De quoi parle ce livre ?
Deuxième volet de l'arc Punk Hazard, ce tome 67 réunit les chapitres 657 à 667 et poursuit l'escale de l'équipage au Chapeau de paille sur une île partagée entre fournaise et banquise. Le récit avance sur plusieurs fronts à la fois. Luffy, Zoro, Usopp et Robin traversent le versant gelé et se heurtent à une bande de centaures détrousseurs ; Nami, Sanji, Chopper et Franky, retenus dans un ancien centre de recherches, y découvrent des enfants géants et la tête vivante d'un samouraï, Kinémon, dont le corps découpé en morceaux se recompose peu à peu et qui cherche son fils. Devant la porte du laboratoire, Trafalgar Law, devenu Grand Corsaire, barre la route au vice-amiral Smoker : l'affrontement tourne à la démonstration de force, et le pouvoir de Law échange au passage les personnes d'un corps à l'autre, chez les pirates comme chez les marines. Le tome nomme enfin le maître des lieux, le scientifique César Clown, secondé par Monet, avant de lancer les Yeti Cool Brothers contre les rescapés. Fragment d'un récit continu, il dispose les pièces d'un piège et s'achève sur une proposition qui engage la suite.
Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.
Que vaut ce livre ?
Deuxième acte à Punk Hazard : le tome qui arme le piège
Paru chez Glénat le 3 juillet 2013, onze mois après le tankôbon japonais, ce tome 67 occupe la position la plus ingrate et souvent la plus intéressante d'un arc : celle du volume qui arme le récit sans encore le déclencher. Punk Hazard vient à peine de s'ouvrir, le Nouveau Monde n'a guère montré que sa météo, et Eiichirō Oda emploie onze chapitres à éparpiller son équipage, à faire entrer trois camps supplémentaires sur le plateau et à retarder chaque réponse d'un cran. On lit ici moins une bataille qu'une distribution des forces, conduite avec un sens du tempo qui fait de la confusion un moteur plutôt qu'un défaut.
Le découpage est la vraie affaire du volume. Oda tresse au moins quatre fils : les prisonniers du laboratoire qui s'évadent avec une troupe d'enfants géants, le groupe resté dehors et qui franchit le versant gelé, Trafalgar Law qui manœuvre pour son propre compte, la Marine de Smoker débarquée devant la porte. Le passage d'un fil à l'autre ne s'appuie jamais sur une phrase de liaison : il suffit qu'une case montre la neige ou la cendre pour que l'on sache aussitôt où l'on se trouve. Le rythme naît de cette alternance bien plus que de l'action, et si plusieurs chapitres se passent presque entièrement de combat, rien ne s'affaisse, chaque séquence apportant le renseignement que la précédente venait de rendre nécessaire.
Le comique de corps sert de liant. Un samouraï découpé en trois morceaux qui parlent, se cherchent et se recollent, puis des personnes échangées d'un corps à l'autre par le pouvoir de Law : Oda tire de sa propre mécanique un gag qui devient aussitôt un dispositif dramatique. Entendre Sanji parler par la bouche de Nami, ou Smoker raisonner dans le corps de Tashigi, ne sert pas seulement à faire rire ; cela désoriente le lecteur exactement comme l'île désoriente les personnages, et cela oblige le dessin à se reposer sur les attitudes et les regards plutôt que sur les silhouettes. C'est de la caractérisation par le corps, redoutablement efficace en noir et blanc.
Graphiquement, l'île à deux climats offre à Oda un terrain de contrastes qu'il exploite sans lourdeur. D'un côté sol calciné, ciel chargé, trames denses ; de l'autre des étendues où les trames se raréfient jusqu'au blanc de la page, sur lequel les silhouettes emmitouflées se détachent d'autant mieux. Les volumes géométriques du centre de recherches tranchent avec un bestiaire composite, centaures pillards et créatures recousues, qui rappelle que le trait reste avant tout un trait de fantaisie, sans la moindre tentation documentaire. Le noir et blanc travaille par masses, et le simple basculement de l'une à l'autre suffit à signaler un changement de scène.
