
De quoi parle ce livre ?
Hunter X Hunter, tome 37, de Yoshihiro Togashi (冨樫義博), paru au Japon chez Shueisha en novembre 2022, met fin à une longue interruption de la série (le tome 36 datait de 2018). Le volume s'inscrit dans l'arc de la Guerre de succession, rattaché à l'expédition vers le Continent Noir. L'intrigue se déroule à bord d'un immense navire, le Black Whale, qui quitte l'empire de Kakin. Quatorze princes de la famille royale s'y affrontent dans un rituel de succession mortel: chacun s'est vu attribuer, via un contrat de nen, une bête gardienne aux pouvoirs propres, dont certains tuent à l'insu de leur porteur. Kurapika, engagé comme garde du corps du quatorzième prince, Woble, et de la reine Oito, enseigne les bases du nen aux protecteurs des princes pour les maintenir en vie, tout en poursuivant sa quête des Yeux écarlates volés à son clan. Manœuvres politiques, alliances et trahisons entre factions rivales forment le cœur du récit, tandis que la Brigade fantôme et Hisoka voyagent aussi à bord, dans les ponts inférieurs. Le tome mêle enquête, stratégie et affrontements fondés sur les capacités de nen.
Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.
Que vaut ce livre ?
Hunter X Hunter, tome 37: le retour d'un labyrinthe
Difficile d'aborder ce tome 37 comme un volume de manga ordinaire. Paru au Japon en novembre 2022, après une interruption d'environ quatre ans, il marque le retour de Yoshihiro Togashi sur l'arc de la guerre de succession du royaume de Kakin, l'un des récits les plus denses et les plus retors jamais sérialisés dans un magazine de shonen. Ce qui mérite l'analyse ici, ce n'est pas un épisode autonome et refermable, mais un fragment (les chapitres 381 à 390) d'une vaste machine narrative à tiroirs, où des dizaines de personnages manœuvrent en même temps sur un même paquebot. L'angle le plus stimulant tient à cette tension: un feuilleton d'une ambition formelle presque romanesque, livré dans un état de finition volontairement brut, comme si l'auteur donnait à lire ses plans de travail autant que son œuvre achevée.
Sur le plan de la construction, Togashi pousse à l'extrême une logique chorale héritée des grands romans d'intrigue. Le huis clos du Black Whale, le paquebot géant qui met le cap sur le Continent Obscur, enferme dans un même vaisseau les quatorze princes de Kakin, leurs gardes du corps, la communauté mafieuse, les membres de l'Association des Hunters et la Brigade fantôme. Le navire lui-même est pensé comme une maquette sociale: ses ponts étagés séparent les familles royales des passagers modestes et des clandestins entassés dans les cales, si bien que la géographie du bateau redouble le sujet politique de la succession. Chaque prince se voit imposer, par un pacte de Nen, une bête-gardienne dont les règles se dévoilent au compte-gouttes. Le volume fonctionne alors moins comme une série de combats que comme une partie d'échecs à information cachée, où le danger vient de ce que l'on ignore encore. Le découpage éclate en foyers d'intrigue parallèles: les leçons de Nen que Kurapika dispense aux gardes du prince cadet, le nourrisson Woble, les manœuvres de la Brigade dans les ponts inférieurs, les calculs des familles mafieuses et des assassins rivaux, les tractations des princes adultes. Le style graphique assume une nudité déconcertante: crayonnés à peine encrés, arrière-plans souvent absents, et de longues pages où le texte (notes, règles, monologues intérieurs, organigrammes) prend le pas sur l'image. On est parfois plus proche du roman annoté ou du document stratégique que de la bande dessinée classique, choix radical qui divise autant qu'il fascine. Thématiquement, l'arc creuse ce qui hante la série depuis ses débuts: la mécanique du pouvoir et de sa transmission, le prix de la vengeance chez Kurapika toujours obsédé par le sort de son clan, la violence pensée comme système et non comme duel loyal, et l'information érigée en arme décisive. La mort peut frapper hors-champ, déclenchée par une règle mal comprise, ce qui installe une angoisse froide, très éloignée de l'héroïsme frontal du shonen d'aventure. C'est une écriture de l'attente et de la préparation, où chaque page déplace une pièce sur un plateau que le lecteur n'embrasse jamais tout entier.
