
En remontant le Mississippi
- AuteurRené Goscinny
- AuteurMorris
- Première publication
- 1961
- Éditions référencées
- 1
De quoi parle ce livre ?
En remontant le Mississippi est un album de la série Lucky Luke, scénarisé par René Goscinny et dessiné par Morris, publié chez Dupuis en 1961. L'action se déroule au XIXe siècle, à l'apogée de la navigation à vapeur sur le Mississippi, quand les bateaux à aubes assuraient le transport des passagers et des marchandises entre les villes du fleuve. L'intrigue repose sur une course entre deux vapeurs concurrents, dont l'enjeu est la suprématie commerciale sur cette voie fluviale. Embarqué à bord, Lucky Luke veille au bon déroulement de l'épreuve face aux manœuvres déloyales de la compagnie rivale (sabotages et tricheries). Le récit met aussi en scène l'univers des joueurs professionnels et des tables de jeu qui faisaient la réputation de ces bateaux, ainsi que le danger d'explosion des chaudières poussées à leur maximum pour gagner de la vitesse. L'album s'appuie sur des éléments de l'histoire des grands vapeurs fluviaux américains.
Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.
Que vaut ce livre ?
En remontant le Mississippi : Lucky Luke à l'heure des bateaux à aubes
Écrit par René Goscinny et dessiné par Morris, 'En remontant le Mississippi' (1961) appartient à la grande période du tandem, celle où le scénariste imprime durablement sa marque à la série. Le temps d'un album, Lucky Luke délaisse la poussière de la prairie pour les eaux limoneuses du grand fleuve. Décor de saloons flottants, de tables de jeu et de chaudières poussées à bout, le monde des bateaux à aubes offre au cow-boy solitaire un terrain inhabituel, où la mythologie du Far West cède la place à celle, tout aussi américaine, du Mississippi des joueurs et des capitaines. Ce simple déplacement de cadre suffit à faire de cet opus un pas de côté qui mérite qu'on s'y arrête.
Comme souvent chez Goscinny, l'album procède moins d'une intrigue à tiroirs que d'une visite guidée d'un pan de la mythologie américaine. Après la ruée vers l'or, le chemin de fer ou la conquête de l'Ouest, c'est ici l'univers des vapeurs du Mississippi qui passe au tamis du burlesque. Le récit trouve son point culminant dans une course de bateaux à aubes remontant le fleuve, ressort dramatique simple mais redoutablement efficace, qui aimante l'action et lui donne un élan continu. Sur cette ligne claire, Goscinny greffe une mécanique de gags en escalade : à mesure que la rivalité s'exacerbe, la quête de vitesse tourne à la surenchère absurde, jusqu'à l'idée réjouissante de précipiter dans les foyers tout ce qui peut brûler, mobilier et cargaison compris. Ce comique de crescendo, où la logique de chaque situation est poussée un cran plus loin, est l'une des signatures du scénariste et débouche sur une accélération franchement délirante. On songe au duel légendaire qui opposa en 1870 le Robert E. Lee au Natchez, dont l'album capte l'esprit de démesure.
Le décor du Sud fluvial offre à Morris un répertoire graphique qui le change du saloon et du désert. Son trait, nerveux et volontiers caricatural, s'attarde avec gourmandise sur les silhouettes massives des vapeurs, les hautes cheminées crachant leur fumée, les ponts encombrés d'une faune de passagers hauts en couleur. La série a toujours revendiqué une part documentaire, un souci d'exactitude dans les costumes, les machines et les paysages, et cet ancrage nourrit ici un décor crédible sans jamais brider la fantaisie. La mise en scène reste d'une lisibilité exemplaire : le mouvement des roues à aubes, la pression qui monte, l'agitation des équipages, tout est rendu avec un sens du rythme visuel qui épouse le comique du scénario.
