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MangaLangue d’origine : Japonais

Charlotte Linlin

Première publication
2017
Éditions référencées
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De quoi parle ce livre ?

Quatre-vingt-troisième volume de la série, paru chez Glénat le 5 juillet 2017, ce tome relié rassemble les chapitres 828 à 838 et engage l'arc de l'île Tougato. Luffy et quelques compagnons ont mis le cap sur le territoire de Big Mom pour arracher Sanji à un mariage arrangé. Pudding accepte de leur prêter main-forte pendant que Jinbe, lui, vient réclamer son congé à Charlotte Linlin, une requête dont il devra payer le prix. À peine débarqué, le groupe se disperse dans la forêt de la tentation, où arbres, fleurs et bêtes, ces homies animés par le fruit du démon de l'Impératrice, prennent la parole et attaquent : Nami tient la meute à distance grâce à la carte de vie de Laura, Chopper et Carrot sont capturés par Charlotte Brûlée et se retrouvent dans le monde des miroirs, Brook et Pedro filent chercher un ponéglyphe. Luffy et Nami croisent Pound, ancien mari de Big Mom et père de Chiffon et de Laura, avant que le général sucré Charlotte Cracker ne barre la route au capitaine. En parallèle, Sanji retrouve au royaume de Germa son père, Judge Vinsmoke : l'affrontement tourne court et lui vaut des bracelets explosifs aux poignets.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

4/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Le tome où la nasse se referme

Après le vacarme de Dressrosa, la série change de régime. Ce tome 83 n'est pas un volume de bataille rangée, c'est un volume de resserrement. Oda y installe un territoire, répartit ses personnages en foyers narratifs séparés et laisse entendre, chapitre après chapitre, que le sauvetage improvisé de Sanji tient surtout de la souricière. Jugé pour ce qu'il est, une fraction de récit taillée par le rythme de la prépublication hebdomadaire, il occupe une position ingrate et la tient bien : celle du tome qui doit tout mettre en place sans jamais donner l'impression de faire du surplace.

Onze chapitres, quatre fils tressés serré. Le plus bref est aussi le plus lourd de conséquences : Jinbe vient demander son congé à Charlotte Linlin et découvre le tarif. Oda campe son impératrice en quelques pages, entre fringale dévastatrice qui met à sac sa propre ville et bonhomie carnassière, et s'épargne le grand discours d'introduction. Le deuxième fil suit Luffy, Nami, Chopper et Carrot dans la forêt de la tentation, et c'est là que le dessin fait le gros du travail. Les homies, ces arbres, ces fleurs et ces bestioles à qui le fruit du démon de l'Impératrice a donné un visage, permettent de saturer la case de trognes sans jamais compromettre la lisibilité : les fonds cessent d'être des fonds, chaque bosquet regarde le lecteur. Le noir et blanc y gagne un grain inquiétant, où la trame et le hachurage tiennent lieu de couleur locale, et la parade de Nami brandissant la carte de vie de Laura pour faire reculer la meute vaut mieux que bien des passes d'armes. Le troisième fil envoie Brook et Pedro en repérage vers un ponéglyphe. Le quatrième, le plus court en pages et le plus chargé, conduit Sanji au royaume de Germa.

Le découpage assume franchement son origine de prépublication. Chaque chapitre du Weekly Shonen Jump se referme sur une bascule, et la lecture en volume relié met en évidence la régularité de la mécanique, pour le meilleur : le passage d'un fil à l'autre fonctionne comme une suspension plutôt que comme une rupture, et le montage alterné fait monter une tension que ni l'affrontement avec Cracker ni la scène de Germa ne produiraient isolément. Oda cale ses révélations en bas de planche, de sorte que tourner la page coïncide avec la découverte.

Dramaturgiquement, le tome repose sur une asymétrie assumée. Luffy attaque, encaisse, recommence, jusqu'à entamer Cracker avec le Gear Fourth : logique de shonen pure, où le problème se résout par la montée en puissance. Sanji, lui, se bat aussi, et perd, mais sa défaite ne se solde pas par un décompte. Judge Vinsmoke ne cherche pas la victoire mais la mainmise, et les bracelets explosifs posés aux poignets de son fils font basculer la scène du duel à la mise sous tutelle. Ce contrepoint entre la violence bruyante de la forêt et la contrainte froide de Germa constitue le vrai sujet du volume, et il est mené sans un mot de commentaire. Une exécution expédiée en quelques cases, un allié abattu et précipité du haut d'une falaise par celui-là même qui faisait route avec lui, achève de donner le ton : sur cette île, les alliances se défont dans le dos de ceux qui y croient.

