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Couverture de Chasseurs de primes

Bande dessinéeLangue d’origine : Français

Chasseur de primes

Première publication
1972
Éditions référencées
1

De quoi parle ce livre ?

« Chasseur de primes » (1972, Dargaud) est un album de la série de bande dessinée Lucky Luke, scénarisé par René Goscinny et dessiné par Morris (Maurice De Bevère). Cette série de western humoristique franco-belge met en scène un cow-boy solitaire qui fait régner l'ordre dans l'Ouest américain. L'album introduit Elliot Belt, chasseur de primes froid et cupide, caricature de l'acteur Lee Van Cleef dans le film « Et pour quelques dollars de plus » de Sergio Leone. Lucky Luke cherche à récupérer un cheval volé appartenant à Bronco Fortworth. Un Cheyenne surnommé Tea Spoon est accusé du vol et une prime de 100 000 dollars pèse sur sa tête. Belt propose à Luke de s'associer pour le capturer, mais ce dernier refuse et agit seul afin d'éviter toute effusion de sang. Belt réunit alors d'autres chasseurs de primes et menace le village cheyenne, au risque de déclencher une guerre. L'enjeu oppose deux conceptions de la justice : le procès équitable défendu par Lucky Luke et la logique mercenaire du système des primes.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

3,5/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Le Chasseur de primes : Lucky Luke face à la loi du dollar

Publié en 1972 chez Dargaud, huitième album de la série, Le Chasseur de primes est un Lucky Luke écrit par René Goscinny et dessiné par Morris (les métadonnées, bande dessinée et 1972, tombent ici justes). Derrière l'apparence d'un western humoristique de plus se cache l'un des épisodes les plus tendus du tandem, celui où le cow-boy solitaire croise Elliot Belt, chasseur de primes glacial dont la silhouette rend un hommage transparent au colonel Mortimer d'Et pour quelques dollars de plus, incarné par Lee Van Cleef. Comment une bande dessinée grand public, d'abord destinée à la jeunesse, s'empare-t-elle du mercenaire de la loi pour interroger, sous le rire, ce que vaut la justice quand elle se paie au dollar, jusqu'à mettre à prix la tête d'un innocent ? Voilà l'angle qui mérite l'analyse.

Sur le plan de la construction, Le Chasseur de primes marie deux ressorts que Goscinny fait avancer de front, une enquête et une traque. Tout part d'une injustice : Bronco Fortworth, éleveur, s'est fait dérober son étalon noir et met à prix, pour cent mille dollars, la tête de Tea Spoon, un guerrier cheyenne qu'il soupçonne sans preuve. La prime agit comme un aimant : elle attire Elliot Belt, traqueur professionnel qui monnaie la justice au tarif des avis de recherche et devient le moteur de l'album. Belt propose plusieurs fois à Lucky Luke de s'associer ; le cow-boy refuse, et cette ligne de fracture, le justicier désintéressé contre le mercenaire, structure tout le récit. Là où un western se contenterait d'un duel, Goscinny ajoute une mécanique d'énigme, car la vraie question n'est pas d'attraper le coupable désigné mais de comprendre qu'il n'y en a pas.

Graphiquement, l'album confirme la maîtrise de Morris : trait nerveux, caricature expressive où chaque visage dit un caractère, sens du mouvement hérité du dessin animé et économie de moyens qui n'exclut jamais la lisibilité. Le contraste entre la nonchalance de Lucky Luke et la raideur anguleuse de Belt, silhouette calquée sur Van Cleef, structure la page : une bonne part de la tension naît de la seule mise en scène des corps. Le découpage privilégie l'efficacité, réservant les gags visuels pour aérer une intrigue de suspense.

Thématiquement, c'est ici que l'album se distingue. En opposant le justicier au chasseur de primes, Goscinny met en scène deux conceptions de la loi : l'une attachée à la vérité, à l'innocence et à l'idée de procès ; l'autre purement marchande, prête à ramener n'importe quelle tête pourvu que la prime tombe. Le scénario pousse la logique jusqu'à son terme le plus inquiétant : pour toucher ses cent mille dollars, Belt recrute une meute de chasseurs et attaque le village cheyenne, manquant de provoquer une guerre. La valeur marchande d'une vie humaine devient ainsi le vrai sujet, et le dénouement lui donne son ironie : au procès, l'aveu de Thelma Fortworth, qui avait libéré le cheval par jalousie, fait éclater la vérité et innocente Tea Spoon, tandis que Belt se retrouve à son tour recherché, pour tentative de provocation de guerre indienne, avant que Lucky Luke ne le relâche. Celui qui vivait de la loi devient hors-la-loi : la satire du système des primes est complète.

