
Castel Or-Azur
- AuteurDidier Tarquin
- AuteurChristophe Arleston
- Première publication
- 1996
- Éditions référencées
- 1
De quoi parle ce livre ?
Troisième volet de Lanfeust de Troy, Castel Or-Azur prolonge la course engagée dans les deux premiers albums. Embarqués sur un sampan mené par un équipage de pirates, Lanfeust, le vieux sage Nicolède, ses deux filles C'ian et Cixi et le truculent troll Hébus font route vers les Baronnies d'Hédulie. Objectif: atteindre le Castel Or-Azur avant le redoutable Thanos et lui disputer l'épée d'Or-Azur, dont la possession ferait de son détenteur l'homme le plus puissant de Troy. La péninsule où ils abordent ne ressemble à rien de ce qu'ils connaissent: on y refuse la magie, et les castels s'y livrent des guerres d'honneur perpétuelles. Quand la petite troupe arrive enfin en vue du castel, elle le découvre assiégé par les troupes du baron Sixte Averroës. Il faudra donc franchir un siège avant même de songer à l'épée. Arleston et Tarquin nouent ainsi quête initiatique, satire féodale et comédie de troupe, en laissant chaque personnage tirer la couverture à soi, du troll philosophe à Cixi, qui manie son charme comme une arme.
Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.
Que vaut ce livre ?
Le tome où Troy remise la magie au vestiaire et sort l'acier
Paru au printemps 1996 chez Soleil, Castel Or-Azur est l'album où Lanfeust de Troy cesse d'être une promesse pour devenir une série installée. Arleston et Tarquin disposent désormais d'un monde construit, d'une petite troupe rodée et d'un antagoniste lancé à pleine vitesse: il ne leur reste plus qu'à jouer. Ils le font en déplaçant leurs héros hors de leur terrain habituel, vers une contrée qui refuse la magie, c'est-à-dire en privant volontairement la série de son moteur pour voir ce qu'il en reste. Le pari est plus malin qu'il n'y paraît, et l'album y gagne une tension que le pur enchaînement de gags ne suffisait pas à produire.
La construction tient en deux mouvements nettement séparés. Le premier, maritime, sert de sas: il remet l'intrigue en place, entretient la rivalité des deux sœurs et laisse à Hébus le loisir de commenter l'humanité depuis sa hauteur de troll. Le second, terrestre, ouvre un espace neuf, les Baronnies d'Hédulie, et impose aussitôt sa contrainte: le siège du castel. Arleston pratique ici la recette qu'il affinera pendant vingt ans, l'étape géographique comme unité narrative. Chaque album correspond à un décor, à un peuple, à un système de valeurs à moquer, et se referme sur une relance qui empêche la course de retomber. L'efficacité est réelle, la mécanique un peu apparente.
L'invention la plus intéressante reste ce refus de la magie. Sur Troy, chacun possède un pouvoir, aussi absurde soit-il, et la série a bâti son comique sur ce catalogue de dons ridicules. En posant ses héros dans une péninsule lointaine qui tient la magie à distance et laisse ses castels se livrer des guerres d'honneur perpétuelles, les auteurs se coupent de leur meilleur ressort. Ils gagnent en échange une satire des codes chevaleresques, du point d'honneur et des conflits décoratifs que l'on mène pour préserver un équilibre social, et ils rendent à Lanfeust une vulnérabilité que sa toute-puissance annoncée lui refusait. Sixte Averroës, baron assiégeant sans scrupule, incarne le versant sinistre de cette société: l'honneur y sert volontiers de vernis à la prédation.
Le dessin de Tarquin franchit un palier. Son trait nerveux et rond doit moins à la tradition franco-belge classique qu'à l'illustration d'heroic fantasy et à l'animation: anatomies souples, poses en torsion, contre-plongées appuyées, décors fouillés où l'architecture invente sa propre logique. Le découpage cherche l'énergie plutôt que la lisibilité tranquille, avec de très larges cadrages pour les vues de siège et des successions de petites cases pour les échanges comiques. Les couleurs chaudes et saturées, signées Yves Lencot et Claude Guth, unifient l'ensemble et datent l'album autant qu'elles le servent.
Reste le ton. Arleston écrit un dialogue de vaudeville en costume: calembours, anachronismes assumés, noms propres à double détente, sous-entendus grivois distribués à toutes les pages. Cette langue fait le charme de la série et son plafond de verre. Elle produit un comique constant, rarement profond, et enferme les personnages féminins dans un duo de séductrice et de raisonnable dont ils mettront des années à sortir. Le vrai sujet affleure pourtant sous la farce: que vaut un pouvoir absolu chez quelqu'un qui n'a rien décidé pour l'obtenir, et que devient un héros lorsque le monde autour de lui refuse la règle du jeu qui le rendait unique.
