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MangaLangue d’origine : Japonais

Doflamingo sort de l'ombre

Première publication
2014
Éditions référencées
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De quoi parle ce livre ?

Soixante-dixième tome de One Piece, paru en français chez Glénat le 2 avril 2014, il rassemble les chapitres 691 à 700 et occupe une position charnière : il referme l'arc Punk Hazard et ouvre celui de Dressrosa. Sur l'île, l'affrontement avec César Clown entre dans sa dernière phase, le savant prenant la forme du roi de Morte-Terre, pendant que des assassins venus de Dressrosa débarquent à leur tour. L'équipage au chapeau de paille et les marines du G-5, alliés par nécessité, doivent tenir sur deux fronts. Mais la partie décisive se joue ailleurs : Doflamingo sort enfin de l'ombre et traite directement avec Trafalgar Law, qui pose ses conditions. De ce marchandage naissent un objectif commun et un cap pour l'alliance, le royaume du Grand Corsaire. Le volume se referme sur le départ de Punk Hazard et sur les remous que l'affaire provoque dans le Nouveau Monde, où Eustass Kidd, Basil Hawkins et Scratchmen Apoo ont eux aussi leur mot à dire.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

4,5/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Doflamingo entre dans le cadre, Punk Hazard sort de scène

Un tome de manga hebdomadaire se juge à sa fonction dans la mécanique d'ensemble, et celui-ci en a une, très précise : liquider Punk Hazard et amorcer Dressrosa sans laisser retomber la pression. Dix chapitres pour solder une île et en désigner une autre, avec au milieu la scène que la série préparait de longue date. Le titre du volume ne s'en cache pas : après des dizaines de chapitres passés à tirer les ficelles hors champ, Doflamingo entre dans le cadre et vient négocier en personne. Reste la question de menuiserie narrative qui fait tout l'intérêt de ce tankobon : comment refermer proprement une île tout en ouvrant la suivante ?

Le découpage est net. Les premiers chapitres liquident l'héritage de Punk Hazard : la dernière métamorphose de César Clown en roi de Morte-Terre, l'irruption des assassins venus de Dressrosa, l'urgence de quitter l'île, puis les adieux. Les derniers changent de régime : on passe du combat à la conversation, et la conversation vaut ici bataille rangée. Eiichirō Oda a toujours su que le suspense ne tient pas seulement aux coups portés, et la tractation entre Trafalgar Law et Doflamingo est la séquence la plus tendue du tome alors qu'il ne s'y échange rien d'autre que des mots et des conditions.

Le rythme porte encore la marque de la prépublication hebdomadaire dans le Weekly Shonen Jump : chaque chapitre garde son crochet de fin, et la lecture en volume relié transforme cette succession de relances en accélération continue. L'effet secondaire est visible. La première moitié est dense en péripéties, parfois encombrée, la seconde se resserre brusquement sur deux ou trois visages. Ce rétrécissement du champ, du chaos collectif au face-à-face, constitue le vrai geste de mise en scène du volume.

Graphiquement, Oda continue de traiter le noir et blanc comme un instrument de contraste plutôt que comme une contrainte. Les gaz et les neiges de l'île fournissent des blancs qui découpent les silhouettes ; l'entrée en scène du Grand Corsaire joue à l'inverse sur des tracés plus durs, un manteau de plumes et un sourire qui mange la planche. Le sens de lecture japonais, de droite à gauche, place ces révélations au dernier temps de la page, là où le regard achève sa course. Quant aux créatures et aux hybrides hérités du laboratoire, ils gardent cette rondeur de jouet qui désamorce périodiquement la terreur : un parti pris qui divise, mais qui appartient depuis longtemps à la grammaire de la série.