Reste le rythme d'ensemble : le tome n'accorde presque aucun répit comique, ce qui est rare dans la série, et il consacre une part notable de sa pagination à des personnages dont on ignore encore le poids réel. C'est le prix d'un premier mouvement d'arc : on pose les pièces, on ne joue pas encore.

Notre verdictTome de mise en place, et l'un des plus tenus de la série dans cet exercice. Oda y renonce à la facilité du grand affrontement pour construire méthodiquement une nasse : un territoire hostile jusque dans sa végétation, une souveraine dont on mesure enfin le danger, un compagnon repris par sa famille, un équipage déjà éparpillé. Le dessin porte l'essentiel de l'atmosphère, le montage alterné maintient la pression, et la séquence de Germa apporte une dureté qui tranche avec le ton ordinaire de la série. On lui reprochera légitimement de ne rien conclure et de multiplier les figurants avant de les incarner, mais c'est le contrat d'un premier mouvement d'arc, et il est honoré avec une réelle maîtrise du tempo. Un volume qui ne se suffit pas à lui-même et qui, pour cette raison précisément, donne très envie du suivant.

Points forts

  • Un montage alterné qui tient la cordeLes fils narratifs, Jinbe face à Big Mom, Luffy dans la forêt, Sanji à Germa, s'appellent et se répondent au lieu de se disperser. Oda coupe presque toujours au bon endroit, et la tension d'un fil vient nourrir l'autre plutôt que le suspendre. En lecture continue, l'ensemble avance sans temps mort.
  • La forêt de la tentation, morceau de bravoure graphiqueC'est le sommet visuel du tome. Les homies transforment le décor en foule grimaçante, et Oda tire de son noir et blanc une inquiétude proprement enfantine, entre livre d'images et cauchemar de fête foraine. La densité des pages ne nuit jamais à la lisibilité du mouvement.
  • Une défaite qui ne se règle pas au décompteLa séquence de Germa vaut pour ce qu'elle refuse: Sanji affronte son père, il perd, et Oda ne referme pas la scène sur un K.-O. mais sur deux bracelets explosifs. Judge Vinsmoke s'impose en très peu de pages comme un adversaire d'une autre nature, qui ne veut pas vaincre mais tenir.
  • Big Mom installée sans notice explicativeAprès des tomes d'évocations, Charlotte Linlin apparaît enfin en action, et Oda choisit de la caractériser par un comportement plutôt que par un dossier. Sa fringale et le sort réservé à Jinbe suffisent à rendre l'imprévisibilité du personnage, et l'arc y gagne une menace qui ne repose pas sur des chiffres.

Réserves

  • Un tome qui n'achève rienC'est la contrainte du format, mais elle se sent ici plus qu'ailleurs: aucun des fils n'arrive à son terme, le duel avec Cracker s'interrompt en pleine montée et le volume se referme sur une suspension. Le lecteur qui suit l'arc au fil des parutions se retrouve avec un objet incomplet, qui exige le suivant pour prendre sa mesure.
  • Un casting qui enfle plus vite qu'il ne s'incarneL'arc déverse une famille entière de noms propres, et plusieurs d'entre eux ne sont ici que des silhouettes citées. Certains personnages apparaissent, livrent une information et disparaissent, ce qui donne par moments l'impression d'un organigramme déroulé plutôt que d'une galerie habitée.
  • Le fil de Brook et Pedro reste en réserveLeur recherche du ponéglyphe est lancée dès l'arrivée sur l'île, puis mise en attente avec trop peu de pages pour exister vraiment, et leur incursion en ville se referme presque aussitôt sur un constat de surveillance. C'est cohérent avec la construction d'ensemble, mais cela produit ici un déséquilibre de traitement au détriment d'une intrigue présentée comme majeure.

À qui s’adresse ce livre ?

Ce volume s'adresse d'abord aux lecteurs qui suivent la série et abordent l'arc de l'île Tougato dans l'ordre : il ne se lit pas isolément et suppose acquis le contexte du départ de Sanji comme la place des Quatre Empereurs. Les amateurs de shonen d'aventure au long cours y trouveront ce qu'ils cherchent, un monde qui s'étend et une menace qui se précise, tandis que les lecteurs sensibles au dessin de décor et à l'invention visuelle seront servis par la forêt et ses homies. Ceux qui viennent chercher un tome de combats spectaculaires et résolus seront en revanche à contretemps : on est ici dans l'installation, pas dans le paiement. Enfin, les lecteurs attachés à Sanji trouveront dans les pages de Germa une inflexion nettement plus sombre que le registre habituel du personnage, à réserver à ceux que le mélange de comédie et de brutalité familiale ne rebute pas.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Aucune édition référencée pour cette œuvre.

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.