De quoi parle ce livre ?
Quinzième tome de la série, ce volume réunit les chapitres 127 à 136, prépubliés dans le Weekly Shonen Jump, et referme l'arc de Little Garden avant d'ouvrir celui de l'île de Drum, à l'intérieur de la saga d'Alabasta. Dorry n'est pas mort : l'arme de Broggy était trop émoussée pour le tuer. Au même moment, Sanji se fait passer pour Mr 3 lors d'un appel de Crocodile à l'escargophone et obtient du Grand Corsaire un Eternal Pose pointant sur Alabasta. Méfiant, Crocodile dépêche Mr 2 sur l'île, tandis que Smoker, qui a intercepté la communication, décide lui aussi de faire route vers le désert. Les deux géants abattent un gobe-îles pour dégager la sortie du Vogue Merry, mais à peine le cap fixé, Nami s'effondre, terrassée par la fièvre. Une rencontre avec Wapol, doté du fruit du glouton, puis l'entrée dans une zone hivernale conduisent l'équipage sur une île enneigée, où Dolton leur apprend que l'unique médecin passe pour une sorcière et vit dans un château perché au sommet d'une montagne. Luffy et Sanji entament l'ascension, Nami sur le dos, pendant que Wapol, roi en fuite, revient réclamer son royaume.
Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.
Que vaut ce livre ?
Le dernier rire des géants, la première neige de Drum
On juge mal un tome de One Piece en lui demandant d'être complet. Celui-ci l'assume mieux que la moyenne : il est explicitement une charnière. Trois chapitres suffisent à solder Little Garden et à nouer les fils qui commanderont tout Alabasta ; les sept suivants installent un décor, un tyran et une urgence entièrement neufs. Entre les deux, une bascule de température, de registre et de nature du danger, qu'Eiichirō Oda opère sans que le volume se casse en deux.
Le morceau de bravoure du tome n'est pas un combat mais une conversation téléphonique. Le chapitre d'ouverture s'intitule « Escargophone » et tient presque entièrement sur des cases de dialogue, Sanji imitant Mr 3 face à un Crocodile qu'on ne voit que par bribes. Oda y compose un champ-contrechamp de pure comédie de situation, sans un coup porté, et pourtant tout l'arc à venir s'y noue : l'Eternal Pose arraché, la méfiance du Grand Corsaire, l'envoi de Mr 2, l'oreille de Smoker qui traîne sur la ligne. Trois trajectoires antagonistes convergent vers le désert en une poignée de planches, et le lecteur en sait désormais plus que la moitié des personnages : c'est de cette avance que vivra le suspense de la saga.
La sortie de Little Garden se joue sur le registre inverse, celui du gigantisme muet. Dorry et Broggy abattent un gobe-îles pour dégager le passage du Vogue Merry, et le chapitre éponyme du volume vaut autant pour la navigation que pour la morale de deux combattants incapables de biaiser. La série clôt là un de ses arcs les plus purement épiques sur une note de fierté plutôt que de larmes, et se prive délibérément de l'adieu larmoyant que la situation lui tendait.
La rupture qui suit est immédiate et brutale. Nami s'effondre, et le tome change de nature. L'adversaire n'est plus quelqu'un qu'on frappe mais une fièvre, une montagne, un délai. Luffy, dont le mode de résolution habituel tient dans un poing, se retrouve réduit à porter un corps et à grimper. Cette impuissance du héros est le vrai sujet de la seconde moitié, et la mise en scène l'épouse : la verticale de la paroi travaille contre l'horizontale du sens de lecture japonais, si bien que la planche se gravit autant qu'elle se lit.
Graphiquement, le contraste est spectaculaire. Little Garden était une jungle préhistorique saturée de hachures, de feuillages et de silhouettes de dinosaures ; Drum est un espace où le blanc domine, où la trame se raréfie et où la neige fonctionne comme un vide actif. Le noir et blanc du tankobon y gagne une respiration qu'il n'avait plus depuis longtemps : les personnages se détachent en petites taches sombres sur des étendues laissées vierges, et l'échelle du paysage écrase l'équipage sans qu'Oda ait besoin d'un plan large explicatif. Les lapins des neiges prolongent le jeu en gag graphique, leur allure de peluche blanche virant à la meute, puis à l'avalanche.
Wapol appartient à une autre famille d'antagonistes que Crocodile. Silhouette de quincaille, mâchoire démesurée, pouvoir de dévoration : c'est un méchant burlesque, presque un jouet cassé, et ce grotesque annonce un arc plus intime que spectaculaire, où l'enjeu sera moins de vaincre que de soigner. Face à lui, Dolton installe en quelques chapitres la figure du protecteur qui paie de sa personne, et le volume se referme sur deux fronts simultanés, l'affrontement au pied de la montagne et l'avalanche sur ses pentes, selon la mécanique de relance héritée de la prépublication hebdomadaire.