La dramaturgie procède par dévoilements en escalier. Le maître de l'île se manifeste d'abord par une voix désincarnée, puis par deux initiales qui donnent son titre à un chapitre, enfin par son nom entier et par ce qu'il inflige aux corps qui lui tombent entre les mains ; Monet apparaît en exécutante dont on ignore encore la fonction ; les enfants géants, d'abord objets d'un sauvetage, deviennent le symptôme d'une expérience sordide, et le volume glisse ainsi de la farce à quelque chose de nettement moins drôle. La coupe finale n'est pas une résolution mais une offre laissée en suspens, adressée à Luffy et visant beaucoup plus haut que l'île : le tome relié assume son statut de fraction, calibrée pour un lecteur qui patientera trois mois. Reste qu'il s'agit du deuxième acte d'une mise en place, et qu'il faut consentir à lire un mécanisme avant de le voir fonctionner.
Notre verdictUn tome de transition au meilleur sens du terme : il ne conclut rien et construit tout. Oda y déploie sa science du découpage en tenant quatre fils sans jamais égarer le lecteur, transforme un gag de corps échangés en véritable ressort de tension, et tire du décor à deux climats un noir et blanc plus contrasté qu'à l'ordinaire. La contrepartie est réelle : le volume s'achève sur une proposition plutôt que sur une réponse, et fait entrer beaucoup de monde en très peu de pages. Pris pour ce qu'il est, c'est-à-dire une fraction de récit calibrée pour donner envie de la suivante, ce Cool Fight remplit son office avec une évidence rare, et fait de Punk Hazard une île qui inquiète avant même d'avoir livré son secret.
Points forts
- Un découpage limpide malgré la dispersionQuatre groupes, deux climats, trois factions adverses: le volume aurait pu s'égarer, il reste parfaitement lisible. Chaque saut d'un fil à l'autre s'appuie sur un repère de décor immédiat, neige ou cendre, si bien que l'on sait toujours où l'on est sans qu'une ligne de texte ait à le rappeler. C'est la leçon de métier d'un auteur qui gère depuis longtemps des ensembles nombreux.
- Le gag corporel converti en ressort d'inquiétudeLe samouraï en morceaux, puis les personnes déplacées d'un corps à l'autre, fournissent le comique du tome et son malaise: le corps y devient une chose que l'on découpe, transporte et échange, et le scientifique de l'île ne fait rien d'autre à plus grande échelle. La blague et la menace tiennent dans la même image, ce qui donne à l'ensemble une tonalité trouble très supérieure au simple gag de série.
- Un noir et blanc taillé pour une île à deux températuresLe décor coupé en deux offre au dessin un contraste qu'il exploite avec économie: noirs profonds et trames serrées du côté brûlant, blancs presque nus du côté glacé. Les planches y gagnent en respiration, et le vide de la page devient une information plutôt qu'une facilité.
Réserves
- Un volume qui arme et ne conclut rienLes révélations arrivent au compte-gouttes et les affrontements restent suspendus. Lu isolément, le tome peut frustrer: il ouvre le dossier du laboratoire, celui des enfants retenus et celui des intentions de Law, et n'en referme aucun. C'est le prix assumé d'un deuxième acte, mais le lecteur pressé le sentira passer.
- Une distribution qui commence à saturerEntre le samouraï, la bande de centaures, la Marine au complet, le scientifique, sa lieutenante et les nouveaux venus de la dernière ligne droite, le tome introduit beaucoup de figures en peu de pages. Certaines n'existent encore que par une silhouette et une réplique, et le lecteur occasionnel peinera à départager les rôles.
À qui s’adresse ce livre ?
Ce tome s'adresse d'abord à ceux qui suivent la série depuis l'entrée dans le Nouveau Monde : il ne se lit pas isolément et suppose acquis le passé commun de l'équipage, le statut de Trafalgar Law et le fonctionnement de son pouvoir. Les lecteurs qui aiment les phases de mise en place, où l'auteur dispose ses pions et laisse monter l'inquiétude sans encore la nommer, y trouveront l'un des bons exemples de la série. Les amateurs d'arcs à combats continus feront mieux de l'enchaîner directement avec les volumes suivants, car il tire son plaisir de l'attente qu'il organise plutôt que de ce qu'il résout. Quant aux nouveaux venus, ils n'ont aucune raison de commencer par là.
Informations sur l’édition
L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.
Aucune édition référencée pour cette œuvre.
Sources et date de mise à jour
Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.