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MangaLangue d’origine : Japonais

Je comprends ce que vous ressentez

Première publication
2008
Éditions référencées
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De quoi parle ce livre ?

Quarante-cinquième tome de la série chez Glénat, ce volume rassemble les chapitres 431 à 440 et ouvre l'arc Post-Enies Lobby, dernier de la saga Water Seven, sur un tout autre régime que le précédent. L'équipage, victorieux mais épuisé, est rentré à Water Seven quand y débarque le vice-amiral Monkey D. Garp, grand-père de Luffy. La visite tourne à la leçon de famille et livre au passage une révélation considérable : le père du capitaine s'appelle Monkey D. Dragon et dirige l'Armée Révolutionnaire. Ailleurs sur les mers, un interlude fait se rencontrer Barbe Blanche et Shanks le Roux, et donne un nom à ce qui attend au bout de Grand Line, le Nouveau Monde. À Water Seven, Franky achève le navire promis, le Thousand Sunny, taillé pour mener l'équipage jusqu'au bout du monde, et rejoint la bande comme charpentier, tandis qu'Usopp revient après avoir reconnu ses torts. Le dernier chapitre décroche brutalement pour ouvrir, très loin de là, le duel entre Ace aux poings ardents et Barbe Noire. Dix chapitres de décompression, de règlements de comptes affectifs et de recomposition.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

4/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Le calme des vainqueurs, et un nom lâché en riant

Après le fracas d'Enies Lobby, Oda accorde à ses personnages comme à ses lecteurs un tome de respiration. Ce quarante-cinquième volume n'est pas un tome de bataille : c'est un tome de bilan, de recomposition et de préparation, où l'auteur solde les dettes affectives laissées par l'arc précédent tout en plantant des jalons dont la portée ne se mesurera que beaucoup plus tard. Le pari n'a rien d'évident dans un shonen prépublié au rythme hebdomadaire, où chaque chapitre doit tenir seul et où un volume relié sans affrontement risque de passer pour un temps mort. Il est ici tenu, et par des moyens qui méritent d'être regardés de près.

Le tome avance par vagues successives plutôt que par montée continue, et le simple ordre des chapitres en donne le programme. Les deux premiers, « Le poing de l'amour » et « De surprise en surprise », imposent Garp, figure à la fois comique et écrasante, dont les coups de poing paternels servent de sas entre la violence de l'arc précédent et la douceur retrouvée de Water Seven. Oda emploie le gag comme amortisseur : le rire dissipe la fatigue accumulée, et c'est dans ce relâchement qu'il glisse le nom de Monkey D. Dragon, énoncé presque en passant, sans planche solennelle ni effet de manche. L'économie est remarquable, car l'information compte parmi les plus lourdes que la série ait livrées jusque-là, et le lecteur la reçoit au milieu d'une scène de comédie familiale, sans que la mise en page s'y attarde.

Vient ensuite un décrochage : sous les titres « Le nouveau monde » et « Barbe blanche et Shanks le roux », le récit quitte un moment l'équipage pour d'autres pirates. Ces planches ne servent à rien dans l'immédiat, et c'est leur fonction. Elles nomment, elles situent, elles laissent sentir qu'il existe, très loin des héros, des puissances d'un autre ordre. L'élargissement d'horizon passe par le seul dessin : silhouettes massives, noirs saturés, occupation de la case qui écrase tout ce qui l'entoure. Le contraste avec le trait rond et élastique réservé à l'équipage est frappant, deux échelles de monde cohabitant dans le même volume à quelques pages d'intervalle.

Le cœur du tome, consacré au navire, relève d'un registre encore différent, celui de l'émerveillement mécanique. Oda y déploie son goût des vues d'ensemble, des coupes et du détail de charpente, avec un plaisir de dessinateur qui déborde largement le besoin narratif. Le Thousand Sunny est traité comme un personnage, seule façon honnête de succéder au Vogue Merry après ce que le tome précédent en a fait : non pas un remplaçant, mais une promesse.

Le dernier tiers repose sur une bascule assumée du burlesque au sentiment. Deux chapitres entiers, « Pants from Franky House » et « Nu comme un ver, fort comme un lion », sont bâtis sur un gag corporel d'une trivialité complète ; celui qui suit s'appelle « Pride », et l'on y voit un personnage ravaler le sien devant tout l'équipage. Ce voisinage, qui devrait tuer l'émotion, la renforce : Oda tient de longue date que la pudeur de ses personnages ne s'exprime qu'à travers le ridicule, et la réconciliation gagne en justesse d'être arrachée plutôt que déclamée. Le découpage y prend son temps, les regards portent la scène autant que les dialogues. Le volume se referme sur un décrochage géographique brutal, l'ouverture du duel entre Ace aux poings ardents et Barbe Noire, dont la fonction est moins de conclure que de rappeler qu'une autre horloge tourne pendant que l'équipage se repose. Comme place dans l'arc, ce tome est une charnière : il solde les comptes de Water Seven et prépare, sans le dire, un basculement d'une tout autre ampleur.

