De quoi parle ce livre ?
Cent douzième tome de One Piece, Haley réunit les chapitres 1134 à 1144, prépubliés dans le Weekly Shonen Jump, et poursuit la deuxième partie de l'arc Erbaf, au sein de la saga finale. L'équipage du Chapeau de paille séjourne toujours sur l'île des géants. Le volume s'ouvre sur l'exploration de la bibliothèque du hibou, puis sur un toast d'amitié scellé avec les guerriers d'Erbaf, avant de remonter le passé du royaume, celui d'un pays qui attendait le soleil et celui du roi Harald, dont l'ombre pèse encore sur le présent. La quiétude est de courte durée. Shamrock entre en scène dès le quatrième chapitre, Scopper Gaban, ancien membre de l'équipage de Gold Roger, réapparaît, et l'ordre des Chevaliers divins, au service d'Imu, fond sur l'île. Le tome se referme sur l'heure des guerriers, quand Erbaf comprend que la visite qu'elle reçoit n'a rien d'une escale. Onze chapitres qui font passer l'arc du registre de la découverte à celui de la menace, sans livrer encore l'issue de l'affrontement qui s'annonce.
Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.
Que vaut ce livre ?
Entre le toast et les Chevaliers divins
Paru chez Glénat le 8 avril 2026 dans la collection Édition originale, sens de lecture japonais conservé, Haley arrive un peu plus de neuf mois après son édition japonaise. Eiichirō Oda y poursuit l'arc Erbaf entamé au tome précédent et fait cohabiter, en onze chapitres, l'hospitalité des géants, la mémoire de leur royaume et l'arrivée de l'ordre des Chevaliers divins. Jugé pour ce qu'il est, une fraction de récit prélevée dans un ensemble bien plus vaste, ce tome vaut moins par ce qu'il conclut que par la manière dont il arme la suite.
Le sommaire renseigne mieux que tout résumé sur la façon dont le volume est bâti. Les trois premiers chapitres, La bibliothèque du hibou, Le toast de l'amitié, Le pays qui attendait le soleil, appartiennent au vocabulaire de la halte : on lit, on boit, on écoute. Le quatrième, Shamrock entre en scène, rompt cet ordre bien avant qu'on l'attende, et c'est là que le tome devient intéressant. Oda n'empile pas six chapitres de détente pour lâcher ensuite la menace en bloc : il l'introduit tôt, la laisse en suspens, revient au récit de l'île avec le chapitre qui donne son titre au volume, Haley, puis alterne les registres jusqu'au bout, comme en témoignent des chapitres tels que Le ratiboiseur, Les femmes plus âgées ou Ce qui me fait peur, voisins de celui qui porte le nom de Scopper Gaban. La bascule finale, L'ordre des chevaliers divins puis L'heure des guerriers, n'en tombe que de plus haut.
Cette alternance impose au dessin deux régimes qui se répondent. Les séquences de bibliothèque et de banquet exploitent ce qu'Erbaf offre de plus évident à un dessinateur : l'écart d'échelle entre des corps immenses et un équipage minuscule, les objets démesurés vus depuis le sol, les compositions verticales que le format du tankobon met en valeur. Le noir et blanc y respire, les trames restent légères, la lisibilité l'emporte sur la surcharge qui guettait certains arcs précédents. Les chapitres de menace resserrent le champ et durcissent les contrastes, et les entrées de personnages y sont traitées pour l'effet plutôt que pour l'inventaire.
Dramatiquement, le tome fonctionne par accumulation de dettes narratives. Le passé du roi Harald, la réapparition de Scopper Gaban, à qui Oda consacre un chapitre entier, l'irruption de Shamrock, la mise en mouvement d'un ordre au service d'Imu : chacun de ces éléments ouvre une ligne que le volume ne referme pas. Un tome de série au long cours se juge à sa capacité à donner envie sans frustrer, et celui-ci tient l'équilibre parce qu'il paie comptant, sur la mémoire d'Erbaf, ce qu'il emprunte au conflit à venir. Le lecteur n'obtient pas de résolution, il obtient une compréhension : il sait désormais pourquoi cette île comptait, ce qui rend l'agression finale immédiatement intelligible.
Reste la place dans l'arc. Erbaf déborde largement ce volume, qui n'en constitue que la deuxième partie, celle où le décor cesse d'être un décor pour devenir un enjeu. Le tome précédent, Aventure à Erbaf, installait l'île et son étrangeté ; celui-ci lui donne une histoire et la met en danger dans le même mouvement, avant que la suite ne prenne le relais à la rentrée. C'est la fonction du deuxième tiers d'un arc de shonen, et Oda la remplit en vieux routier, sans hâte inutile ni délayage.