Notre verdictLe Chasseur de primes n'est pas le Lucky Luke le plus hilarant, mais c'est l'un des plus mémorables par son antagoniste et l'un des plus riches par son propos. Goscinny et Morris y signent un album tendu, porté par un méchant d'anthologie et par une réflexion, rare dans la série, sur la justice mercenaire, au prix d'un humour en retrait et d'une morale un peu appuyée. L'équilibre penche du côté du western sérieux plus que de la farce, ce qui fait à la fois son originalité et sa limite. Pour l'amateur de la saga comme pour le curieux attiré par la citation du western spaghetti, c'est une lecture solide et joliment dessinée qui vaut le détour, sans rejoindre tout à fait le sommet comique du même tandem.

Points forts

  • Elliot Belt, un antagoniste d'anthologieLe chasseur de primes est l'une des grandes silhouettes de la série: figure sèche, cynique et calculatrice, directement modelée sur le colonel Mortimer qu'incarne Lee Van Cleef dans Et pour quelques dollars de plus, où l'acteur jouait déjà un traqueur de primes. Sa froideur professionnelle en fait un antagoniste crédible et dérangeant, très loin des Dalton comiques, et donne à l'album toute sa densité.
  • La mise en images de MorrisLe trait est nerveux, la caricature juste, le mouvement toujours lisible. Morris oppose visuellement la décontraction dégingandée de Luke à la raideur inquiétante de Belt et tire de cette seule confrontation des postures une réelle efficacité narrative, sans jamais alourdir la page ni sacrifier la clarté du récit.
  • Un scénario de Goscinny à double fondSous le western pour la jeunesse, Goscinny construit une véritable énigme (qui a libéré l'étalon?) doublée d'une fable sur la justice vénale et sur la tête mise à prix d'un innocent. Le renversement final, où le chasseur de primes devient lui-même un homme recherché, referme la satire avec une ironie qui élève l'épisode au-dessus du simple divertissement.

Réserves

  • Un humour en retraitComparé aux sommets de la série, l'album fait la part belle à la tension de la traque et à la démonstration morale au détriment du gag. Les fous rires se raréfient, et le lecteur venu chercher le rire mécanique et les dialogues étincelants des grands Goscinny pourra trouver l'ensemble un peu sec.
  • Une morale un peu appuyéeL'opposition des deux justices, désintéressée contre mercenaire, est tranchée dès le départ, et le dénouement (l'aveu de l'épouse jalouse, la réconciliation générale, l'innocent lavé de tout soupçon) rentre très vite dans l'ordre rassurant de la série. La leçon, limpide, laisse peu de place au doute.
  • Des Cheyennes de conventionComme souvent dans la bande dessinée de l'époque, les personnages amérindiens, à commencer par Tea Spoon, relèvent d'un folklore de pacotille (nom-gag, Ouest de carton-pâte) qui a vieilli, même si le récit prend clairement leur parti contre l'injustice de la prime.

À qui s’adresse ce livre ?

Le Chasseur de primes s'adresse d'abord aux lecteurs de Lucky Luke, jeunes (dès huit ou neuf ans) comme adultes, qui retrouveront le plaisir familier de la série : le cow-boy solitaire, le fidèle Jolly Jumper et le gag régulier. Il conviendra surtout aux amateurs de western, car l'album fonctionne comme un vrai récit de traque et cite très lisiblement le cinéma de Sergio Leone : les cinéphiles savoureront le clin d'oeil à Lee Van Cleef et à Et pour quelques dollars de plus. C'est aussi un bon choix pour l'adulte nostalgique de la bande dessinée franco-belge classique, ou pour qui veut montrer à un enfant qu'un divertissement populaire peut poser, l'air de rien, une question morale. En revanche, qui cherche le Lucky Luke le plus drôle et le plus étincelant de répliques ira plutôt vers les grands albums comiques du même tandem, comme Ma Dalton ou Calamity Jane.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Éditions référencées, avec ISBN, éditeur, date de parution et format
ÉditionÉditeurParutionFormatISBNDisponibilité
Chasseurs de primesDargaudn.c.Autre · 46 p. · Français978-2-205-00604-9Non renseigné

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.