La dramaturgie, elle, franchit un palier. L'enjeu tenait jusque-là dans une île, des enfants et un savant ; il devient un système. L'alliance cesse de réagir aux événements pour se fixer une cible, et le récit nomme son adversaire au lieu de le suggérer. Que ce basculement tombe sur le chapitre 700 donne au volume des allures de borne kilométrique : il se sait tournant et se comporte comme tel. Sa fonction n'en reste pas moins articulatoire. Il conclut moins qu'il ne redistribue, et c'est à cette aune qu'il faut le juger, celle d'une pièce d'engrenage dans une machine au long cours.

Notre verdictTome de charnière plus que tome de bataille, ce soixante-dixième volume solde Punk Hazard sans traîner, installe Dressrosa sans précipitation et offre enfin à la série un adversaire incarné. Sa grande scène n'est pas un affrontement mais un marchandage, et c'est là qu'Oda montre son métier de feuilletoniste : faire tenir un volume entier sur la promesse d'une cible désignée. On lui reprochera de s'arrêter sur un seuil et de saturer parfois ses planches, deux défauts inséparables du format. À son échelle, celle d'une fraction de récit prise dans une mécanique au long cours, c'est une réussite de découpage et l'un des tomes les mieux tenus de la traversée du Nouveau Monde.

Points forts

  • Une charnière tenue de bout en boutRefermer un arc et en ouvrir un autre dans le même volume est un exercice périlleux. Oda évite l'effet catalogue en faisant du départ de Punk Hazard la première marche de Dressrosa: le passage d'un arc à l'autre ne ressemble jamais à une porte qui claque, mais à un couloir que l'on emprunte sans s'en apercevoir.
  • La négociation comme morceau de bravoureLe face-à-face entre Law et Doflamingo tient sur des dialogues, des silences et des cadrages resserrés. Un shonen d'action y suspend ses poings plusieurs chapitres durant et y gagne en tension au lieu d'en perdre, ce qui n'est pas donné à tous les feuilletons de combat.
  • Un antagoniste enfin incarnéLongtemps réduit à une voix, à une rumeur et à quelques apparitions fugaces, Doflamingo prend ici corps, silhouette et manière. Le dessin lui donne une présence physique immédiate, et la série récupère d'un coup un adversaire à sa mesure, dont la menace ne repose plus sur ce qu'on en dit.

Réserves

  • Un volume qui s'arrête sur le seuilLe tome se referme au moment où l'aventure suivante commence à peine. Lu isolément, il donne l'impression d'une longue préparation dont la récompense est renvoyée au volume d'après: c'est la loi du feuilleton, mais elle se paie ici d'une fin en suspens plutôt qu'en apothéose.
  • Des planches saturéesPunk Hazard laisse en héritage une distribution pléthorique: marines du G-5, samouraï égaré, enfants, créatures du laboratoire, assassins fraîchement débarqués. Les premiers chapitres doivent tout faire tenir dans le cadre, et le lecteur distrait perd parfois le fil de qui affronte qui, d'autant que la comédie vient régulièrement interrompre la tension.
  • Aucune porte d'entréeRien dans ce volume n'accueille le nouveau venu. Les enjeux, les dettes et les alliances supposent acquis les soixante-neuf tomes précédents, et la scène clé ne produit son effet que si l'on sait déjà ce que Doflamingo représente.

À qui s’adresse ce livre ?

Ce tome s'adresse d'abord aux lecteurs qui suivent la série volume après volume et attendaient que l'ombre portée sur tout l'arc prenne enfin visage. Ceux qui trouvaient Punk Hazard trop peuplé y trouveront un soulagement : le récit trie, congédie une partie du décor et retrouve un cap lisible. Les amateurs de rapports de force, de duels verbaux et de personnages qui calculent autant qu'ils frappent seront comblés par la seconde moitié. Le curieux qui voudrait découvrir One Piece par ce volume, en revanche, se heurtera à un mur : tout y repose sur des dettes narratives contractées ailleurs. Quant aux plus jeunes lecteurs, la violence reste stylisée, mais le récit s'oriente vers une noirceur politique qui parle davantage aux adolescents qu'aux enfants.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Aucune édition référencée pour cette œuvre.

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.