
Que vaut ce livre ?
Guiby, le superbébé : le poupon qui n'a peur de rien
Sampar, de son vrai nom Samuel Parent, s'est d'abord fait connaître du public québécois comme illustrateur, notamment de la série Capitaine Static écrite avec Alain M. Bergeron. Avec Guiby, le superbébé, paru chez Michel Quintin à partir de 2013, il signe une bande dessinée dont il est cette fois l'unique auteur, au scénario comme au dessin. Les indications de catalogue (bande dessinée, 2013) sont ici exactes : il s'agit bien d'une véritable BD jeunesse, et non d'un album muet. Le point de départ est aussi simple qu'efficace : un poupon qui n'a peur de rien, pas même du monstre tapi dans son placard, décide un soir que trop, c'est trop, et part l'affronter. Ce geste l'entraîne bien au-delà de sa chambre, dans les entrailles de la ville. Un super-héros en couche-culotte, doté de poings d'acier, qui retourne la peur du noir en aventure : l'idée a valu à Sampar une place de finaliste aux prix Bédélys jeunesse et Joe Shuster en 2014, avant de connaître une adaptation télévisée.
La construction est celle d'un vrai récit, pas d'une suite de vignettes muettes. L'album fondateur suit une ligne claire : le siège nocturne du monstre du placard, la décision de l'enfant de riposter, puis la plongée dans les bas-fonds de la ville, égouts compris, où la peur domestique s'ouvre sur une véritable expédition. Guiby y croise des alliés, dont Ramirez, un rat d'égout, et affronte tout un peuple de créatures. Le ressort central est un renversement : la bête tant redoutée se révèle plus petite et plus craintive que prévu, au point de devenir parfois un compagnon (Gruffus, le monstre du placard, finira ami). Le livre convertit ainsi l'angoisse en curiosité, et même en amitié.
Le style tient du croisement. Sampar marie deux héritages : la BD jeunesse de gag, celle de son Capitaine Static, et les codes du comic de super-héros américain, la silhouette du justicier, les pouvoirs, la ville la nuit. Le comique est d'abord structurel : il naît de la transposition du héros invulnérable dans un poupon à tétine, minuscule et pourtant increvable. Le dessin est celui d'un professionnel aguerri : trait rond et dynamique, couleurs saturées, visages très expressifs, mise en scène lisible. La palette nocturne et le graphisme des monstres installent un léger frisson sans jamais basculer dans la vraie frayeur.
Contrairement à ce que laisserait croire son héros nourrisson, Guiby n'est pas un livre sans mots : dialogues et récitatifs portent l'intrigue, et la lecture, autonome, s'adresse à un enfant qui déchiffre déjà. Sur le plan thématique, l'œuvre affronte de face la peur du noir, les monstres sous le lit ou dans le placard, ces angoisses que connaissent presque tous les jeunes enfants. Mais elle en fait un moteur d'action : l'enfant n'est plus la victime de sa peur, il en devient l'assaillant. C'est là, plus que dans les péripéties, que réside la vraie trouvaille du livre.
Notre verdictGuiby, le superbébé n'a pas l'ambition d'un grand récit, et il ne faut pas le juger à cette aune. C'est une mécanique bien huilée, portée par une idée de génie modeste : faire d'un nourrisson à poings d'acier le rempart contre les monstres de la nuit. L'exécution graphique, professionnelle et pleine d'allant, sert cette trouvaille avec efficacité. On regrettera que le concept prime souvent sur l'intrigue et que la série avance par déclinaison. Mais pour son public réel, les jeunes lecteurs friands de héros et de monstres, désireux d'apprivoiser leur peur, c'est une réussite vive et généreuse, dont le rayonnement (prix, adaptation animée) ne doit rien au hasard.
Points forts
- Un renversement rassurantPlacer le bébé du côté de l'assaillant, et non de la victime, transforme l'angoisse du soir en fantasme de maîtrise. L'enfant lecteur s'identifie à celui qui va au-devant du monstre plutôt qu'à celui qui le subit. C'est la trouvaille conceptuelle qui donne son sens au livre et sa cohérence à la série.
- Un croisement de codes réussiEn greffant la panoplie du super-héros (pouvoirs, allure de justicier, ville nocturne) sur un poupon à tétine et à poings d'acier, Sampar fabrique un comique de décalage immédiatement lisible. Le personnage, tout de rouge vêtu, est si identifiable graphiquement qu'il se prêtait naturellement au passage à l'écran.
- Un métier graphique sûrLe trait rond et nerveux, les couleurs franches, les expressions grossies trahissent l'illustrateur chevronné. Rien n'encombre la case, chaque geste se lit au premier coup d'œil, et la palette de nuit crée une ambiance sans jamais effrayer pour de bon.
- Une vraie aventure, pas une berceuseAu lieu de s'arrêter à la chambre, le récit fait sortir la peur dans les égouts et les bas-fonds, avec alliés, dangers et rebondissements. Le jeune lecteur tient là une BD à part entière, qu'il peut lire seul, et non une simple saynète du coucher.
Réserves
- Une formule sérielleLa série repose sur un schéma récurrent: une peur, une confrontation nocturne, une expédition. D'un tome à l'autre, elle avance par déclinaison plus que par véritable progression, ce qui peut lasser le lecteur qui enchaîne les volumes.
- Le concept devant l'intrigueLa force de l'idée et la vivacité du dessin portent l'ensemble, au point que l'histoire, souvent, sert surtout de véhicule au gag de départ. Un lecteur plus exigeant pourra trouver les péripéties minces derrière une prémisse, elle, excellente.
- Un imaginaire qui n'endort pas tout le mondeMalgré son intention rassurante, le livre carbure aux monstres, aux ténèbres et aux égouts. Ce n'est pas la lecture douce et lisse qu'on imagine parfois derrière un bébé héros: les plus sensibles des tout-petits pourront être impressionnés, ce qui confirme qu'on s'adresse d'abord à des enfants déjà un peu grands.
À qui s’adresse ce livre ?
Guiby vise d'abord les jeunes lecteurs déjà autonomes, disons de sept à douze ans, amateurs de super-héros, de monstres et d'aventure. C'est un titre précieux pour l'enfant qui veut se sentir courageux face au noir ou aux créatures du soir, puisqu'il transforme la peur en offensive et en jeu. Les fans de Capitaine Static et de la BD de gag y retrouveront la patte de Sampar. Au Québec, où l'auteur est bien implanté et où le personnage a gagné les écrans, bibliothèques, écoles et services de garde disposent d'une série facile à faire circuler. En revanche, les tout-petits qui ne déchiffrent pas encore, à la recherche d'un album du soir tout en douceur, ne sont pas le public de ce livre : il suppose déjà un lecteur, et son bestiaire nocturne demande un peu d'estomac. Le grand amateur d'intrigues denses, lui, restera sur sa faim.
Informations sur l’édition
L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.
| Édition | Éditeur | Parution | Format | ISBN | Disponibilité |
|---|---|---|---|---|---|
| Guiby | Éditions Michel Quintin | n.c. | Autre · Français | 978-2-89435-674-6 | Non renseigné |
Sources et date de mise à jour
Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.