Notre verdictLe tome 37 n'est pas une porte d'entrée, c'est une récompense pour lecteurs fidèles. On y retrouve un Togashi au sommet de son intelligence de construction, capable de tenir un échiquier à dizaines de pièces sans jamais le simplifier, mais aussi un auteur qui a renoncé à séduire par le confort. Le volume vaut pour sa densité, son suspense froid et sa maturité politique, rare dans le genre. Il frustre par son inachèvement, sa lisibilité exigeante et un dessin par endroits réduit à l'ébauche. À prendre pour ce qu'il est: le chapitre d'une cathédrale encore en chantier, magnifique et incertaine, dont la valeur dépendra beaucoup de la suite qu'on voudra bien lui donner.
Points forts
- Une architecture vertigineuseTogashi orchestre en même temps une dizaine de lignes narratives (princes, gardes, Brigade fantôme, familles mafieuses, Association des Hunters) sans jamais perdre la cohérence de l'ensemble. Peu d'auteurs de bande dessinée osent une telle densité de personnages et de calculs parallèles, tenue avec une rigueur d'horloger.
- Le suspense par les règlesEn transformant les capacités de Nen en un jeu à information cachée, l'auteur crée une tension plus cérébrale que physique. La menace naît de ce que l'on ne comprend pas encore, et la mort peut surgir d'une règle mal interprétée, ce qui renouvelle en profondeur la grammaire du combat de shonen.
- Une maturité politique rareL'arc traite la succession, la manipulation et la violence d'État avec une noirceur et une ambiguïté morale peu communes dans le genre, plus proches du thriller adulte que du récit d'aventure destiné aux adolescents.
- Un décor porteur de sensLe paquebot n'est pas un simple théâtre d'action: ses ponts hiérarchisés, du faste royal aux cales bondées de clandestins, font du navire une maquette de société où la lutte pour le trône trouve un écho dans l'espace. Le lieu prolonge le propos et donne à l'arc une réelle épaisseur romanesque.
Réserves
- Aucune porte d'entréeLe volume reste illisible pour qui n'a pas suivi la série: il tient pour acquis un immense contexte, une galerie foisonnante de personnages et un système de pouvoirs complexe. Pris isolément, il ressemble à un chapitre arraché au milieu d'un roman-fleuve.
- Un dessin à l'état d'ébauchePar endroits, les planches se réduisent à des crayonnés à peine encrés, aux arrière-plans absents. Ce parti pris, lié au contexte de production et aux problèmes de santé de l'auteur, pourra décevoir qui attend la virtuosité graphique des premiers tomes.
- Une densité éprouvanteLes longues pages de texte, de règles et de monologues intérieurs ralentissent considérablement la lecture. L'immersion se mérite, et l'équilibre entre bande dessinée et document stratégique penche parfois trop nettement vers le second.
- Un fragment suspenduLe tome n'offre aucune résolution et s'inscrit dans une série au rythme de parution incertain. On referme le livre sur des fils laissés en tension, sans garantie de les voir aboutir à court terme.
À qui s’adresse ce livre ?
Ce volume s'adresse d'abord aux lecteurs qui suivent Hunter X Hunter depuis longtemps et qui acceptent son virage vers l'intrigue politique et stratégique. Il comblera les amateurs de récits choraux exigeants, proches du roman d'espionnage ou du jeu de pouvoir à la Game of Thrones, où l'information et les règles pèsent davantage que les affrontements. En revanche, il demeure inaccessible au nouveau venu: sans la mémoire des tomes précédents et sans une bonne maîtrise du système de Nen, la lecture tourne au labyrinthe de noms et de capacités. On le déconseillera aussi à qui recherche l'énergie et la clarté du shonen d'action classique, ou un dessin abouti et spectaculaire. C'est un livre pour lecteur patient, presque annotateur, prêt à revenir en arrière pour reconstituer lui-même la carte des alliances.
Informations sur l’édition
L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.
| Édition | Éditeur | Parution | Format | ISBN | Disponibilité |
|---|---|---|---|---|---|
| Hunter X Hunter - Tome 37脱出 | Kana | Relié · 208 p. · Français | 978-2-505-08503-4 | Non renseigné |
Sources et date de mise à jour
Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.