
De quoi parle ce livre ?
Huitième album de la série, Histoires de Schtroumpfs paraît chez Dupuis en 1972. Il occupe une place à part dans la production de Peyo : au lieu d'une aventure longue, il rassemble une cinquantaine de courtes histoires, d'une page ou d'une demi-page, bâties comme autant de gags et coécrites avec Yvan Delporte. Le décor demeure le village champignon niché au creux de la forêt, où vit la petite communauté bleue coiffée de son bonnet blanc. Le Grand Schtroumpf, patriarche à la barbe blanche et à l'habit rouge, veille sur ses cadets, tandis que chaque Schtroumpf incarne un trait de caractère : le grognon, le costaud, le farceur, le poète, le donneur de leçons à lunettes. De cette galerie naissent des saynètes qui jouent des manies, des rivalités et des solidarités du groupe. La fameuse langue schtroumpf, où le mot schtroumpf remplace verbes et substantifs au gré du contexte, fournit à elle seule un ressort comique inépuisable. Sur ce petit monde plane l'ombre de Gargamel, le sorcier ennemi des lutins bleus. Sans intrigue unique à dénouer, le recueil s'attache au quotidien de la tribu et prolonge sous une forme brève un univers né dans le journal Spirou à la fin des années 1950.
Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.
Que vaut ce livre ?
Cinquante petites touches de vie au village bleu
On associe volontiers les Schtroumpfs aux grands récits : un village menacé, un objet magique, une expédition à mener. Histoires de Schtroumpfs prend le contre-pied de cette attente. Publié en 1972, ce huitième volume délaisse le format de l'histoire complète pour aligner une cinquantaine de gags d'une page ou d'une demi-page. Le changement n'a rien d'anodin : il déplace le centre de gravité de la série, de l'intrigue vers les personnages, et transforme le village champignon en une petite scène de comédie où chaque Schtroumpf vient jouer sa partition. C'est cette mécanique du recueil, ses réussites et ses limites, qu'il vaut la peine d'examiner.
Le gag en une planche impose une contrainte d'orfèvre : poser une situation, la faire dévier, la refermer sur une chute, le tout en quelques cases. Peyo et son complice Yvan Delporte, longtemps rédacteur en chef du journal Spirou, connaissent cet art de la concision. Faute d'un fil narratif unique, la cohérence vient d'ailleurs : de l'univers lui-même, de sa géographie familière et surtout de la galerie de caractères. Le format bref en est le meilleur révélateur : le grognon qui désapprouve tout, le costaud qui règle les différends par la force, le donneur de leçons à lunettes toujours prompt à moraliser, le farceur et sa boîte piégée. Là où une longue aventure les fond dans un collectif, le gag les isole et fait saillir leur manie, jusqu'à la caricature affectueuse.
Le ressort le plus original reste la langue schtroumpf. Substituer le mot schtroumpf aux verbes et aux noms installe un comique de décalage permanent, où le sens se devine au contexte et au dessin. Delporte et Peyo en tirent un jeu presque linguistique, source de quiproquos et de trouvailles qui n'appartiennent qu'à cette série et que le format court sait cueillir d'une case à l'autre.
Graphiquement, on est en pleine école de Marcinelle : un trait rond, souple et dynamique, hérité de la tradition du journal Spirou et des éditions Dupuis. Le dessin privilégie la lisibilité de l'action et l'expressivité des visages, atouts précieux là où la chute doit se saisir d'un coup d'œil. Les décors de sous-bois, les champignons-maisons et la ronde des petits personnages bleus composent un monde immédiatement identifiable. L'ensemble se lit vite, se picore volontiers, et rappelle que l'univers des Schtroumpfs tient aussi bien en vignettes brèves qu'en grand récit.
Notre verdictHistoires de Schtroumpfs n'est pas le sommet narratif de la série, et ne prétend pas l'être. C'est un album de respiration, une parenthèse joueuse où Peyo et Yvan Delporte croquent leur petit peuple bleu en une cinquantaine de saynètes. La forme brève y fait merveille pour révéler les caractères et déployer l'inimitable langue schtroumpf, mais elle expose aussi les faiblesses du genre : inégalité des chutes, répétition des ressorts, absence de véritable élan romanesque. On tient là un classique aimable et rafraîchissant, à picorer plus qu'à dévorer, qui vaut surtout pour la tendresse de son regard et l'efficacité de son humour. Un jalon attachant dans l'histoire des Schtroumpfs, à défaut d'en être un pilier.
Points forts
- La langue schtroumpf, un comique inépuisableRemplacer verbes et noms par le mot schtroumpf n'est pas un simple gimmick: c'est un moteur comique à part entière. Le lecteur reconstitue le sens par le contexte et par l'image, et chaque quiproquo devient une trouvaille. Dans le format court, ce jeu de langage suffit souvent, à lui seul, à faire mouche sur la chute.
- Le format bref révèle les caractèresEn isolant chaque Schtroumpf le temps d'une planche, le recueil met en pleine lumière ce que la grande aventure dilue: le grognon, le costaud, le farceur, le donneur de leçons deviennent de vraies figures comiques, chacune définie par sa manie. Cette galerie de types donne au village son relief et sa vie.
- Un dessin d'école de Marcinelle, rond et lisibleLe trait de Peyo, souple et dynamique dans la tradition du journal Spirou, sert idéalement le gag: visages expressifs, action claire, décors de sous-bois aussitôt reconnaissables. La chute se lit d'un coup d'œil, condition première de réussite d'un recueil de planches courtes.
- Une porte d'entrée accessible à tous les âgesSans intrigue longue à suivre, l'album se picore librement. Les plus jeunes y entrent par le rire immédiat, les adultes y retrouvent la tendresse et la satire douce de la petite société bleue. Le recueil se prête au partage entre générations, à voix haute comme en lecture solitaire.
Réserves
- L'inégalité propre au recueil de gagsComme tout assemblage de planches indépendantes, l'album connaît des sommets et des creux. Certaines chutes font mouche, d'autres retombent, et l'ensemble n'échappe pas à un sentiment d'irrégularité que la relecture accentue.
- L'absence de souffle narratifQui cherche l'ampleur des grandes aventures schtroumpfes, avec leur montée de tension et leur dénouement, restera sur sa faim. Le plaisir est ici celui de la vignette et de l'instant, non celui d'un récit qui embarque et tient en haleine.
- Des ressorts qui se répètentÀ enchaîner les gags bâtis sur les mêmes manies, on perçoit par moments le retour des mêmes mécaniques. La formule, savoureuse par petites touches, peut lasser à qui la lit d'une traite.
À qui s’adresse ce livre ?
L'album s'adresse d'abord aux jeunes lecteurs, pour qui ces gags courts forment une entrée idéale en bande dessinée : humour immédiat, personnages nets, planches vite bouclées. Il comblera aussi les familles, où il se partage à voix haute, et les nostalgiques qui ont grandi avec les lutins bleus. Les amateurs et les collectionneurs y verront une étape curieuse de la série, celle où le format gag prend en charge un album entier et affine les caractères qui feront plus tard la fortune des Schtroumpfs, notamment à la télévision. On le conseillera un peu moins au lecteur qui découvre Peyo et attend une grande aventure construite : mieux vaut alors commencer par un album à intrigue unique, puis revenir savourer ce recueil.
Informations sur l’édition
L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.
| Édition | Éditeur | Parution | Format | ISBN | Disponibilité |
|---|---|---|---|---|---|
| Histoires de Schtroumpfs, tome 8 | Dupuis | Autre · 54 p. | 978-2-8001-0115-6 | Non renseigné |
Sources et date de mise à jour
Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.