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Couverture de Gaston R3. Gare Aux Gaffes Du Gars Gonflé

Bande dessinée

Gare aux gaffes du gars gonflé

Première publication
1973
Éditions référencées
1

De quoi parle ce livre ?

Gaston Lagaffe naît en 1957 dans les pages du journal Spirou, sous le crayon d'André Franquin. Garçon de bureau théoriquement employé par la rédaction, ce grand rêveur nonchalant a fait de la paresse une philosophie et de la maladresse une seconde nature. Plutôt que de classer le courrier en souffrance, il invente des machines impossibles, mitonne des plats redoutables, bricole et répand une pagaille bon enfant. La série ne suit aucune intrigue : c'est un recueil de gags, le plus souvent en une planche autonome, où chaque situation part d'un détail pour enfler jusqu'à la catastrophe. Autour de lui s'agitent des supérieurs excédés, Monsieur De Mesmaeker dont les contrats ne se signent jamais, mademoiselle Jeanne, l'agent Longtarin et tout un bestiaire chapardeur. Troisième volume de la série d'origine (R3), paru en album chez Dupuis en 1973, Gare aux gaffes du gars gonflé rassemble des gags de cette période et inaugure le passage à la planche complète, format qui laisse au dessinateur plus d'air pour installer ses catastrophes. On y retrouve l'univers de bureau et l'inventivité graphique qui ont fait la réputation de la série.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

4,5/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Gaston Lagaffe, ou l'art de mettre un bureau sens dessus dessous

Il est des séries qu'on n'ouvre pas pour savoir comment l'histoire finit, mais pour le plaisir sans cesse relancé du mécanisme comique. Gaston appartient à cette famille rare. Avec Gare aux gaffes du gars gonflé, troisième album de la série d'origine paru en 1973, André Franquin réunit une brassée de gags où le plus catastrophique des garçons de bureau change une rédaction en champ de ruines. Recueil sans intrigue, l'album se savoure par petites touches, une planche à la fois, et vaut autant pour son sens de l'absurde que pour la virtuosité du trait.

La force de Gaston tient d'abord à sa forme. Chaque planche est un petit théâtre autonome, réglé comme une mécanique de précision : une situation banale de bureau, une lubie de Gaston, puis une montée en tension jusqu'à la chute, le plus souvent dévastatrice pour son entourage. Franquin excelle dans l'art de la mise en place et du contretemps, cette façon de faire attendre le désastre que le lecteur voit venir sans que les personnages s'en doutent. Le rire naît de la collision entre le monde intérieur de Gaston, rêveur, lent, absorbé par ses inventions, et les exigences très terre à terre de la rédaction qui l'emploie. Sur le plan graphique, Franquin relève de l'école de Marcinelle, celle du journal Spirou et des éditions Dupuis, au trait rond et souple que l'on range dans la veine humoristique dite du « gros nez ». On est aux antipodes de la ligne claire d'Hergé et de l'école de Bruxelles : ici, tout est mouvement, élasticité, expressivité. Les corps se tordent, les visages se décomposent de stupeur ou d'accablement, et les machines de Gaston fourmillent de détails mécaniques réjouissants. Épaulé pour les décors et les véhicules par Jidéhem, Franquin compte parmi les plus grands dessinateurs de sa génération, et cela se lit dans la moindre case : sens du rythme, du geste, de la déformation comique. L'humour, lui, ne vieillit guère. Il repose sur des ressorts universels, la paresse érigée en art de vivre, l'autorité tournée en ridicule, l'accident domestique ou bureaucratique, et sur un personnage attachant parce qu'il n'est jamais méchant. Gaston ne cherche pas à nuire : il rêve, il improvise, et le monde s'effondre autour de lui. En inaugurant la planche complète, l'album offre à Franquin davantage d'espace pour installer ses gags et soigner ses chutes.

Notre verdictGare aux gaffes du gars gonflé n'est pas un album à suspense, c'est un condensé de savoir-faire. Franquin y déploie tout ce qui a fait de Gaston un classique : un personnage inoubliable, un humour qui ne prend pas une ride et un dessin d'une virtuosité constante. Le gag en une planche montre certes ses limites quand on enchaîne les pages sans respirer, mais pris pour ce qu'il est, un recueil à picorer, l'album procure un plaisir de lecture rare et durable. Une valeur sûre pour rire, et une belle leçon de mise en scène comique pour qui s'intéresse au métier. À conseiller sans réserve, en gardant simplement à l'esprit qu'on l'apprécie mieux planche après planche que d'une seule traite.

Points forts

  • Une mécanique du gag parfaitement régléeLe format d'une planche par gag impose une horlogerie: mise en place, accélération, chute. Franquin en maîtrise chaque temps et ménage l'attente du désastre avec une précision qui fait mouche presque à chaque page.
  • Un dessin d'une rare vitalitéTrait souple, sens du mouvement, visages qui débordent d'émotion, machines truffées de détails: le graphisme de l'école de Marcinelle atteint ici une belle plénitude. Le dessin fait rire autant que la situation.
  • Un anti-héros universel et attachantGaston ne nuit jamais volontairement: il rêve, il improvise, et tout s'effondre autour de lui. Sa paresse inventive et sa douceur en font un personnage intemporel, auquel on s'attache par-delà les générations.

Réserves

  • Un plaisir qui se déguste plus qu'il ne se dévoreL'absence d'intrigue est la règle du genre, mais lue d'une traite, la succession de gags peut donner un sentiment de répétition. L'album se savoure mieux par petites sessions que d'un seul trait.
  • Une histoire éditoriale déroutanteEntre petit format de 1966, refonte de 1973, numérotation R et renumérotations successives, le néophyte peut se perdre dans la généalogie des albums Gaston avant de trouver l'édition qu'il cherche.

À qui s’adresse ce livre ?

L'album parle à un public très large. Ceux qui ont grandi avec Gaston y retrouveront un plaisir intact, et une bonne dose de nostalgie. Les plus jeunes peuvent le découvrir sans mode d'emploi, puisque chaque planche se suffit à elle-même et ne réclame aucune connaissance préalable de la série. C'est aussi une porte d'entrée idéale vers l'œuvre de Franquin et, plus largement, vers la bande dessinée franco-belge d'humour et l'école de Marcinelle. Amateurs de comique visuel, curieux d'histoire de la BD, familles en quête d'une lecture à partager entre parents et enfants : chacun y trouvera son compte. Seuls les lecteurs venus chercher un récit construit et une intrigue au long cours resteront sur leur faim, car ce n'est pas le projet du recueil de gags.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Éditions référencées, avec ISBN, éditeur, date de parution et format
ÉditionÉditeurParutionFormatISBNDisponibilité
Gaston R3. Gare Aux Gaffes Du Gars GonfléEditions Dupuisn.c.Autre978-2-8001-0308-2Non renseigné

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.