De quoi parle ce livre ?
Vingt-deuxième tome de One Piece, paru chez Glénat le 15 juillet 2004, Hope ! réunit les chapitres 196 à 205 prépubliés dans le Weekly Shonen Jump et cueille l'arc Alabasta au plus fort de sa guerre civile. Il s'ouvre sur Zoro qui s'effondre, vainqueur exsangue de Mr 1, et sur Crocodile balayant Chaka dans le palais royal. Koza, qui vient de découvrir la vérité sur le plan du grand corsaire et tente d'arrêter la rébellion, est abattu par un soldat infiltré de Baroque Works, et les combats reprennent aussitôt sur l'esplanade d'Alubarna. Luffy surgit alors, porté par Pell, arrache Vivi au vide et retourne contre l'homme de sable la seule prise qui vaille, l'eau : un tonneau suffit à le blesser, pas à l'abattre, et le duel repart en sa défaveur. Pendant ce temps, Nico Robin, alias Miss All Sunday, écarte Tashigi et la Marine, puis gagne avec le roi Cobra le tombeau de la famille royale, où le ponéglyphe ne dit rien de Pluton et où Crocodile lui fait payer la déception d'un coup de crochet. Le volume se referme sur un compte à rebours qui court toujours, sur une bombe que l'équipage traque encore et sur un Luffy empoisonné qui remonte au combat.
Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.
Que vaut ce livre ?
16 h 15, l'heure où le sable rencontre l'eau
Pris au cœur du plus long arc que la série ait alors tenté, Hope ! est un tome entièrement absorbé par son climax : il commence au milieu d'un combat, s'achève sur un compte à rebours et n'a ni exposition ni dénouement à offrir. Eiichirō Oda y fait converger trois lignes : le palais royal où Crocodile règle ses comptes, l'esplanade d'Alubarna où la révolte se joue à la minute, et un tombeau royal où se prépare une révélation d'une tout autre échelle. Un tankobon de shonen au long cours ne se juge pas comme un récit clos ; celui-ci se mesure à ce qu'il déplace, et il déplace beaucoup.
Le principe de montage est ici la tresse. Sur dix chapitres, Oda alterne trois fronts à un rythme presque métronomique, et chaque coupe tombe sur une relance plutôt que sur une conclusion. Le procédé s'affiche jusque dans les titres, puisqu'un chapitre s'intitule 16 h 15 : l'horloge devient un personnage, et le compte à rebours de la bombe fournit une mesure commune à des scènes qui, géographiquement, ne se croisent jamais. C'est ce qui épargne au volume l'effet catalogue auquel se réduit souvent un climax de shonen.
Le rythme repose sur une figure répétée, celle de l'issue acquise puis retournée. Zoro gagne son duel et s'effondre. Koza tient enfin la vérité qui pourrait arrêter la guerre et tombe sous une balle qui ne vient pas de ceux qu'il affronte. Luffy blesse enfin l'inatteignable et se fait dessécher dans la foulée. Robin atteint le ponéglyphe sans y trouver ce qu'elle cherche. Répétée quatre fois en dix chapitres, la figure pourrait lasser ; elle tient parce qu'Oda en change chaque fois la nature, physique, politique, technique, puis documentaire.
Le chapitre 199, qui donne son titre au tome, en est le pivot. L'arrivée de Luffy porté par Pell est construite comme une entrée de scène différée depuis deux volumes, et l'espoir du titre n'est pas une promesse de victoire : c'est le simple constat qu'une prise existe sur un adversaire qu'on croyait sans prise. La suite le confirme en ramenant cette prise à un objet trivial, un tonneau d'eau, et en faisant payer très cher les quelques secondes qu'il achète. Le combat progresse par la physique et non par la surenchère de pouvoir : c'est l'un des points forts d'Oda à cette période.
Graphiquement, le tome exploite le désert comme espace de contraste. Le noir et blanc y gagne des fonds très clairs, des trames de poussière et des silhouettes découpées, les grandes compositions étant réservées aux ruptures. Le découpage, lu de droite à gauche, alterne cases larges et basses pour les vues de la ville et gros plans serrés sur les visages, où la caricature assumée des expressions coexiste avec une gravité que la série n'avait pas encore osée à ce point. Crocodile, souvent campé dans des postures presque fixes, tire sa menace de cette économie de mouvement, quand tout s'agite autour de lui.
