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MangaLangue d’origine : Japonais

Instinct

Première publication
2003
Éditions référencées
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De quoi parle ce livre ?

Quatorzième tome de One Piece, Instinct rassemble les chapitres 118 à 126 et occupe le cœur de l'arc Little Garden, deuxième île abordée par l'équipage au Chapeau de Paille sur Grand Line, au long de la traversée qui doit le mener jusqu'à Alabasta. Le volume s'ouvre sur les suites d'un tonneau de rhum piégé : blessé par l'explosion, le géant Dorry se jette sur Luffy, qui doit l'affronter. Car l'île n'est pas déserte. Mr 3 et Miss Goldenweek s'y trouvent déjà, bientôt rejoints par Mr 5 et Miss Valentine, décidés à capturer les deux géants et à mettre la main sur Vivi. Le duel que Dorry et Broggy rejouent chaque jour depuis un siècle est faussé, Broggy tombe à son tour dans un traquenard, et Vivi, Zoro et Nami se retrouvent scellés dans une pièce montée de cire censée les changer en statues. Restés libres, Luffy, Usopp et Kaloo se lancent à la rescousse : le premier retourne contre son propriétaire le pouvoir du ciro-fruit, les seconds tiennent tête à Mr 5 et Miss Valentine, tandis que le Colors Trap de Miss Goldenweek vient encore compliquer la donne. Un tome de piège et de sauvetage, tenu de bout en bout par la cire qui durcit.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

4/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Pris dans la cire : un tome de siège, et Usopp en première ligne

Paru chez Glénat le 21 janvier 2003, Instinct est le quatorzième tome de One Piece et le deuxième volet de l'arc Little Garden. C'est un volume de resserrement : il n'ouvre rien, il referme. Là où le précédent déployait un décor spectaculaire, île préhistorique, faune disparue, géants centenaires, celui-ci retourne ce décor en piège et scelle une partie de l'équipage dans un bloc de cire. Neuf chapitres, une seule menace, une échéance qui approche : Eiichirō Oda s'en tient ici à la mécanique la plus élémentaire de la prépublication hebdomadaire, le sauvetage contre la montre. Encore faut-il voir ce qu'il en tire, et ce que ce resserrement coûte au reste du volume.

Tout le tome tient dans une seule situation, sans ellipse ni changement de décor : c'est sa force et sa limite. Le volume précédent avait fait de Little Garden un émerveillement, île préhistorique, faune disparue, deux géants qui rejouent chaque jour un duel commencé cent ans plus tôt. Instinct retourne ce décor comme un gant. Le prodige devient dispositif, et le dispositif se referme : un tonneau piégé, un duel faussé, une pièce montée de cire où trois membres de l'équipage attendent de durcir. Oda ne quitte plus l'île avant la dernière planche.

Le choix de l'adversaire commande tout. Mr 3 n'est pas un cogneur, c'est un fabricant. Son pouvoir produit des formes, des socles, des bougies, des statues : il met littéralement ses ennemis en scène avant de les figer. Face à un tel personnage, le combat cesse d'être une escalade de coups pour devenir un problème à résoudre, et Luffy le résout en s'appropriant le matériau de l'autre plutôt qu'en frappant plus fort. C'est l'un des rares affrontements de cette période où la victoire vient d'une idée. Miss Goldenweek tire le même fil dans un registre inverse : son Colors Trap est un gag de peinture aux effets parfaitement sérieux, et Oda tient les deux tons sans que l'un annule l'autre.

Le morceau le plus mémorable n'est pourtant pas un combat. Pris dans la cire qui monte, les captifs en viennent à envisager de se trancher un membre pour s'en arracher. La scène dure, elle est traitée au premier degré, et elle fait entrer dans la série une idée que le corps élastique de Luffy avait jusque-là tenue à distance : celle d'un corps qui se paie. Sur ce point, Instinct est plus âpre que tout ce qui précède.

Reste la question de la place. Ce quatorzième tome ne conclut rien, il tient une position. Il pousse au premier plan Usopp et Kaloo, c'est-à-dire les deux membres de l'expédition qui n'ont aucune raison d'y survivre, et fait de leur entêtement le vrai sujet du volume, celui que le chapitre final résume d'un mot. Graphiquement, Oda affronte un matériau ingrat pour le noir et blanc : la cire n'a ni texture ni couleur, elle n'existe que par des réserves de blanc et quelques traits de reflet, et le dessinateur compense par l'échelle, en glissant des silhouettes de géants derrière des personnages de taille humaine. Le découpage, lui, obéit à la prépublication hebdomadaire dans le Weekly Shonen Jump : une vingtaine de pages, une relance à la fin de chacune, des titres de chapitres qui fonctionnent comme des chutes. On lit vite, parfois trop, et on referme le tome en plein mouvement.