Reste que cette mécanique s'entend. Lu d'une traite en volume relié, le dernier tiers accumule les fins de chapitre à suspense et les scènes d'exposition, Dolton racontant le passé de l'île pendant que Sanji cogne des lapins. Le tome tient debout, mais il tient debout comme une préparation.
Notre verdictUn tome charnière réussi, ce qui est plus difficile qu'un tome spectaculaire. Oda solde Little Garden sur une note de panache, place en un seul chapitre de conversation les trois pions qui feront tout Alabasta, puis change de climat, de palette et de nature du danger sans que la couture se voie. La seconde moitié paie le prix de cette ambition : elle expose beaucoup, elle fait patienter, elle réduit Nami à un enjeu et son nouvel antagoniste à une silhouette comique qu'un seul coup de poing suffit à écarter. Mais la beauté des planches enneigées, l'idée d'un héros que son poing ne sauve pas et la conduite du montage parallèle en font un volume qu'on relit volontiers, moins pour ce qu'il raconte que pour la manière dont il installe ce qui vient. Une pièce d'assemblage, taillée avec soin.
Points forts
- Un chapitre de dialogue qui vaut un chapitre de batailleLa scène de l'escargophone concentre en quelques planches l'imposture de Sanji, l'obtention de l'Eternal Pose, la méfiance de Crocodile et l'interception de Smoker. Toute la géométrie du conflit à venir en Alabasta se met en place là, sans un coup échangé, avec un découpage d'une clarté exemplaire: quatre camps sur une seule ligne téléphonique, et jamais un instant d'égarement pour le lecteur.
- La bascule graphique de la jungle à la neigeOda troque la saturation végétale de Little Garden pour des planches où le blanc devient un espace actif. La neige n'est pas un décor ajouté mais un vide qui isole les silhouettes et rend au noir et blanc une respiration nouvelle, l'échelle de la montagne s'imposant sans le moindre plan explicatif.
- Un héros mis en échec par un problème qu'il ne peut pas frapperLa fièvre de Nami retire à Luffy son mode de résolution habituel: on ne cogne ni une maladie ni une paroi. L'ascension, où la verticale de la montagne contrarie l'horizontale du sens de lecture, transforme l'effort physique en donnée de mise en page et donne au dernier tiers une tension d'un genre inhabituel dans la série.
Réserves
- Nami glissée du rôle d'actrice à celui d'enjeuLa navigatrice résiste d'abord et tient le cap malgré la fièvre, ce qui est la plus belle chose qu'on lui donne à faire ici. Puis elle passe sur le dos de Luffy et n'est plus qu'un corps à sauver pendant l'essentiel du volume. Le procédé sert la solidarité de l'équipage, mais il coûte cher à un personnage dont la série avait su faire mieux.
- Un dernier tiers très expositifLa mise en place de Drum suit à la lettre le canevas insulaire de la série: arrivée, hostilité des villageois, révélation du tyran, figure tutélaire qui se dresse. Lu d'une traite, l'enchaînement des relances de fin de chapitre et des scènes d'explication trahit la cadence de la prépublication hebdomadaire.
- Une menace encore mal calibréeLe fruit du glouton de Wapol fonctionne d'abord comme un gag visuel, et son porteur se fait éjecter du Vogue Merry d'un seul coup dès sa première apparition. La terreur qu'il est censé faire régner sur l'île en ressort affaiblie au moment précis où le tome voudrait l'installer, et le volume se referme avant d'avoir rétabli l'équilibre.
À qui s’adresse ce livre ?
Ce tome s'adresse d'abord au lecteur qui suit la série dans l'ordre et accepte la logique du feuilleton : c'est un volume de transition, dont la moitié du plaisir vient de ce qu'il annonce. Les amateurs de l'arc Alabasta y trouveront la pièce manquante qui met Smoker, Mr 2 et l'équipage sur la même trajectoire. Ceux qui préfèrent Oda paysagiste à Oda bagarreur seront servis par les planches enneigées et par le silence des grandes étendues blanches. En revanche, qui découvrirait le manga par ce volume serait perdu dès la première page, et qui cherche un affrontement majeur devra patienter : le combat que le tome prépare n'y figure pas. La violence reste stylisée et le burlesque domine, ce qui rend la lecture accessible dès dix ou onze ans.
Informations sur l’édition
L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.
Aucune édition référencée pour cette œuvre.
Sources et date de mise à jour
Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.