Le fil littéraireParutions, entretiens, critiques et patrimoineRecevoir l’essentiel
Rechercher
Couverture de 60 gags de boule et bill boule et bill 05

Bande dessinée

60 gags de Boule et Bill (n°5)

Première publication
1969
Éditions référencées
1

De quoi parle ce livre ?

Cinquième recueil de la série que Jean Roba lance en 1959 dans les pages du journal Spirou, ce volume rassemble une soixantaine de gags indépendants, chacun bouclé en une planche. Boule, petit garçon curieux et farceur, y partage son quotidien avec Bill, cocker roux au museau expressif et au caractère bien trempé, et avec Caroline, la tortue placide de la maisonnée. Autour d'eux, des parents ordinaires, un pavillon de banlieue, un jardin et un voisinage propices aux petites catastrophes domestiques. Aucune intrigue continue : chaque page se lit pour elle-même, avec sa chute. Le ressort comique naît de la complicité et des rivalités entre l'enfant et le chien, des bêtises de l'un et des ruses de l'autre, du regard des adultes. Prépublié dans Spirou au milieu des années 1960 et paru en album en 1969, ce numéro cinq saisit la série à un moment où son univers familial et son humour tendre sont déjà pleinement en place.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

4/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

60 gags de Boule et Bill (n°5), Roba : le duo de l'enfant et du chien, gag après gag

Avec ce cinquième recueil, Jean Roba reconduit une mécanique éprouvée : le gag en une planche, autonome, refermé sur sa chute. Dix ans après la naissance de Boule et Bill dans le journal Spirou, la série a trouvé son rythme de croisière et son territoire, le pavillon, le jardin, la vie de famille. Le volume ne raconte donc pas une histoire, il aligne des variations sur un même duo, l'enfant et son cocker, et sur les mille frictions du quotidien. Tout l'enjeu d'un tel album tient là : durer sans intrigue, par la seule vertu du comique de situation et du personnage.

La construction repose entièrement sur le format court. Chaque planche est une petite horlogerie : une situation posée en quelques cases, un développement, une chute. Roba maîtrise ce tempo, il sait retarder l'effet, glisser un gag muet, laisser le regard de Bill parler quand les mots deviennent superflus. Cette économie narrative fait la réussite du genre, mais elle en dicte aussi la limite : lu d'une traite, un recueil de soixante gags peut donner une impression de récurrence, quelques ressorts revenant d'une page à l'autre.

Graphiquement, Roba s'inscrit dans l'école de Marcinelle, celle de Spirou et, dans son sillage, de Franquin : trait rond, souple, expressif, sens du mouvement et des attitudes. Le dessin est d'une lisibilité exemplaire, toujours au service du gag, jamais tourné vers l'esbroufe. Bill, surtout, est un sommet d'expressivité animale : tout passe par la posture, les oreilles, la queue, le regard. Roba observe les chiens en naturaliste autant qu'en humoriste, et cette justesse d'observation nourrit directement le comique.

L'humour, lui, est tendre plus que féroce. Il tient à la complicité et aux petites rivalités entre le garçon et le chien, aux ruses de l'animal, aux bêtises de l'enfant, aux réactions des parents. Rien de grinçant : une comédie familiale bienveillante, ancrée dans un quotidien de banlieue que le lecteur reconnaît d'emblée. La tortue Caroline y ajoute un contrepoint de lenteur et de flegme. Cet univers rassurant, sans méchanceté, explique pour une large part la longévité et le succès populaire de la série.

Notre verdictSans être un sommet narratif, ce qu'il ne prétend d'ailleurs pas être, ce cinquième recueil de Boule et Bill offre un bel exemple de bande dessinée d'humour populaire, portée par un dessinateur au faîte de son art de l'observation. Roba y déploie une mécanique du gag efficace, un trait d'école de Marcinelle limpide et un univers familial d'une chaleur communicative. On notera l'effet de répétition propre au genre et l'absence de fil conducteur, mais ce sont les règles du recueil de gags, non de vrais défauts. À déguster par petites touches, cet album confirme, à l'orée des années 1970, la place de Boule et Bill dans le patrimoine de la bande dessinée franco-belge.

Points forts

  • La mécanique du gag en une plancheRoba a le sens du tempo comique: situation, développement et chute s'enchaînent avec une précision d'horloger, souvent sans un mot. Chaque page devient une pièce autonome, immédiatement lisible, que l'on peut aborder dans n'importe quel ordre.
  • Bill, sommet d'expressivité animaleLe cocker roux est croqué avec une justesse d'observation remarquable. Oreilles, queue, posture et regard suffisent à dire l'émotion. Roba conjugue l'œil du naturaliste et celui de l'humoriste, et c'est de cette vérité du comportement canin que naît une bonne part du rire.
  • Un trait d'école de Marcinelle limpideRond, souple, plein de mouvement, le dessin prolonge la veine graphique de Spirou et de Franquin. Il ne cherche jamais l'effet gratuit: tout concourt à la clarté de la lecture et à l'efficacité de la chute, avec une aisance qui paraît aller de soi.
  • Une comédie familiale sans méchancetéL'humour, tendre et bienveillant, puise dans un quotidien de banlieue que chacun reconnaît. Cet univers rassurant, où la complicité l'emporte sur le conflit, éclaire le succès durable de la série auprès de toutes les générations.

Réserves

  • L'effet cumulatif de la répétitionLe format sériel a son revers: lus à la suite, soixante gags bâtis sur un nombre restreint de ressorts finissent par émousser la surprise. L'album se savoure mieux par petites doses que d'une seule traite.
  • Un album à situer, non une porte d'entréeSans intrigue ni progression d'ensemble, ce numéro cinq vaut ce que vaut la série à cette date. Qui découvre Boule et Bill n'a pas de raison particulière de commencer par lui plutôt que par un autre recueil.
  • Un charme d'époqueLe cadre, les rôles familiaux et certains codes portent la marque de la fin des années 1960. C'est le plus souvent un charme; cela peut aussi sembler un brin suranné au regard d'aujourd'hui.

À qui s’adresse ce livre ?

Ce recueil s'adresse d'abord aux jeunes lecteurs, dès sept ou huit ans, qui reconnaîtront dans le duo de l'enfant et du chien un miroir de leur propre univers. Mais il déborde largement ce public : amateurs de bande dessinée franco-belge classique, nostalgiques du journal Spirou, familles qui lisent ensemble et collectionneurs de l'école de Marcinelle y trouvent leur compte. Les propriétaires de chiens, en particulier, goûteront la justesse avec laquelle Roba saisit le comportement canin. Une lecture intergénérationnelle, à picorer, idéale pour partager un moment de complicité entre petits et grands.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Éditions référencées, avec ISBN, éditeur, date de parution et format
ÉditionÉditeurParutionFormatISBNDisponibilité
60 gags de boule et bill boule et bill 05Editions DupuisAutre978-2-8001-0034-0Non renseigné

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.