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Bande dessinéeLangue d’origine : Français

Bronco Benny

Première publication
1980
Éditions référencées
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De quoi parle ce livre ?

Seizième album des Tuniques Bleues, Bronco Benny prolonge la veine western et satirique de Raoul Cauvin et Willy Lambil. On y retrouve le tandem qui fait le sel de la série: le sergent Cornélius Chesterfield, zélé jusqu'à l'aveuglement, et le caporal Blutch, râleur lucide qui ne songe qu'à quitter l'uniforme. La guerre de Sécession bat son plein et la cavalerie nordiste se heurte à un problème très concret: elle manque de montures et doit aller en acheter. Les deux compères sont donc expédiés vers un ranch, flanqués du meilleur dresseur de chevaux du pays, ce Bronco Benny qui donne son titre à l'album: de son vrai nom Ben Willcox, un cow-boy farouche et taciturne, plus à l'aise avec les bêtes qu'avec les hommes, peu loquace, qui mastique sa chique et répond le plus souvent d'un mouvement de tête. Entre les distances à couvrir, un troupeau de chevaux sauvages, l'entêtement des officiers et l'incompatibilité d'humeur des voyageurs, l'expédition promet d'être longue. Cauvin bâtit sur cette donnée simple une mécanique d'incidents en chaîne, prétexte idéal à sa critique récurrente de l'absurdité militaire, où l'obstination des chefs coûte plus cher que l'ennemi.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

4/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Bronco Benny: le western des Tuniques Bleues à hauteur de cheval

Il y a des albums des Tuniques Bleues qui reposent sur une bataille, d'autres sur un gag filé d'un bout à l'autre du volume. Bronco Benny relève d'une troisième famille, sans doute la plus fiable de la série: celle de la mission absurde confiée aux deux hommes les moins qualifiés du régiment. Il s'agit cette fois de rapporter des chevaux, et l'adversaire n'est plus seulement l'armée sudiste mais l'animal. Restait à trouver ce qui empêcherait l'album de n'être qu'un western de plus. Cauvin, dialoguiste virtuose, a eu l'idée d'adjoindre au duo un troisième homme qui ne dit presque rien.

Bronco Benny paraît en album chez Dupuis en 1980, après une prépublication dans le journal Spirou, à un moment où la série tourne depuis longtemps à plein régime. Cauvin écrit les Tuniques Bleues depuis 1968, Lambil en a repris le dessin en 1972, à la mort de Louis Salvérius, sur l'épisode devenu Outlaw, et le duo a fixé sa méthode: un album, une mission, et le tandem Chesterfield-Blutch expédié là où l'état-major n'ira jamais voir. Le schéma retenu ici, celui du voyage à accomplir et de la marchandise à ramener, est l'un des plus solides du genre. Le but est connu dès les premières planches, seul le chemin réserve des surprises, ce qui laisse au récit un fil directeur limpide tout en autorisant la digression comique. La scansion de la parution hebdomadaire reste perceptible, avec sa chute en bas de page et sa relance régulière.

Le vrai coup de force du tome tient au personnage-titre. Ben Willcox, dit Bronco Benny, est un homme de cheval que rien n'intéresse d'autre, et Cauvin prend le parti de ne presque jamais lui donner la parole: un taciturne obstiné, qui mastique sa chique en silence et répond la plupart du temps d'un simple mouvement de tête. Le geste est plus audacieux qu'il n'y paraît chez un scénariste dont toute la réputation repose sur le dialogue. Ce quasi-mutisme oblige Lambil à faire porter au dessin ce que le texte ne dira pas, et il déséquilibre le duo habituel: Chesterfield perd son ascendant hiérarchique face à une compétence qu'il n'a pas, Blutch découvre qu'il n'a plus le monopole de la lucidité désabusée, et les deux militaires se retrouvent à commenter sans fin un homme qui ne leur répond guère. Le comique naît de ce déséquilibre autant que des incidents de route.

Le dessin de Lambil relève pleinement de l'école de Marcinelle: trait rond, silhouettes élastiques, priorité donnée à l'énergie du geste plutôt qu'à l'exactitude documentaire. Rien ne convient mieux à un album où le cheval occupe le premier plan. Lambil sait rendre le poids d'une bête qui rue, la trajectoire d'un cavalier désarçonné, le décalage entre l'assurance de l'homme et l'indifférence de l'animal. Sous l'apparente désinvolture du crayon se cache une véritable science anatomique, et ces séquences valent mieux que bien des planches d'aventure prétendument réalistes.