Notre verdictCastel Or-Azur est le tome où Lanfeust de Troy trouve sa vitesse de croisière. En envoyant ses héros sur une terre qui refuse la magie, Arleston s'impose une contrainte fertile: il doit faire tenir son récit sur autre chose que le catalogue de pouvoirs absurdes qui faisait le sel des deux premiers albums, et il y parvient par la satire féodale et par la pression du siège. Tarquin, de son côté, atteint une aisance de metteur en scène qui explique à elle seule une bonne part du succès de la série. L'humour de calembours et le regard appuyé sur les corps féminins ont vieilli, la mécanique sérielle se voit, l'album ne se suffit pas à lui-même. Il reste l'un des meilleurs épisodes du premier cycle, et l'un des rares où l'on sent les auteurs prendre un risque plutôt que dérouler leur formule.
Points forts
- Un dépaysement qui a du sensLes Baronnies d'Hédulie ne sont pas un décor de plus. En posant leurs héros sur une terre qui refuse la magie, les auteurs désamorcent l'automatisme comique de la série et obligent leurs personnages à ruser, à se battre autrement, à composer avec des règles sociales absurdes mais contraignantes. C'est le premier album où Troy se regarde de l'extérieur.
- Le trait de Tarquin à pleine puissanceArchitectures inventives, foules de siège, créatures dessinées avec un plaisir évident, mouvement permanent dans la case: le dessin porte l'album au moins autant que le scénario. Tarquin y trouve l'équilibre entre la caricature comique des visages et le sérieux spectaculaire des grandes scènes de bataille.
- Une troupe qui fonctionneHébus demeure la meilleure trouvaille de la série, à la fois machine à gags, force de frappe et regard décalé sur les manières humaines. Autour de lui, la friction entre C'ian, Cixi et Nicolède donne à chaque séquence son contrepoint. La comédie de groupe compense largement la fadeur relative du héros éponyme.
- Un rythme tenu de bout en boutUn album sans temps mort, une course contre Thanos qui ne se relâche jamais, un obstacle imprévu qui reconfigure l'objectif en cours de route. La série a compris très tôt qu'un album de fantasy grand public doit d'abord se lire d'une traite.
Réserves
- Un album qui se lit mal isolémentCastel Or-Azur est un maillon, pas un récit autonome. Sans les deux premiers tomes, l'enjeu de l'ivoire, la menace que représente Thanos et l'histoire des personnages restent des données abstraites, et la fin ouverte frustrera le lecteur qui n'aurait pas la suite sous la main.
- Un humour de calembours datéLa mitraille de jeux de mots, de noms propres à tiroir et de clins d'œil anachroniques faisait la modernité de la série en 1996. Trente ans plus tard, la cadence fatigue par endroits et écrase des scènes qui auraient gagné à respirer en silence.
- Le traitement des personnages fémininsCixi en séductrice permanente, C'ian en sage effacée: la répartition des rôles est convenue, et le dessin insiste lourdement sur les silhouettes et les tenues. C'est l'aspect le plus visiblement vieilli de l'album, même si la série corrigera partiellement le tir plus tard, notamment autour de Cixi.
- Une mécanique sérielle très lisibleLe schéma une étape, un peuple, une satire, une relance finale fonctionne, mais il se laisse deviner dès la deuxième lecture. On y sent l'architecture d'une série conçue pour durer, au détriment de l'imprévu.
À qui s’adresse ce livre ?
Album pour lecteurs à partir de douze ou treize ans, à condition d'accepter une bonne dose de sous-entendus grivois et quelques scènes de bataille. Il s'adresse d'abord à ceux qui ont commencé la série dans l'ordre, car il n'a pas été conçu pour être découvert seul. C'est aussi une porte d'entrée idéale vers la fantasy franco-belge pour un public venu du jeu de rôle, du jeu vidéo ou de l'animation: le monde de Troy en reprend les codes et les tourne en dérision sans jamais les mépriser. Les amateurs de fantasy grave et de construction de monde rigoureuse y trouveront moins leur compte que les lecteurs venus chercher l'aventure enlevée, la galerie de personnages et le plaisir du dessin. Bibliothèques et CDI y verront un classique de rayon, très emprunté, qui demande simplement de disposer de la série complète.
Informations sur l’édition
L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.
| Édition | Éditeur | Parution | Format | ISBN | Disponibilité |
|---|---|---|---|---|---|
| Castel Or-Azur | Hachette | n.c. | Autre · 189 p. | 978-2-01-200897-7 | Non renseigné |
Sources et date de mise à jour
Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.