
I"s T01
- AuteurMasakazu Katsura
- Première publication
- 1997
- Éditions référencées
- 1
- Genres
- MangaBande dessinéeRoman
De quoi parle ce livre ?
"I"s" est une serie de manga de Masakazu Katsura, prepubliee dans le Weekly Shonen Jump a partir de 1997. Le premier tome installe le cadre lyceen et romantique de la serie. Le protagoniste, Ichitaka Seto, un lyceen timide, est secretement amoureux de sa camarade de classe Iori Yoshizuki, qui reve de devenir idole. Trop hesitant, il n'ose pas lui avouer ses sentiments et se laisse paralyser par ses doutes et ses interpretations erronees des reactions d'Iori. Une occasion se presente lorsqu'ils sont designes ensemble au comite d'organisation de la fete de leur lycee, ce qui les rapproche. Ce debut de serie introduit aussi Itsuki Akiba, une amie d'enfance de retour des Etats-Unis, dont la reapparition brouille les sentiments d'Ichitaka. Le titre renvoie aux prenoms des personnages, tous commencant par la lettre I. L'ouvrage pose les bases d'une comedie romantique adolescente centree sur la timidite, le desir naissant et les maladresses du premier amour.
Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.
Que vaut ce livre ?
«I"s», tome 1 : la timidité amoureuse selon Katsura
Publié à partir de 1997 dans le Weekly Shonen Jump, «I"s» marque un tournant dans la carrière de Masakazu Katsura, jusqu'alors identifié à ses comédies fantastiques (Video Girl Ai, DNA²). Avec ce premier tome, l'auteur renonce au surnaturel au profit d'une romance lycéenne strictement réaliste, entièrement portée par le regard intérieur d'un garçon que le désir paralyse. Le titre lui-même, énigmatique, condense le projet : ce «I» au pluriel renvoie aux prénoms des protagonistes (Ichitaka, Iori, Itsuki) tout en jouant sur l'homophonie avec «eyes» et avec «ai» (l'amour, en japonais), le récit reposant tout entier sur ce que l'on regarde et ce que l'on n'ose pas dire. L'angle qui mérite l'analyse tient dans ce pari : peut-on tenir un récit sur la seule mécanique de la timidité, sans monstre ni magie, sans autre enjeu qu'oser adresser la parole à celle qu'on aime ? Ce volume inaugural pose les fondations de l'une des séries sentimentales les plus influentes de la fin des années 1990.
La construction du tome repose sur un dispositif simple et redoutablement efficace : rapprocher de force deux êtres que tout, dans la tête du héros, sépare. Ichitaka Seto, lycéen de seize ans, aime en secret sa camarade Iori Yoshizuki depuis leur entrée en classe, mais s'est convaincu qu'elle lui est inaccessible, forcément déjà prise, qu'il imagine promise à une carrière sous les projecteurs. Katsura les enferme ensemble dans le comité d'organisation de la fête de l'école, prétexte narratif commode qui multiplie les occasions de proximité, les frôlements et les malentendus. Tout le volume tient dans cette tension : chaque geste, chaque parole d'Iori se trouve soumis au décryptage anxieux d'Ichitaka, dont le monologue intérieur occupe une place démesurée, presque envahissante. Le lecteur n'accède quasiment jamais aux pensées de la jeune fille, ce qui installe une subjectivité totale et un comique de la surinterprétation : le héros bâtit des scénarios entiers sur un sourire, puis les démolit à la réplique suivante.
Le style graphique constitue l'atout le plus immédiatement frappant. Katsura possède l'un des traits les plus précis de sa génération, avec un rendu quasi photographique des visages, un sens aigu du découpage et une mise en scène héritée du cinéma, alternant gros plans expressifs et cadres plus larges. Cette virtuosité sert le propos, puisque le désir passe ici d'abord par le regard, mais elle bascule régulièrement dans le fanservice appuyé : cadrages insistants sur les corps féminins, situations de déshabillage, poses suggestives qui relèvent d'une grammaire déjà éprouvée dans Video Girl Ai. L'arrivée d'Itsuki Akiba, amie d'enfance rentrée des États-Unis, amorce en fin de volume le triangle amoureux appelé à structurer toute la suite.
