De quoi parle ce livre ?
Quatre-vingt-septième tome d'une série au long cours, ce volume rassemble les chapitres 870 à 879, prépubliés au fil des semaines dans le Weekly Shonen Jump, et couvre la phase de fuite de l'arc de l'île Tougato. Il s'ouvre en pleine évasion : l'alliance venue arracher Sanji au mariage arrangé par Big Mom doit encore quitter un territoire entièrement acquis à l'impératrice, et l'effondrement du château de Whole Cake lui ouvre une brèche. Reprise par ses troubles d'appétit et par une envie de gâteau de mariage, Big Mom se lance à la poursuite du groupe de Luffy ; Nami retourne Zeus contre sa maîtresse et fait tomber sur elle une colonne de foudre. Pudding et Chiffon entreprennent de refaire le gâteau et demandent à Sanji de les accompagner sur l'île Cacao. Sur le Thousand Sunny, envahi par les hommes de l'impératrice, Chopper et Brook sont maîtrisés par Slurp, tandis que Pedro se sacrifie en se faisant exploser avec ce fils aîné de Big Mom pour libérer le navire. Le tome emprunte son titre au chapitre de cette mort et s'achève dans le monde des miroirs, où Luffy engage un duel contre Dent-de-chien, général sucré de l'équipage de Big Mom.
Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.
Que vaut ce livre ?
Le sucre n'adoucit rien
Ce quatre-vingt-septième volume ne contient ni le grand affrontement attendu de l'arc ni sa résolution, mais tout ce qui les sépare. Eiichirō Oda y orchestre une fuite sur dix chapitres, exercice plus délicat qu'il n'y paraît : il faut tenir la tension alors que l'objectif se réduit à sortir du cadre, et faire sentir qu'un territoire se traverse au prix fort. Le tome emprunte son titre à son chapitre le plus dur, dont l'intitulé japonais signifie littéralement « ce n'est pas sucré » : dans un pays entièrement fait de pâtisseries, la formule vaut avertissement, et le choix de Glénat, Impitoyable, ne la trahit pas.
Le découpage obéit à une logique de tresse. Oda entrelace trois fils : la course-poursuite, où Big Mom talonne le groupe de Luffy à travers la forêt de la tentation que Prométhée incendie derrière eux ; la manœuvre pâtissière de Pudding et Chiffon, qui fait du gâteau une arme plutôt qu'un décor ; et la bataille du Thousand Sunny, où quelques membres d'équipage doivent tenir un navire investi par l'ennemi. Le passage d'un fil à l'autre se fait presque toujours sur une image de suspension, héritage de la prépublication hebdomadaire ; en tome relié, l'effet produit une compression bienvenue, puisqu'on lit d'une traite ce qui fut à l'origine dix attentes successives.
Le moteur du volume tient dans une seule trouvaille, la faim de Big Mom, ici déclenchée par le mensonge d'un de ses propres fils, Slurp, qui détourne la crise de sa mère vers l'équipage au chapeau de paille : la traque n'a même pas la dignité d'une vengeance. Oda transforme une poursuite ordinaire en catastrophe naturelle, ce qui règle le problème de vraisemblance que pose toute fuite devant un adversaire hors de portée, puisqu'on n'affronte pas un orage, on l'esquive. Le noir et blanc en tire le meilleur parti : la silhouette de l'impératrice, traitée en masses très denses, écrase les trames claires des fuyards et des frondaisons.
Côté dessin, le volume alterne deux régimes. Le premier, foisonnant, accumule décors comestibles, homies et figures secondaires par dizaines, jusqu'à la saturation de la planche. Le second resserre la case sur les visages, vide le fond et laisse le noir gagner la surface. La bascule du tome appartient à ce second régime, lorsque Pedro se fait sauter avec Slurp pour dégager le Thousand Sunny et qu'Oda coupe net la mécanique du divertissement. Le récit n'accorde ensuite qu'une respiration au chagrin de l'équipage : Slurp a survécu à l'explosion, ses pouvoirs remettent l'impératrice sur la piste, et l'émotion se joue en quelques cases entre deux menaces. Cette avarice vaut mieux qu'une page d'adieu.
Dramaturgiquement, le tome assume sa fonction de charnière. Il liquide la séquence du château, redistribue les personnages sur trois théâtres, ouvre le chantier de l'île Cacao et lance, dans ses derniers chapitres, un duel dans le monde des miroirs où Luffy se trouve d'emblée nettement dominé. Un tome de série longue s'achève rarement sur un rapport de force aussi défavorable à son héros : le contrat du tankobon est rempli, et le lecteur le referme sur une inquiétude franche.