Notre verdictHaley est un très bon tome de transition, ce qui n'est pas un compliment mineur dans une série de cette longueur. Oda y fait tenir en onze chapitres une fête, une leçon d'histoire, deux entrées en scène majeures et un renversement de ton, sans jamais donner l'impression de remplir. Le dessin profite pleinement du terrain de jeu qu'offre Erbaf, et le choix d'introduire la menace dès le quatrième chapitre, plutôt que de la réserver au final, relève d'une intelligence de construction qu'on remarque trop peu chez un auteur loué surtout pour son imagination. On lui reprochera de s'arrêter là où il devient passionnant, et d'exiger de son lecteur une mémoire encyclopédique. Reste un volume charnière, qui donne enfin à l'île des géants l'épaisseur historique nécessaire pour que la suite compte vraiment.
Points forts
- Une bascule amenée plus tôt qu'on ne l'attendLe volume aurait pu s'offrir une longue accalmie avant la charge finale. Oda fait entrer Shamrock au quatrième chapitre sur onze, puis revient à la mémoire d'Erbaf comme si de rien n'était. Le lecteur avance dès lors avec une inquiétude en arrière-plan, qui donne aux scènes de fête une saveur qu'elles n'auraient pas eue seules.
- Le travail d'échelle sur les géantsErbaf offre à Oda ce qu'il aime dessiner: des corps immenses et des humains minuscules dans la même case. La bibliothèque et le banquet exploitent la profondeur de champ, les objets géants vus depuis le sol, les compositions verticales que le format du tankobon met en valeur. Le noir et blanc y gagne en clarté ce que d'autres arcs perdaient en surcharge.
- Une exposition qui passe par des situationsLe passé du royaume et celui du roi Harald ne sont pas assenés en bloc explicatif: ils passent par la bibliothèque, par le toast, par des personnages qui ont vécu la chose. La série s'est souvent vu reprocher ses tunnels d'explication; ici l'information circule dans des scènes, et se retient d'autant mieux.
- Des entrées en scène qui portentOda accorde à Scopper Gaban un chapitre à son nom et place l'apparition de Shamrock à un endroit où elle fait effet de choc plutôt que de catalogue. Il en dose les révélations: assez pour qu'on mesure le poids de ces figures, pas assez pour épuiser leur mystère dans le volume même.
Réserves
- Une charge d'exposition qui exige de la mémoireGénéalogies, lignées, renvois à des arcs anciens et à des noms croisés cent tomes plus tôt: Haley suppose un lecteur qui a tout en tête. Celui qui reprend la série après une interruption devra relire ou vérifier, ce qui casse le rythme d'une lecture pourtant conçue pour être continue.
- Un tome qui ne conclut rienC'est la loi du genre, mais elle se paie ici plus cher qu'ailleurs: le volume s'arrête au moment précis où il commence à mordre. Aucun affrontement n'aboutit, aucune question ouverte ne se referme, et l'attente jusqu'au tome 113, annoncé chez Glénat pour le 23 septembre 2026, transforme la dernière planche en promesse plutôt qu'en satisfaction.
- Le décalage éditorial émousse la surpriseParu au Japon le 4 juillet 2025 et en français le 8 avril 2026, ce tome arrive après que ses chapitres ont largement circulé. Rien que Glénat puisse empêcher, mais l'effet de sidération que visent les derniers chapitres suppose une virginité de lecture que peu de lecteurs francophones auront conservée.
À qui s’adresse ce livre ?
Ce tome s'adresse aux lecteurs qui suivent One Piece de longue date et qui collectionnent l'édition originale Glénat, en particulier ceux que la saga finale intéresse pour ses révélations plus que pour ses combats. Il conviendra à qui aime les épisodes de mythologie interne, les histoires de royaumes et de lignages, et l'humour de banquet propre à la série. En revanche, il ne constitue en aucun cas une porte d'entrée : commencer ici reviendrait à ouvrir un roman-fleuve à la page mille. Les lecteurs qui préfèrent les tomes d'action pure, denses en affrontements, trouveront les premiers chapitres bavards et devront patienter jusqu'à la dernière ligne droite pour retrouver le régime du combat.
Informations sur l’édition
L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.
Aucune édition référencée pour cette œuvre.
Sources et date de mise à jour
Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.