Notre verdictInstinct est un tome de milieu d'arc qui assume pleinement ce statut : il ne lance rien, ne conclut rien, et consacre ses neuf chapitres à faire tenir une seule situation. Ce parti pris lui vaut ses meilleures pages, l'unité de lieu, le combat conçu comme un problème, la séquence de la cire où le corps se met soudain à peser, et lui coûte ses moins bonnes, quelques piétinements et des adversaires de complément qui n'existent guère. Reste un volume plus âpre et plus inventif que la moyenne de cette première traversée de Grand Line, porté par le déplacement du projecteur vers ceux qui n'ont pas les moyens de gagner. À lire avec le tome suivant à portée de main, faute de quoi on reste, comme les personnages, pris dans la cire.

Points forts

  • Une unité de lieu qui ne se relâche jamaisNeuf chapitres, une île, une seule menace. Le volume s'interdit l'ellipse comme les échappées vers d'autres fils: on ne quitte pas les personnages, et la tension monte par simple accumulation. Peu de tomes de cette période sont aussi tenus.
  • Un adversaire dont le pouvoir dessine la forme du combatMr 3 fabrique au lieu de frapper. Son ciro-fruit impose un affrontement de nature technique, où l'on gagne en détournant le matériau adverse plutôt qu'en cognant plus fort. C'est une des rares victoires de Luffy qui repose sur une idée, et le contraste avec le géant affronté en ouverture n'en est que plus net.
  • Une cruauté que le shonen s'autorise rarementPris dans la cire, les captifs envisagent sérieusement de se mutiler pour s'en extraire. Oda ne désamorce pas, ne coupe pas, ne bascule pas dans le gag: il laisse la scène s'installer. C'est le moment où le corps commence à coûter quelque chose dans One Piece.
  • Usopp et Kaloo promus à la ligne de frontLe volume confie ses pages d'action aux deux figures les moins armées de l'expédition, un tireur qui fuit et un canard. Ce déplacement du projecteur, plus que les combats eux-mêmes, donne au tome son titre et sa couleur: ce qui se joue là relève moins de la puissance que de l'obstination.

Réserves

  • Un tome qui ne se referme pasInstinct s'arrête sur une poursuite dans la forêt, sans résolution ni respiration finale. Lu isolément, il n'existe pas: c'est un tronçon, à prendre avec le précédent et le suivant à portée de main. Le prix d'un arc découpé pour l'hebdomadaire.
  • Des passages qui piétinentConcentrer neuf chapitres sur un même piège produit aussi des redites: Mr 3 commente longuement son dispositif, la pièce montée occupe beaucoup de planches, et certaines relances de fin de chapitre servent surtout à tenir jusqu'à la semaine suivante.
  • Des comparses interchangeablesMr 5 et Miss Valentine restent ce qu'ils étaient jusqu'ici, deux pouvoirs et une silhouette. La numérotation de Baroque Works est un gag efficace, mais elle dispense un peu vite ces seconds couteaux d'exister autrement que par leur fruit du démon.
  • Les géants relégués au second planLe duel centenaire, ressort émotionnel de l'escale, se retrouve réduit à un rouage du piège une fois celui-ci refermé. Le volume reprend la main sur l'équipage et laisse en suspens ce que cette île avait de plus singulier.

À qui s’adresse ce livre ?

Ce tome s'adresse d'abord aux lecteurs déjà engagés dans la série, qui la suivent volume après volume et disposent du tome 13 comme du tome 15 : ce n'est en aucun cas une porte d'entrée, et l'ouvrir à froid revient à tomber au milieu d'une phrase. Il conviendra particulièrement à ceux qui préfèrent, aux montées en puissance frontales, les affrontements construits comme des problèmes, où le pouvoir adverse impose ses règles. Ceux qui aiment voir la série s'attacher à ses personnages les plus fragiles y trouveront l'un de leurs meilleurs moments. On gardera en tête que le volume comporte une séquence de mutilation envisagée, traitée sans détour : rien d'insoutenable dans un noir et blanc aussi stylisé, mais de quoi surprendre un très jeune lecteur. Édition Glénat, tome relié en noir et blanc, sens de lecture japonais de droite à gauche.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Aucune édition référencée pour cette œuvre.

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.