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Couverture de Dom Casmurro et les yeux de ressac

Roman

Dom Casmurro et les yeux de ressac

Première publication
1900
Éditions référencées
2

De quoi parle ce livre ?

Roman de Machado de Assis publie en 1899 (les mentions type=essai et annee=1900 sont erronees). L'oeuvre s'intitule en realite "Dom Casmurro", surnom donne au narrateur: les "olhos de ressaca", les yeux de ressac de Capitu, sont une image recurrente du livre et non un element du titre. Le recit, mene a la premiere personne par Bento Santiago, dit Dom Casmurro, reconstitue sa vie a Rio de Janeiro sous l'Empire du Bresil. Promis au seminaire par un voeu de sa mere, Bento y echappe puis epouse Capitu, sa voisine et amour d'enfance; de leur union nait un fils, Ezequiel. Ronge par le soupcon, le narrateur en vient a croire Capitu coupable d'adultere avec son ami Escobar, l'enfant lui paraissant ressembler a ce dernier. L'enjeu central tient a l'ambiguite du recit: Bento, seul temoin et seule voix, n'apporte aucune preuve, de sorte que la culpabilite de Capitu demeure indecidable pour le lecteur. Le roman travaille ainsi la jalousie, la memoire reconstruite et la fiabilite du narrateur.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

5/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Dom Casmurro: quand le narrateur devient le premier suspect

Les indications de la fiche sont trompeuses: ni essai, ni 1900. Nous tenons un roman paru en 1899 (l'un des sommets des lettres brésiliennes et le troisième volet de la trilogie réaliste de Machado, après les Mémoires posthumes de Brás Cubas et Quincas Borba), tandis que le titre ajoute un sous-titre, les yeux de ressac, qui francise le fameux motif des olhos de ressaca de Capitu. Passé ce bruit de catalogue, l'essentiel demeure: Machado de Assis confie tout son récit à un narrateur jaloux qui, croyant plaider sa cause, instruit surtout son propre procès et prend le lecteur pour juge.

Le dispositif est vertigineux. Bento Santiago, vieilli et surnommé Dom Casmurro (un homme taciturne et renfrogné, le sobriquet lui venant d'un jeune homme du quartier vexé de le voir somnoler pendant ses vers), fait bâtir dans le quartier d'Engenho Novo une réplique exacte de la maison de son enfance et entreprend d'y écrire ses souvenirs pour, dit-il, renouer les deux bouts de sa vie. Il raconte son amour d'enfance pour Capitu, la voisine aux yeux de ressac, la promesse par laquelle sa mère Dona Glória l'avait voué au séminaire, les manœuvres pour s'y soustraire, puis l'amitié fusionnelle nouée au séminaire avec Escobar, les deux mariages et la noyade brutale de l'ami. De ce matériau tendre naît lentement le poison: Bento se persuade que Capitu l'a trahi avec Escobar et que leur fils Ezequiel n'est pas le sien.

La force du livre tient à ce que Machado ne tranche jamais. Nous ne lisons pas les faits, mais la plaidoirie d'un homme qui se croit juge alors qu'il est partie. Chaque indice (une ressemblance qui s'accuse avec l'âge, le regard trop appuyé de Capitu sur le cercueil d'Escobar) vaut preuve pour lui et mirage pour nous. Le lecteur devient le seul jury d'un procès sans verdict, et depuis plus d'un siècle la critique se partage sur la culpabilité de Capitu sans jamais pouvoir la fixer.

Le style épouse cette stratégie retorse. Les cent quarante-huit chapitres sont brefs, souvent moins d'une page, coupés de digressions ironiques, d'apostrophes au lecteur et de renvois insistants à l'Othello de Shakespeare, dont le spectre plane sur tout le roman. Cette apparente légèreté, ces mondanités de la bourgeoisie de Rio sous le Second Empire, masque une mécanique implacable où pas un détail n'est innocent. Les thèmes s'y répondent: la mémoire qui recompose au lieu de restituer, la jalousie qui fabrique ses propres preuves, le temps qui ne se recolle pas, la religion et la promesse faite à Dieu, et le poids d'une société patriarcale où le seul soupçon suffit à condamner une femme, exilée puis effacée.

Notre verdictDom Casmurro n'est pas l'essai qu'annonce la fiche, mais un roman de 1899, l'un des plus retors jamais écrits sur la jalousie. Sa modernité, un narrateur qui se piège seul et une vérité laissée au lecteur, n'a pas vieilli. On en sort incapable de trancher, signe du chef-d'œuvre: Machado conte moins une trahison que la ruine d'un homme détruisant son bonheur pour prouver qu'on le lui vole.

Points forts

  • Une narration non fiable magistraleTout passe par la voix de Bento. Machado transforme le lecteur en enquêteur et fait du doute la matière même du roman: on ne saura jamais si Capitu est coupable, et c'est ce vide, savamment entretenu, qui fascine et appelle la relecture.
  • La concision ironiqueDes chapitres minuscules, souvent moins d'une page, et une phrase qui bascule du souvenir tendre à la pointe cruelle: l'économie de moyens de Machado garde une modernité étonnante pour un texte de 1899.
  • Capitu, énigme durableDotée des célèbres yeux de ressac, Capitu compte parmi les personnages féminins les plus commentés du Brésil: vive, lucide, insaisissable, elle échappe autant à Bento qu'au lecteur, plus mûre et plus libre que l'homme qui prétend la juger.

Réserves

  • Une ambiguïté qui peut frustrerLe refus de toute résolution déroute qui attend une intrigue qui se dénoue: la question de l'adultère reste ouverte à dessein, et certains y verront une impasse plutôt qu'une richesse.
  • Un rythme hachéLa multiplication des digressions et des apostrophes au lecteur sert l'ironie mais ralentit le récit, et exige une attention constante pour ne pas perdre le fil de l'accusation.
  • Un ancrage à contextualiserLes codes de la bourgeoisie carioca sous le Second Empire, les allusions religieuses et le renvoi constant à Othello gagnent à être éclairés: sans repères, une part du sel social et littéraire échappe au lecteur pressé.

À qui s’adresse ce livre ?

Ce roman comble les amateurs de récits psychologiques et de narrateurs équivoques, dans la lignée qui va d'Othello aux fictions modernes du soupçon. Il conviendra à qui aime que le texte lui résiste et lui pose une question plutôt qu'une réponse, et récompense la relecture. Les curieux de littérature brésilienne et latino-américaine y trouveront une porte d'entrée majeure. En revanche, qui cherche une intrigue rapide, une résolution nette ou un pur roman d'aventure risque d'être décontenancé.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Éditions référencées, avec ISBN, éditeur, date de parution et format
ÉditionÉditeurParutionFormatISBNDisponibilité
Dom Casmurro et les yeux de ressacMétailiéPoche · 334 p. · Français978-2-86424-412-7Non renseigné
Dom casmurroLGFPoche · 287 p. · Français978-2-253-93268-0Non renseigné

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 18 août 2026, mise à jour le 18 août 2026.