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Bande dessinéeLangue d’origine : Français

Faites gaffe à Lagaffe

Première publication
1999
Éditions référencées
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De quoi parle ce livre ?

Gaston Lagaffe naît en 1957 sous le crayon d'André Franquin, dans les pages du Journal de Spirou (éditions Dupuis). Employé nonchalant des locaux de la rédaction, il est l'un des grands anti-héros de la bande dessinée franco-belge : il ne travaille jamais, somnole, bricole des inventions saugrenues et sème la catastrophe autour de lui. La série ne suit aucune intrigue continue, elle enchaîne des gags, le plus souvent d'une planche, dont la chute repose sur une gaffe, une invention qui tourne mal ou un objet détourné. Autour du héros gravite une galerie devenue légendaire : Prunelle, le chef de bureau perpétuellement exaspéré, Fantasio, la demoiselle Jeanne qui soupire pour Gaston, l'agent Longtarin toujours en embuscade, ou monsieur De Mesmaeker, dont les contrats ne sont jamais signés. Publié en 1999 par Marsu Productions, cet album posthume paraît deux ans après la mort de Franquin. Il rassemble des gags de la série et referme la numérotation d'origine, sous le titre initial de Gaston 19 ; sa dernière partie réunit quatre gags inédits, dont le dernier, laissé inachevé, compte parmi les ultimes dessins de l'auteur.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

4/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Gaston Lagaffe, ou l'art de rater avec panache

Difficile d'ouvrir sans un pincement un album signé Franquin paru deux ans après sa disparition. Faites gaffe à Lagaffe, publié en 1999 par Marsu Productions sous le titre initial de Gaston 19, referme la numérotation historique de la série, ce héros paresseux que le maître de l'école de Marcinelle promenait dans les couloirs du Journal de Spirou depuis 1957. Recueil de gags plutôt qu'album à intrigue, il offre une ultime traversée de l'univers Lagaffe, avec ses catastrophes en cascade, son bestiaire d'objets récalcitrants et sa tendresse pour les cancres. Restait à mesurer ce que vaut, pour lui-même, ce florilège de clôture.

Le ressort de Gaston tient d'une mécanique d'horlogerie. Chaque planche installe une situation ordinaire de bureau, puis la fait dérailler par une gaffe, une invention absurde ou un objet détourné, jusqu'à une chute qui cueille le lecteur au dernier moment. Franquin y excelle par le sens du rythme : le regard glisse de case en case vers l'explosion finale, souvent scellée par une onomatopée tonitruante et une déflagration de mouvement. C'est là que le dessin emporte tout. Fidèle à l'école de Marcinelle, le trait est rond, souple et comiquement expressif, capable de tordre un corps, de faire jaillir un nuage de fumée ou de figer une grimace d'effroi. Rien n'est statique : les personnages gesticulent, les meubles volent, la catastrophe se lit dans la posture avant même le texte. Cette vitalité graphique, servie par un lettrage et un bruitage d'une précision d'orfèvre, reste un sommet du genre.

L'autre force de la série est sa galerie de figures immédiatement lisibles. Prunelle et son exaspération, De Mesmaeker et ses contrats sabotés, Longtarin et son zèle, la mouette, le chat, la voiture poussive : chaque comparse porte son gag comme un ressort comprimé, et le lecteur retrouve avec plaisir des rôles qu'il connaît par cœur. Le comique naît autant de la répétition que de la surprise, un équilibre que Franquin maniait mieux que quiconque, sans jamais laisser la routine s'installer.

En tant qu'objet, toutefois, l'album porte la marque de sa nature posthume. C'est une compilation, non un ensemble pensé comme un tout, où des planches déjà connues côtoient quatre gags inédits regroupés à la fin, dont le dernier, laissé inachevé, retravaille un gag plus ancien du personnage. La cohérence tient au héros, non à une architecture d'ensemble, et la qualité, très haute, reste celle de gags conçus séparément au fil des années. On lit donc moins un livre qu'un florilège, avec ce que cela suppose de sommets et de pages plus attendues.

Notre verdictFaites gaffe à Lagaffe n'est pas la meilleure porte d'entrée dans l'univers de Gaston, et ne prétend pas l'être : c'est un album de clôture, une compilation crépusculaire qui rassemble le meilleur d'une mécanique comique inégalée et lui adjoint quelques pages inédites, chargées d'émotion pour qui sait qu'elles comptent parmi les dernières. Les qualités intactes de la série, un dessin d'une énergie folle, un sens du gag imparable, une galerie de personnages increvables, portent l'ensemble bien au-dessus de la simple curiosité éditoriale. On y retrouve, une dernière fois dans la numérotation d'origine, tout ce qui a fait de Gaston un monument de la bande dessinée franco-belge. Un adieu digne, à réserver de préférence à qui aime déjà le personnage.

Points forts

  • Une mécanique du gag parfaitement régléeChaque planche fonctionne comme un petit mouvement d'horlogerie: une situation banale, un grain de sable, puis une chute qui tombe juste. Franquin dose le rythme au millimètre et signe des gags dont l'efficacité n'a pas pris une ride.
  • Un dessin d'une vitalité rareHéritier de l'école de Marcinelle, le trait rond et souple donne au désastre une énergie communicative. Corps déformés par le mouvement, objets en vol, nuages de fumée et onomatopées claquantes: tout bouge, et l'on rit parfois avant même d'avoir lu le texte.
  • Une galerie de personnages inoxydablePrunelle, Jeanne, Longtarin, De Mesmaeker et ses contrats jamais signés, la mouette et le chat: chaque comparse porte son ressort comique et déclenche le sourire par sa seule présence. La série avance autant par la répétition complice que par la surprise.
  • Une valeur patrimonialeAlbum posthume, il referme la numérotation d'origine et rassemble quatre gags inédits, dont le dernier resté inachevé. Pour l'amateur, c'est un morceau d'histoire de la bande dessinée franco-belge autant qu'un recueil de gags.

Réserves

  • Un recueil, non un album construitL'ouvrage juxtapose des gags conçus séparément, sans fil directeur autre que le personnage. On y croise des planches déjà largement diffusées, et l'unité tient au héros, non à une construction d'ensemble.
  • Une entrée en matière imparfaitePour qui découvre Gaston, ce volume de clôture n'est pas le plus indiqué. Les albums antérieurs offrent une lecture plus fraîche et plus représentative de la série à son apogée.
  • L'ombre de l'inachevéLa dernière planche laissée en chantier émeut plus qu'elle ne fait rire. Sa présence, précieuse sur le plan documentaire, rappelle surtout que l'œuvre s'est arrêtée en cours de route.

À qui s’adresse ce livre ?

Cet album s'adresse d'abord aux lecteurs déjà conquis par Gaston, collectionneurs et nostalgiques soucieux de posséder l'intégralité de la série d'origine, pour qui les planches inédites et la dimension testamentaire ont une saveur particulière. Il conviendra aussi à tout amateur d'humour dessiné en quête d'une lecture légère et fractionnable, que l'on ouvre au hasard d'une page entre deux occupations. Comme la plupart des Gaston, il se lit à tout âge : les enfants rient des catastrophes et des gadgets, les adultes savourent la satire douce du monde du travail et la finesse du dessin. Celui qui découvrirait le personnage aurait en revanche intérêt à commencer par les albums antérieurs, où la série se déploie dans toute sa fraîcheur, avant de revenir à ce volume de clôture.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Aucune édition référencée pour cette œuvre.

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.