui épouse le décor du pays des Wa. La tension monte par le seul découpage, sans surenchère de dialogue.

Réserves

  • Le mythe montré de loinLe voyage jusqu'à la dernière île, promesse centrale de la série depuis son premier chapitre, tient en quelques pages allusives: on voit des réactions, pas la chose. Le choix se défend, il préserve l'enjeu général du récit, mais la frustration est réelle, d'autant que le tome accorde à cette étape bien moins d'espace qu'à l'humiliation qui suit.
  • Un affrontement décisif expédiéLa bataille contre Kaido, préparée depuis l'ouverture du retour en arrière, tient en un chapitre et se résout sans le déploiement spectaculaire auquel la série a habitué son lectorat. Le parti pris s'accorde à la tonalité tragique de l'ensemble, mais qui vient chercher un morceau de bravoure graphique en sortira moins servi que qui vient chercher un destin.
  • Aucune porte d'entréeLe volume suppose les quatre-vingt-quinze tomes précédents et une mémoire fine du casting du pays des Wa: seigneurs, vassaux, alliances, doubles identités. Les noms s'accumulent vite, et le lecteur qui reprend la série après une interruption passera une partie du tome à reconstituer qui est qui, au détriment de l'émotion visée.

À qui s’adresse ce livre ?

Ce tome s'adresse au lecteur déjà engagé dans l'arc du pays des Wa, celui qui suit le retour en arrière sur Oden depuis son ouverture et qui en attend la conclusion. Il comblera surtout ceux que passionne la mythologie de fond de la série, l'ère de Roger et les zones d'ombre laissées derrière elle, à condition d'accepter que les réponses restent partielles. Il intéressera aussi le public venu de l'adaptation animée, curieux de comparer le rythme très serré des chapitres d'origine à celui, largement étiré, des épisodes. En revanche, ce n'est en aucun cas un point d'entrée : les quatre-vingt-quinze tomes précédents et une familiarité avec le casting du pays des Wa y sont supposés acquis. Et celui qui suit One Piece pour l'aventure en cours, l'équipage au complet et la comédie de groupe devra patienter, car Luffy n'apparaît qu'en toute fin de volume.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Aucune édition référencée pour cette œuvre.

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.