Sur le fond, la série redit ce qu'elle dit toujours, mais elle le dit avec justesse: la guerre est d'abord une entreprise de gaspillage, et l'ordre absurde fait plus de dégâts que l'adversaire. Le cheval s'y prête admirablement, puisqu'il est à la fois matériel militaire, valeur marchande et créature vivante qui n'a rien demandé à personne. Cauvin peut ainsi railler l'intendance sans prononcer le moindre discours, et laisser affleurer une tendresse que la série accorde plus volontiers aux bêtes qu'aux généraux. L'amertume est là, sous la farce, sans jamais ralentir le tempo.

Notre verdictBronco Benny montre ce que la série sait faire lorsqu'elle ne cherche pas à se réinventer: une mission d'une simplicité désarmante, deux héros incapables de s'accorder, un troisième larron pour brouiller les cartes, et une accumulation d'ennuis menée au cordeau. L'idée du dresseur taciturne suffit pourtant à distinguer l'album de ses voisins immédiats et donne à Lambil l'occasion de ses plus belles pages animalières, portées par un trait souple et une couleur chaleureuse. On n'attend pas de cette collection une révolution formelle, et ce tome n'en propose aucune. Il tient en revanche exactement sa promesse, avec un métier impeccable et une générosité qui explique la longévité de la série. Un album de milieu de parcours, sans prétention ni faiblesse, que l'on relit sans effort et que l'on prête volontiers.

Points forts

  • Un personnage-titre qui ne parle presque jamaisRéduire à presque rien la parole du troisième protagoniste, chez un scénariste qui vit du dialogue, relève du pari. Il est gagné: le silence obstiné de Benny force le récit à passer par le regard, la posture et le geste, il rend les deux bavards encore plus bavards par contraste, et il installe une figure de cow-boy irréductible qu'aucune réplique n'aurait rendue aussi opaque.
  • Un dispositif de voyage taillé pour le mouvementAller chercher les chevaux, les ramener entiers: la colonne vertébrale est évidente et chaque étape fournit sa contrariété sans que le lecteur perde jamais le nord. Cauvin peut multiplier les incidents parce que l'objectif reste fixe, et le récit gagne cette régularité de feuilleton bien mené où la relance succède à la chute.
  • Le trait de Lambil au service de l'animalÉcole de Marcinelle assumée: rondeur des visages, élasticité des corps, cadrages taillés pour le mouvement. Cette souplesse fait merveille sur les chevaux, qui exigent un vrai savoir anatomique sous leur apparente légèreté. Ruades, chutes et poussière prennent une évidence physique que peu de dessinateurs comiques atteignent.
  • Une satire qui passe par la situation, jamais par le discoursVanité des gradés, gaspillage, ordres intenables: le propos est constant chez Cauvin, mais il naît ici de la mécanique des événements et non d'une réplique explicative. Le lecteur rit d'abord et comprend ensuite, si bien que la charge contre le militarisme n'alourdit à aucun moment le plaisir d'aventure.

Réserves

  • Une formule que les habitués verront venirAu seizième tome, les rôles sont distribués une fois pour toutes: Chesterfield s'entête, Blutch annonce la catastrophe, l'état-major la rend inévitable. Le plaisir naît de la variation, non de la surprise, et qui enchaîne plusieurs albums d'affilée percevra davantage la constance du dispositif que son renouvellement.
  • Un contexte historique qui reste un décorLa guerre de Sécession fournit ici des uniformes, des grades et une géographie, plus rarement une épaisseur documentaire. La série sait s'approcher davantage du fait historique dans d'autres volumes; celui-ci choisit clairement le tempo comique, ce qui laissera sur leur faim les lecteurs venus chercher un éclairage sur la période.
  • Un comique parfois très appuyéQuelques gags reposent sur des effets attendus, chutes et mauvaise foi répétées jusqu'au numéro obligé. L'ensemble reste enlevé, mais certaines planches rappellent un peu trop que l'histoire a d'abord été conçue pour une parution hebdomadaire, où chaque épisode devait produire son quota de rires.

À qui s’adresse ce livre ?

Album d'entrée idéale pour les lecteurs de neuf ou dix ans: la mission est limpide, les personnages immédiatement lisibles, l'action très présente et la violence systématiquement désamorcée par le rire. Les amateurs de western y reconnaîtront les motifs du genre passés au filtre de l'humour belge, chevaux sauvages et cow-boy taciturne compris. Les fidèles des Tuniques Bleues le rangeront parmi les tomes solides de la grande période Cauvin-Lambil, sans en faire un sommet. Les adultes lecteurs de bande dessinée franco-belge y goûteront la satire du militarisme qui court sous la farce, à condition d'accepter la légèreté d'un divertissement assumé. Les curieux d'histoire de la guerre de Sécession, en revanche, devront chercher leur matière ailleurs.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Aucune édition référencée pour cette œuvre.

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.