Le fil littéraireParutions, entretiens, critiques et patrimoineRecevoir l’essentiel
Rechercher
Couverture de Inu-Yasha, tome 5

Manga

Inu-Yasha, tome 5

Première publication
1998
Éditions référencées
1

Que vaut ce livre ?

3,5/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Inu-Yasha, tome 5: la nuit sans lune et la résurrection de Kikyo

Cinquième volume d'une série au long cours, ce tome occupe une position charnière que son emballage d'aventure fantastique dissimule mal. Sous couvert d'un affrontement contre des démons secondaires (les Têtes d'araignée), Rumiko Takahashi y grave deux des règles les plus durables de tout Inu-Yasha: la vulnérabilité secrète du demi-démon les nuits de nouvelle lune, et surtout le retour de la prêtresse Kikyo, exhumée et réanimée par la sorcière Urasue. L'intérêt du volume tient à cette mécanique: dans le moule répétitif du monstre de la semaine, l'autrice glisse deux basculements qui vont redéfinir l'enjeu affectif de l'oeuvre entière, et transformer une chasse aux éclats en tragédie amoureuse.

La construction du volume est franchement bipartite, et cette césure est plus qu'un hasard de découpage: elle oppose deux régimes narratifs. La première moitié, adossée à l'arc des Têtes d'araignée, fonctionne comme un mécanisme d'exposition déguisé en péril. Inuyasha, moitié humain moitié démon, perd ses pouvoirs à la nouvelle lune et redevient un homme ordinaire, cheveux noirs, sans griffes ni crocs. Takahashi n'énonce jamais cette règle par un discours: elle la met à l'épreuve du danger, au pire moment, si bien que l'information passe par la tension et non par la leçon. La seconde moitié, l'arc d'Urasue, change de densité: la sorcière dérobe les cendres et les ossements de Kikyo pour façonner un corps d'argile, puis l'anime en lui transférant l'âme de Kagome, sa réincarnation. De ce vol naît l'une des meilleures idées de la série: une rivale qui est à la fois la morte aimée et le double vivant de l'héroïne.

Le style porte la marque d'une feuilletoniste chevronnée. Le trait est net, lisible, économe, et chaque chapitre se referme sur un point de suspension qui relance la lecture. Takahashi excelle surtout dans le contraste des registres: le gag récurrent du collier de soumission (le fameux couché qui plaque le héros au sol), les colères d'Inuyasha et les pitreries de Shippo cohabitent avec des pages soudain graves, où la beauté funèbre de la Kikyo ressuscitée fige le comique. Cette bascule tonale, réglée au millimètre, est la signature de l'autrice depuis Maison Ikkoku et Ranma. Elle sert ici un dessein précis: le rire désamorce, puis la mort revient, et le lecteur, décontenancé, ressent d'autant plus le froid qui monte des dernières pages.

Les thèmes qui affleurent irriguent toute l'oeuvre. L'hybridité d'abord: le demi-démon, coincé entre deux mondes, voit sa marginalité littéralisée par cette nuit mensuelle où il n'est plus qu'un homme exposé, ni craint ni protégé. La réincarnation ensuite, qui pose une question d'identité vertigineuse: une seule âme pour deux corps, Kagome héritant malgré elle du chagrin d'une autre et se retrouvant, le temps de l'arc, réduite à une enveloppe que l'on vide. La mort enfin, pensée comme un retour contre nature: Kikyo ne revient pas intacte mais en simulacre d'argile, habitée par une âme empruntée et par la rancune, persuadée d'avoir été trahie. Cette haine installe le ressort tragique qui hantera les protagonistes bien au-delà de ce tome, et fait de l'amour, chez Takahashi, moins un refuge qu'une blessure ouverte.

Notre verdictLoin d'être un simple volume de transition, ce cinquième tome compte parmi les plus décisifs du premier tiers d'Inu-Yasha. Son premier arc, oubliable, ne doit pas masquer l'essentiel: le retour de Kikyo installe pour de bon la dimension tragique du récit et donne au triangle amoureux une profondeur inattendue. On regrette qu'il ne se suffise pas à lui-même, que le schéma épisodique montre ici ses coutures et que l'héroïne s'efface un temps derrière sa rivale, mais l'invention de la morte-vivante et la maîtrise du ton en font une étape que tout lecteur de la série gagnera à traverser attentivement. Une belle réussite d'artisane, à lire dans la continuité.

Points forts

  • Deux fondations en un seul tomeSous des dehors d'épisode mineur, le volume pose la règle de la nouvelle lune et réanime Kikyo, deux mécaniques qui structureront des dizaines de tomes à venir. Rares sont les volumes intermédiaires aussi rentables sur le plan narratif: presque rien n'y est décoratif, tout prépare la suite.
  • Une rivale inoubliableEn ramenant Kikyo sous forme de morte-vivante animée par l'âme volée à Kagome, Takahashi transforme un triangle amoureux banal en un noeud tragique où l'héroïne affronte, littéralement, la femme qu'elle réincarne. L'idée est aussi belle que cruelle, et elle contamine durablement le reste de la série.
  • Le dosage comédie et gravitéLe passage constant du burlesque (le couché, Shippo) au registre funèbre n'affaiblit ni l'un ni l'autre. Cette élasticité de ton, tenue de bout en bout, reste la grande force de l'autrice: elle fait respirer le drame sans jamais l'annuler.

Réserves

  • Pas une porte d'entréeVolume du milieu de série, il suppose acquis les tomes précédents (le puits, les éclats du Shikon, Sesshomaru). Pris isolément, il reste opaque pour un néophyte et ne raconte aucune histoire réellement autonome.
  • Un premier arc dispensableLes Têtes d'araignée ne valent guère que par la révélation qu'elles servent. Comparé à l'intensité de l'arc d'Urasue, ce préambule illustre les limites du schéma du monstre de la semaine, un moteur qui tourne ici un peu à vide.
  • Une héroïne réduite au rôle d'enjeuLe prix de l'idée brillante est payé par Kagome: dépouillée de son âme, elle traverse une partie de l'arc en simple réceptacle, spectatrice de sa propre dépossession. La rivale gagne en épaisseur ce que l'héroïne perd provisoirement en initiative, un déséquilibre que le tome ne corrige pas tout à fait.

À qui s’adresse ce livre ?

Ce tome s'adresse d'abord au lectorat shonen, adolescent et adulte, déjà engagé dans la série, celui qui a commencé au premier volume et suit la quête des éclats du Shikon. Les amateurs de fantasy romantique et de folklore japonais (yokai, prêtresses, malédictions, âmes réincarnées) y trouveront un condensé du savoir-faire de Takahashi. Il conviendra aussi aux spectateurs de l'anime curieux de revenir à la source dessinée, plus sèche et plus rapide. En revanche, ce n'est pas le point de départ à conseiller: un nouveau lecteur devra impérativement commencer par le tome 1. Le contenu, aventureux et sentimental, mêle une violence modérée et quelques gags légèrement grivois, mais reste accessible à un large public d'adolescents.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Éditions référencées, avec ISBN, éditeur, date de parution et format
ÉditionÉditeurParutionFormatISBNDisponibilité
Inu-Yasha, tome 5KanaAutre · 192 p. · Français978-2-87129-434-4Non renseigné

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.