Notre verdictUn tome charnière mieux tenu que la moyenne, qui trouve sa raison d'être dans un geste unique dont le récit ne se relève pas tout à fait. Oda y démontre sa maîtrise du relais narratif, transforme une adversaire écrasante en phénomène naturel et fait cohabiter le comique et le désastre sans que l'un annule l'autre. Les réserves tiennent presque toutes à la nature de l'objet : ce tankobon commence en cours de route, sa distribution surchargée dilue plusieurs adversaires, et l'une de ses lignes reste en attente. Jugé pour ce qu'il est, une fraction de récit dans un arc de longue haleine, il remplit son contrat avec netteté et laisse le lecteur au plus mauvais endroit possible, au milieu d'un duel où son héros est nettement dominé.
Points forts
- Une fuite tenue sur dix chapitresFaire durer une évasion sans qu'elle s'enlise est un vrai problème d'écriture. Oda le résout en fragmentant l'action sur trois théâtres et en changeant de registre à chaque relais, si bien que l'intérêt repart au moment précis où le fil précédent commençait à tourner à vide. Le volume se lit d'un trait, ce qui n'allait pas de soi pour un segment dont l'unique enjeu est de sortir du cadre.
- Une menace réduite à un appétitEn liant la poursuite aux troubles d'appétit de Big Mom, et en la faisant déclencher par le mensonge d'un de ses fils, Oda dispense l'alliance d'un affrontement impossible à gagner et se donne une adversaire au comportement erratique, donc imprévisible. Le comique d'une souveraine réclamant son gâteau de mariage ne désamorce jamais la terreur qu'elle inspire: les deux registres cohabitent dans la même case.
- Une mort qui coupe net l'élan burlesqueLe tome emprunte son nom au chapitre où Pedro se sacrifie pour libérer le Thousand Sunny, et l'effet est calculé: après des dizaines de planches de cavalcade comique, la température change en deux pages, sur un geste sans retour. Oda refuse ensuite de suspendre le danger, puisque la traque reprend presque aussitôt. Cette retenue donne rétrospectivement du poids à toute la course qui précède.
- Un noir et blanc qui module sa densitéLe foisonnement des décors comestibles et de la nombreuse famille Charlotte alterne avec des planches soudain vides, où le noir seul occupe le fond. Cette respiration graphique guide la lecture bien plus efficacement qu'un découpage uniforme et signale au lecteur, sans un mot, quand il faut ralentir.
Réserves
- Une fraction de récit prise en cours de routeLe tome commence en pleine évasion, à un moment que rien ne réexplique, et s'arrête au milieu d'un duel dont l'issue appartient aux volumes suivants. Lu isolément, il n'offre aucune unité: c'est la règle du tankobon dans une série au long cours, mais mieux vaut n'y entrer qu'après les tomes qui engagent l'arc de l'île Tougato.
- Une famille trop nombreuse pour existerLes enfants de Big Mom se comptent par dizaines et se réduisent souvent à une confiserie transformée en pouvoir. Plusieurs traversent ce volume comme de simples obstacles, nommés puis écartés en quelques cases, et leur poids réel ne se mesure qu'au regard des tomes précédents. Le lecteur qui ne suit pas la série de très près perd vite le fil de qui est qui.
- La ligne Pudding et Chiffon reste une promesseFaire du gâteau de mariage une solution militaire est une bonne idée dramaturgique, mais elle n'occupe ici que quelques chapitres de préparatifs et de négociation. L'intrigue se met en place sans rien produire de décisif, et l'ambivalence de Pudding envers Sanji, joliment traitée, tourne pour l'instant sur elle-même.
À qui s’adresse ce livre ?
Ce tome s'adresse aux lecteurs qui suivent la série et abordent l'arc de l'île Tougato dans la continuité : il n'a aucune valeur d'entrée et perdrait quiconque tenterait d'y commencer One Piece. Aux amateurs de shonen d'action au long cours, il offre une démonstration nette de ce que le format autorise, tresser trois lignes narratives sur dix chapitres puis faire basculer le ton en deux pages. Ceux qui s'attachent aux personnages secondaires y trouveront la séquence la plus forte du volume. Ceux qui attendent un affrontement de premier plan patienteront jusqu'aux derniers chapitres, où s'engage un duel qui ne se dénouera pas ici. Quant aux lecteurs venus de l'animé, ils retrouveront ces événements dans un montage autrement plus serré que celui de l'adaptation.
Informations sur l’édition
L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.
Aucune édition référencée pour cette œuvre.
Sources et date de mise à jour
Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.