Notre verdictTome de transition au sens le plus exigeant du terme, ce quarante-cinquième volume assume de ne rien conclure et de tout préparer. Oda y fait ce qu'un feuilletoniste doit faire après un sommet : baisser le régime, réparer ses personnages, reconstituer son équipage et son navire, puis glisser dans ce calme deux ou trois informations dont on ne mesurera la portée que beaucoup plus tard. Le dessin y est plus généreux que spectaculaire, le découpage plus patient que nerveux, et l'humour sert de véhicule à l'émotion plutôt que de récréation. Ses défauts sont ceux de sa fonction : peu d'enjeu immédiat, un gag qui s'attarde, une fin laissée en l'air. Ils pèsent peu au regard de ce que le volume réussit, faire aimer un navire neuf quelques semaines après en avoir enterré un autre, et remettre en ordre de marche un équipage disloqué. Une charnière, beaucoup plus dense qu'elle n'en a l'air.

Points forts

  • Une révélation capitale glissée dans le rireLe nom du père de Luffy tombe au détour d'une scène de famille burlesque, sans double page ni ralentissement. Le procédé évite l'emphase et rend l'information plus troublante encore: elle reste suspendue au-dessus du tome sans que personne, autour de la table, n'en mesure la portée.
  • Le Thousand Sunny traité comme un personnageSuccéder au Vogue Merry après ce qu'en a fait le tome précédent relevait du piège. Oda s'en sort par le dessin: vues d'ensemble, coupes, détails de charpente, plaisir manifeste de la mécanique. Le navire n'est pas présenté comme un remplaçant mais comme une promesse, ce qui justifie à lui seul le ralentissement du récit.
  • Un interlude qui agrandit la carteLa rencontre entre Barbe Blanche et Shanks le Roux n'a aucune conséquence immédiate, et c'est sa force. Quelques planches suffisent à installer une échelle supérieure de puissance et à donner au Nouveau Monde une réalité concrète, par la seule composition des cases et le poids des noirs.
  • Une réconciliation arrachée, jamais déclaméeLe retour d'Usopp se paie comptant: il lui faut ravaler son orgueil devant tous, et le lecteur assiste à chaque étape de cet abaissement. Le découpage prend son temps, les regards portent la scène autant que les dialogues, et l'émotion naît de la gêne plutôt que du discours.

Réserves

  • Un volume sans enjeu immédiatAucun affrontement ne structure ces dix chapitres, et le premier tiers étire les retrouvailles au-delà du nécessaire. Lu isolément, le tome peut donner une impression de flottement, surtout à qui découvre la série en volumes reliés plutôt qu'en prépublication.
  • Un gag qui occupe deux chapitresLa plaisanterie autour du slip de Franky s'étale sur deux chapitres entiers et tourne à vide sur la fin. Elle fonctionne comme détonateur émotionnel, mais sa mécanique de répétition, calibrée pour une lecture hebdomadaire, s'use nettement en lecture continue.
  • Une fin volontairement suspendueLe dernier chapitre abandonne Water Seven pour ouvrir un duel qui ne trouvera pas sa réponse ici. La coupure, héritée du rythme de prépublication, est plus abrupte que d'ordinaire et laisse le volume s'achever sur une amorce plutôt que sur un point final.

À qui s’adresse ce livre ?

Ce tome s'adresse d'abord au lecteur qui suit la série dans l'ordre et arrive ici avec le deuil du tome précédent encore frais : c'est pour lui qu'il est écrit, et il y trouvera la récompense affective de deux arcs éprouvants. Ceux que passionnent la mythologie interne de la série, les générations de pirates, les lignées et les hors-champ y verront un volume décisif malgré son calme apparent. Le lecteur venu chercher de l'action restera en revanche sur sa faim : le seul véritable affrontement qu'il amorce s'arrête aussitôt commencé. Quant à entrer dans One Piece par là, il n'en est pas question, rien ne s'y comprend sans les quarante-quatre tomes précédents. C'est en revanche un excellent volume pour mesurer l'étendue du registre d'Oda, capable d'enchaîner dans la même séquence le burlesque le plus trivial et la gravité la plus retenue, sur des planches en noir et blanc qui se lisent de droite à gauche et où le blanc pèse autant que le trait.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Aucune édition référencée pour cette œuvre.

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.