Sur le plan thématique, le tome creuse l'écart entre le fantasme et le réel, la peur du rejet, l'éveil sexuel adolescent et l'impossible traduction d'un sentiment en acte. Katsura refuse l'idéalisation : son héros est velléitaire, jaloux, parfois mesquin, et le récit ne récompense jamais sa passivité, préférant en faire le moteur d'un malaise immédiatement reconnaissable par quiconque a eu quinze ans. La romance s'y donne moins comme un conte que comme une chronique de l'embarras, où le principal obstacle n'est ni un rival ni une circonstance, mais le personnage lui-même.
Notre verdict«I"s» tome 1 est un lever de rideau maîtrisé mais inégal. Katsura y réussit ce qu'il vise : donner corps, avec une précision graphique remarquable, à la timidité amoureuse dans ce qu'elle a de plus embarrassant. La sincérité du malaise adolescent, portée par un monologue intérieur omniprésent, fait mouche et explique la longévité de la série. Reste que ce volume pâtit de ses partis pris : un fanservice trop systématique qui parasite l'émotion, un héros dont l'inaction tourne à vide et une héroïne réduite au regard qu'on porte sur elle. Une mise en place solide, plus prometteuse qu'aboutie, qui vaut surtout pour son trait et la finesse de son observation sentimentale. Une porte d'entrée recommandable dans l'œuvre réaliste de Katsura, à condition d'en accepter les tics d'époque.
Points forts
- Une maîtrise graphique remarquableLe dessin de Katsura, d'un réalisme presque photographique dans les visages comme dans les silhouettes, hausse le manga sentimental à un niveau de finition alors rare dans le Weekly Shonen Jump. Le découpage, très cinématographique, et la lisibilité des expressions portent une part essentielle de l'émotion, souvent plus efficacement que les dialogues eux-mêmes.
- La justesse de la timiditéLa paralysie d'Ichitaka, sa manie de surinterpréter le moindre signe, son oscillation permanente entre espoir et autodestruction sonnent d'une vérité psychologique remarquable. Le monologue intérieur, envahissant, épouse fidèlement la logique tordue de l'adolescent amoureux et transforme l'inaction en matière romanesque.
- Un basculement réaliste assuméEn renonçant au surnaturel qui faisait sa marque, Katsura ancre sa romance dans un quotidien lycéen concret (comité de fête, salle de classe, rumeurs de couloir). Le récit gagne en crédibilité ce qu'il perd en fantaisie et pose, pour le shonen sentimental, un modèle promis à une large descendance.
Réserves
- Un fanservice envahissantLa qualité du trait sert trop souvent une érotisation systématique des personnages féminins: cadrages appuyés, scènes de déshabillage répétées, poses étudiées. Ce regard masculin insistant finit par fatiguer et affaiblit, par moments, la sincérité même du propos amoureux.
- Un héros par instants exaspérantFidèle au réel, la passivité d'Ichitaka confine dans ce premier tome à l'immobilisme narratif. Le lecteur peut se lasser d'un protagoniste qui tourne en rond sans jamais agir, d'autant que la progression dramatique reste très ténue à ce stade de la série.
- Une héroïne en creuxIori n'existe presque que par le regard et les projections d'Ichitaka. Réduite à un objet de désir et de spéculation, elle manque cruellement d'intériorité propre dans ce volume, ce qui déséquilibre la relation censée fonder tout le récit.
À qui s’adresse ce livre ?
Ce premier tome s'adresse d'abord aux lecteurs de romance adolescente et de comédie sentimentale, en particulier aux amateurs de shonen des années 1990, qui y retrouveront l'esthétique et le ton d'une époque. Les admirateurs du dessin de Katsura, connu pour Video Girl Ai et DNA², y découvriront son trait à maturité. C'est aussi une lecture pertinente pour qui s'intéresse à l'histoire du manga romantique grand public, «I"s» étant un jalon régulièrement cité. En revanche, le fanservice appuyé et la mise en scène très masculine du désir peuvent rebuter les lecteurs sensibles à ces questions, tandis que l'absence d'enjeu spectaculaire décevra les amateurs d'action ou de fantastique. Public conseillé : grand adolescent et adulte, averti du versant ecchi de l'œuvre.
Informations sur l’édition
L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.
| Édition | Éditeur | Parution | Format | ISBN | Disponibilité |
|---|---|---|---|---|---|
| I"s T01 | DELCOURT | Broché · 184 p. · Français | 978-2-84580-005-2 | Non renseigné |
Sources et date de mise à jour
Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.