Quant à la place du volume dans l'arc, elle est double. Il donne enfin au chef rebelle la vérité qui pourrait arrêter la révolte, et montre aussitôt que cette vérité ne suffit pas : à peine Koza a-t-il pris la parole qu'un coup de feu la couvre et que les armes repartent. Et il ouvre une porte que le tome ne refermera pas, celle du tombeau, où des pierres gravées parlent d'un passé effacé et où Miss All Sunday cesse d'être une adversaire pour devenir une énigme. Ce que la série avait jusqu'ici nommé de loin prend ici une forme concrète, et l'horizon annoncé au premier tome s'en trouve élargi d'un coup.
Notre verdictHope ! est l'un des tomes les mieux tenus de la seconde moitié d'Alabasta : dix chapitres sans temps mort, un montage en tresse qui fait tenir ensemble trois fronts, une solution de combat concrète et chèrement payée, et une séquence de révélation qui élargit brusquement le cadre du récit. Il faut accepter en échange qu'il ne conclue rien, qu'il laisse l'équipage à la périphérie et qu'il achète son suspense final par un retournement de plus. Pris pour ce qu'il est, la charnière d'un climax et non un récit autonome, il remplit son office avec une efficacité remarquable, et il laisse derrière lui une scène de tombeau dont la série n'a pas fini de tirer les conséquences.
Points forts
- Un montage en tresse qui tient trois fronts à la foisPalais royal, esplanade d'Alubarna, tombeau de la famille royale: Oda fait alterner trois lignes sans jamais perdre le lecteur, en calant ses coupes sur un compte à rebours commun. Un chapitre porte même une heure pour titre, 16 h 15. Le climax échappe ainsi au défaut habituel du genre, la succession mécanique de duels juxtaposés.
- Une solution de combat physique plutôt qu'une surenchère de pouvoirLa faille de l'homme de sable ne donne lieu à aucun long discours explicatif: elle tient dans un objet aussi trivial qu'un tonneau d'eau, employé en pleine bagarre, et n'achète que quelques secondes payées au prix fort. La série préfère ici la mécanique concrète au palier de puissance, ce qui rend le duel lisible coup par coup.
- La séquence du tombeau, où l'horizon de la série s'élargitEn menant Robin et le roi Cobra jusqu'au ponéglyphe du tombeau royal, Oda installe pour de bon une archéologie interdite, des pierres qui parlent d'un passé effacé, et transforme Miss All Sunday d'adversaire en énigme. Quelques planches suffisent à faire entendre que l'enjeu du récit dépasse de loin le trésor annoncé au premier tome.
Réserves
- Un volume strictement illisible seulLe tome commence au milieu de duels engagés deux volumes plus tôt et s'achève en plein suspens. Il suppose connus Baroque Works, l'identité de Vivi et l'origine du conflit; qui l'ouvrirait au hasard n'y verrait qu'une suite de combats sans enjeu lisible.
- L'équipage réduit à une fonction logistiqueLes duels des compagnons se sont réglés dans les tomes précédents: Zoro n'a plus droit ici qu'à une chute, et les autres se retrouvent affectés à la recherche de la bombe, souvent hors champ. Le volume se resserre presque entièrement sur Luffy, Crocodile et Robin, choix défendable en dramaturgie mais frustrant pour qui suit l'équipage au complet.
- Une exposition bavarde au cœur d'un tome d'actionLa séquence du tombeau passe par de longs pavés de texte et un vocabulaire neuf qui arrêtent net la mécanique de relance tenue depuis le premier chapitre. La scène est capitale pour la suite, mais son débit contraste durement avec le reste du volume, et une part de ce qu'elle avance restera opaque longtemps.
À qui s’adresse ce livre ?
Ce tome ne s'adresse pas à un nouveau lecteur : il suppose acquis l'itinéraire de l'équipage depuis son entrée sur Grand Line, l'identité de Vivi et la mécanique de Baroque Works, et il s'ouvre au beau milieu de duels commencés deux volumes plus tôt. Il comblera en revanche ceux qui suivent l'arc depuis son ouverture et attendaient que la confrontation avec Crocodile cesse d'être une impasse. C'est aussi un volume pour les lecteurs sensibles au versant politique du shonen, la manipulation d'un peuple, la parole d'un chef rebelle, l'impuissance d'un roi, et pour ceux que la mythologie de la série intéresse autant que ses combats, puisque la scène du tombeau y installe des questions qui occuperont la suite bien au-delà de cet arc.
Informations sur l’édition
L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.
Aucune édition référencée pour cette œuvre.
Sources et date de mise à jour
Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.