Sur le plan thématique, l'album décline l'opposition, chère à la série, du jeu honnête et de la triche. Le milieu des joueurs du Mississippi, ces élégants tricheurs en redingote qui forment une figure classique de l'imaginaire américain, fournit un contrepoint idéal à la droiture de Lucky Luke, garant infatigable du fair-play face aux manœuvres déloyales. Derrière le divertissement affleure une satire discrète de l'Americana, de ses grandeurs et de ses combines, que Goscinny manie avec une constante légèreté de main. La morale, simple et sans emphase, irrigue l'ensemble sans jamais l'alourdir d'un propos appuyé.
Notre verdict'En remontant le Mississippi' est un album solide et charmant de la période où Goscinny installe durablement sa patte sur la série. Le changement de décor fait mouche : la course de vapeurs, portée par un comique d'escalade réjouissant et par le trait documenté de Morris, offre un divertissement de belle facture. On n'atteint sans doute pas les sommets des grands opus consacrés aux Dalton ou aux figures légendaires de l'Ouest, l'idée de départ restant volontairement simple, mais le plaisir de lecture est réel et l'ensemble a plutôt bien traversé les décennies. Un bon cru, à recommander aux fidèles comme aux nouveaux venus curieux du Lucky Luke des grandes années, à condition d'accepter les conventions de son époque.
Points forts
- Un dépaysement réussiTroquer la prairie pour le fleuve renouvelle l'imagerie de la série. Saloons flottants, vapeurs et tables de jeu offrent un cadre plus rare que la diligence et le désert, sans que l'esprit du western s'y dilue.
- Le comique d'escaladeLa quête de vitesse sert de moteur à une surenchère de gags parfaitement minutée, jusqu'à l'idée jubilatoire de brûler le mobilier pour tenir la pression. Dialogues affûtés et anachronismes malicieux font mouche.
- Le trait documenté de MorrisLe dessin, vif et caricatural, s'épanouit dans le rendu des bateaux à aubes, des cheminées fumantes et des ponts bondés, avec ce souci d'exactitude qui a toujours distingué la série. Une mise en scène lisible et pleine de mouvement.
- Un ancrage américain savoureuxEn puisant dans la mythologie du Mississippi, celle des courses de vapeurs et des joueurs professionnels, l'album donne à son intrigue une épaisseur d'atmosphère discrète qui nourrit le plaisir de lecture sans jamais peser sur le récit.
Réserves
- Un ressort un peu minceLe récit repose sur une idée simple et une progression assez linéaire, sans les ramifications ni les seconds rôles inoubliables des plus grands albums (ici, ni Dalton ni figure vraiment marquante). Le divertissement est plaisant, mais reste léger.
- Des conventions d'époqueComme souvent dans les Lucky Luke de cette période, certains ressorts et certaines représentations portent la marque de leur temps et demandent au lecteur d'aujourd'hui un léger recul.
À qui s’adresse ce livre ?
Cet album s'adresse d'abord aux amateurs de bande dessinée franco-belge classique et aux fidèles de Lucky Luke, qui retrouveront la mécanique bien huilée du tandem Goscinny-Morris. Il convient autant aux enfants, séduits par le rythme et les gags visuels, qu'aux adultes sensibles à la satire de l'Americana et aux clins d'œil historiques. Les curieux du Far West y découvriront un décor moins rebattu que la prairie, du côté des grands fleuves et des joueurs du Sud. En revanche, le lecteur en quête d'une intrigue dense, aux ressorts multiples, ou d'un regard contemporain sur les questions sociales du Sud américain, risque de rester sur sa faim : il s'agit d'un divertissement de son temps, à savourer pour son charme et son métier plus que pour sa profondeur.
Informations sur l’édition
L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.
| Édition | Éditeur | Parution | Format | ISBN | Disponibilité |
|---|---|---|---|---|---|
| Lucky Luke, tome 16En remontant le Mississippi | Dupuis | Autre · 46 p. · Français | 978-2-8001-1456-9 | Non renseigné |
Sources et date de mise à jour
Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.