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Couverture de Des Gaffes et des Degats (Gaston Lagaffe)

Bande dessinée

Des gaffes et des dégâts

Première publication
1968
Éditions référencées
1

De quoi parle ce livre ?

Gaston Lagaffe, né sous le crayon d'André Franquin en 1957 dans les pages du journal Spirou, est le plus nonchalant et le plus inventif des employés de bureau. Officiellement garçon de courses de la rédaction, il ne livre jamais rien à temps, bricole des machines invraisemblables, mitonne des plats redoutables et s'assoupit dès qu'on le réclame. Autour de lui gravitent Prunelle, le chef de bureau que ses frasques poussent à bout, Fantasio, l'homme d'affaires De Mesmaeker dont les contrats ne se signent jamais, et une ménagerie de plus en plus envahissante. Des gaffes et des dégâts, paru en album en 1968, appartient à la période classique de la série et réunit des gags brefs, le plus souvent bouclés en une planche, dans la grande tradition humoristique de l'école de Marcinelle. Sans intrigue continue, l'album décline l'unique ressort de Gaston, la catastrophe née des meilleures intentions, servi par un dessin rond, expressif et d'une inventivité graphique constante.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

4,5/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Gaston Lagaffe ou l'art franquinien de la catastrophe

Avec Gaston Lagaffe, André Franquin a inventé un anti-héros paradoxal, un employé qui ne travaille jamais mais ne cesse de s'affairer, et dont chaque initiative tourne au désastre. Des gaffes et des dégâts, paru en album en 1968, appartient à la période classique de la série et donne à voir tout ce que le gag en une planche peut atteindre de plus abouti. Loin de l'aventure et du récit suivi, l'album aligne des saynètes autonomes où la rédaction du journal Spirou se mue en théâtre du chaos ordinaire. On y retrouve le trait généreux et l'énergie comique qui ont fait de Franquin l'un des maîtres de l'école de Marcinelle.

La force de l'album tient d'abord à sa construction. Chaque planche fonctionne comme un mécanisme comique complet, avec sa mise en place, sa montée en tension et sa chute. Franquin maîtrise le tempo de la bande dessinée humoristique comme peu d'auteurs, jouant des découpages, des temps morts et de la dernière case pour faire éclater le rire. Le dessin, rond et débordant de vie, relève pleinement du style humoristique dit « gros nez » propre au journal Spirou et à l'école de Marcinelle. Les corps se tordent, les visages s'affolent, le mouvement traverse les cases, et les onomatopées, dessinées avec une invention typographique de tous les instants, deviennent à part entière un ressort du comique. Le décor de bureau, minutieusement encombré, s'impose lui aussi comme un personnage, tandis qu'une galerie de comparses et une ménagerie animale offrent au gaffeur mille occasions de nuire. Le principe central demeure immuable et pourtant inusable, la catastrophe née des meilleures intentions : Gaston bricole, invente, cuisine, somnole ou rend service, et chacun de ses gestes se retourne en sinistre pour son entourage. Tout le sel vient du contraste entre la nonchalance imperturbable du personnage et l'affolement de ses victimes. Sous le burlesque, Franquin glisse enfin une tendresse manifeste pour ce rêveur allergique à l'autorité et au labeur, dont la paresse ne fait que masquer une créativité sans fond.

Notre verdictDes gaffes et des dégâts confirme, s'il en était besoin, le génie comique de Franquin. Même privé d'intrigue continue, l'album emporte l'adhésion par la mécanique parfaite de ses gags, la générosité de son dessin et la tendresse qui affleure sous le burlesque. On pourra regretter le caractère forcément décousu du recueil et le retour d'un même ressort, mais c'est le propre du genre, et chaque planche se savoure pour elle-même. Pour qui aime la bande dessinée d'humour, le plaisir reste intact, et l'on tient là un jalon d'une série qui a durablement marqué le neuvième art. Un album à conseiller sans réserve, à condition de se rappeler qu'il se déguste plus qu'il ne se dévore.

Points forts

  • Un dessin d'une vitalité exceptionnelleFranquin est un virtuose du crayon. Son trait rond et dynamique, emblématique du style humoristique « gros nez » de l'école de Marcinelle, imprime aux personnages un mouvement de tous les instants. Postures, expressions et onomatopées travaillées comme des images font du dessin le premier moteur du rire, avant même le texte.
  • L'art du gag en une plancheEn une page, Franquin installe une situation, la fait dégénérer et cueille le lecteur d'une chute imparable. Ce sens du rythme et du découpage relève de l'horlogerie: rien n'est laissé au hasard, chaque case pèse dans l'engrenage qui mène à l'éclat final.
  • Un anti-héros attachantGaston prend le contre-pied du héros d'aventure. Rêveur, fâché avec le travail comme avec l'autorité, il sème le chaos en croyant bien faire. Le lecteur s'attache pourtant à ce doux insoumis, dont la fainéantise cache un esprit d'invention proprement débordant.
  • Un univers cohérent et savoureuxLa rédaction de Spirou, encombrée jusqu'à la caricature, forme un décor de comédie à part entière. Des collègues excédés aux bêtes envahissantes, la galerie de personnages secondaires donne la réplique à Gaston et relance sans cesse le comique de situation.

Réserves

  • Une lecture par nature fragmentéeComme tout recueil de gags, l'album ne déroule aucune intrigue. Lu d'une traite, il finit par lasser: l'accumulation de saynètes autonomes se déguste par petites touches bien plus qu'elle ne se dévore d'un seul élan.
  • Un ressort comique répétitifAussi efficace soit-il, le principe de la catastrophe née des bonnes intentions revient de planche en planche sans grande variation. Quelques gags portent en outre la marque de leur temps et paraîtront un rien datés au lecteur d'aujourd'hui.

À qui s’adresse ce livre ?

Des gaffes et des dégâts touche un très large public. Les lecteurs adultes y retrouveront un pan essentiel du patrimoine de la bande dessinée franco-belge, quand les plus jeunes découvriront un humour visuel immédiat, sans violence ni méchanceté, qui n'exige aucune familiarité préalable avec la série. Le format en planches autonomes se prête à merveille à une lecture par petites touches, aussi bien pour les enfants que pour les amateurs pressés. Les passionnés de dessin et les étudiants en bande dessinée y observeront le travail d'un maître du trait et du timing comique. C'est enfin une porte d'entrée idéale dans l'œuvre de Franquin, pour peu que l'on accepte la logique du recueil plutôt que celle du récit suivi.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Éditions référencées, avec ISBN, éditeur, date de parution et format
ÉditionÉditeurParutionFormatISBNDisponibilité
Des Gaffes et des Degats (Gaston Lagaffe)Dupuisn.c.Autre978-2-8001-0088-3Non renseigné

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.