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Couverture de Gaffes, bévues et boulettes (Gaston Lagaffe)

Bande dessinée

Gaffes, bévues et boulettes

Première publication
1973
Éditions référencées
1

De quoi parle ce livre ?

Album de la série classique, Gaffes, bévues et boulettes rassemble des gags de Gaston Lagaffe signés André Franquin, figure majeure de l'école de Marcinelle et du journal Spirou. Le principe, inchangé, fait toute la saveur de la série. Employé rêveur et rétif à l'effort, Gaston hante les bureaux du journal, où il transforme la moindre tâche en catastrophe. Plutôt que de trier le courrier ou de seconder Prunelle, il assemble des engins de son invention, somnole, mijote des recettes redoutables, materne ses animaux et fait capoter les contrats que monsieur De Mesmaeker s'acharne à faire signer. Chaque planche se lit seule, sans intrigue continue, et se referme sur une chute. L'album ne déroule donc aucun récit suivi, il aligne des saynètes qui déclinent un même univers, celui d'un antihéros nonchalant dont la maladresse et l'imagination sèment la pagaille, au bureau comme au-dehors. Le gag y occupe la pleine page, et l'on y retrouve la galerie de personnages, le rythme et le sens du mouvement qui ont fait de Gaston un classique de la bande dessinée franco-belge.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

4,5/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Gaston Lagaffe, la pagaille en pleine page

Publié en 1973, Gaffes, bévues et boulettes prolonge l'une des plus belles réussites de la bande dessinée d'humour. Franquin, qui a porté Spirou et Fantasio à son firmament avant d'en confier la série à d'autres, consacre désormais l'essentiel de son talent à un personnage né d'un jeu éditorial dans les pages du journal Spirou : l'employé qui ne travaille pas. À ce stade de la série, la mécanique est parfaitement rodée, et le gag en pleine page laisse toute sa place au mouvement et à l'invention. Franquin s'y déploie avec une aisance confondante.

La construction repose entièrement sur le gag d'une planche, forme brève et exigeante qui interdit tout remplissage. Chaque page installe une situation, la laisse dériver, puis la referme sur une chute, sans jamais s'appuyer sur la précédente. Cette autonomie fait la force du recueil, on l'ouvre où l'on veut, mais elle oblige aussi l'auteur à renouveler sans cesse un même ressort. Franquin y parvient par la variation, déclinant la paresse et l'inventivité de Gaston sous mille formes, du bricolage sonore à la cuisine expérimentale, la sieste devenant à elle seule un art de vivre. Le trait relève pleinement de l'école de Marcinelle, cette veine humoristique dite « gros nez » née autour du journal Spirou : trait rond et souple, personnages élastiques, mise en scène du mouvement poussée jusqu'à la chorégraphie. Franquin est un dessinateur du geste et de l'accident. Il fait sentir le poids d'un objet, la trajectoire d'une chute, l'accélération d'une catastrophe, et son découpage sait ménager le temps comique, retarder ou précipiter la chute selon les besoins. Les onomatopées, les postures désarticulées et les regards effarés des personnages secondaires prolongent le rire bien au-delà de la seule situation. L'humour, lui, tient à un principe simple et inépuisable : Gaston oppose au monde du travail une nonchalance imperturbable, et cette résistance passive engendre le chaos. La satire du bureau, de la hiérarchie et du rendement affleure sans jamais alourdir un propos qui reste bon enfant. Fait notable pour l'album, une bonne part des gags s'échappe des bureaux et gagne la rue ou le grand air, preuve que le ressort fonctionne partout.

Notre verdictGaffes, bévues et boulettes n'est pas une histoire, c'est une collection de moments de grâce comique. À ce stade de la série, Franquin tient son personnage avec une maîtrise totale et fait de la contrainte du gag en une planche un pur terrain de jeu. Le dessin, vif et précis, porte un humour tendre et intemporel qui n'a rien perdu de son mordant. On pourra regretter la nature forcément décousue du recueil et l'absence d'enjeu narratif, mais ce sont les règles du genre, et Franquin les retourne à son avantage. Un jalon solide d'une série majeure, à lire sans hâte et à rouvrir souvent. Un classique qui mérite pleinement sa place.

Points forts

  • Un dessin d'une virtuosité rareFranquin maîtrise le mouvement, le minutage et l'expression comme peu d'auteurs. Chaque planche vaut leçon de mise en scène, le geste, l'objet et la chute s'y enchaînent avec une précision d'horloger, sans qu'aucun trait paraisse forcé.
  • Un comique universel et sans cruautéLe ressort, la paresse inventive opposée au travail, parle à tous, sans méchanceté ni vulgarité. On rit de Gaston autant qu'avec lui, et la satire du bureau garde une légèreté d'enfance.
  • Un format taillé pour la relectureLe gag en une planche autorise une lecture libre, par petites touches. On revient volontiers sur les meilleures pages, dont l'efficacité ne s'émousse pas d'une fois à l'autre.
  • Une galerie de personnages savoureuseAutour de Gaston gravitent Prunelle, que ses frasques exaspèrent, mademoiselle Jeanne, ses animaux et l'increvable De Mesmaeker, dont les contrats jamais signés relancent inlassablement le comique.

Réserves

  • La rançon du recueilL'absence d'intrigue et la répétition d'un même ressort peuvent lasser en lecture d'une traite. L'album se savoure mieux par fragments, au gré des envies, que d'un seul élan.
  • Un univers volontairement figéLe principe interdit toute évolution des personnages. Qui cherche une progression ou un enjeu narratif restera sur sa faim, car tout l'art se joue ailleurs, dans l'instant du gag.

À qui s’adresse ce livre ?

L'album s'adresse d'abord aux amateurs de bande dessinée franco-belge et à tous les lecteurs attachés à l'humour classique du journal Spirou. Il convient parfaitement à un jeune public, qu'il peut initier à la bande dessinée, tout en offrant aux adultes une relecture teintée de nostalgie et une satire douce du monde du travail. Les néophytes l'aborderont sans avoir lu les albums précédents, puisque chaque planche se suffit à elle-même. Les curieux du dessin et les passionnés de mise en scène y trouveront de quoi admirer le métier de Franquin au sommet de son art. Seuls les lecteurs en quête d'un récit long et charpenté devront chercher ailleurs.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Éditions référencées, avec ISBN, éditeur, date de parution et format
ÉditionÉditeurParutionFormatISBNDisponibilité
Gaffes, bévues et boulettes (Gaston Lagaffe)Dupuisn.c.Autre978-2-8001-0330-3Non renseigné

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.