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MangaLangue d’origine : Japonais

Je serai toujours à tes côtés

Première publication
2015
Éditions référencées
0

De quoi parle ce livre ?

Soixante-quatorzième tome de la série, paru chez Glénat le 1er avril 2015, ce volume réunit les chapitres 732 à 742 et forme le cinquième volet de l’arc Dressrosa. L’île reste tenue par Doflamingo, et l’équipage au chapeau de paille y opère désormais sur plusieurs fronts. L’opération Dressrosa S.O.P. passe à l’exécution : Usopp, Robin et les nains gagnent le monde souterrain de l’île, puis la tour de contrôle où se tient Sugar, dont le pouvoir a changé une partie des habitants en jouets, tandis que le soldat de plomb quitte le groupe pour tenter d’atteindre Doflamingo. Ailleurs, Luffy, Zoro et Violette s’ouvrent un passage vers le palais et se heurtent à Pica, pendant que Franky affronte Señor Pink devant la maison des jouets. Au Colisée, le bloc D trouve son terme et la finale pour le pyro-fruit s’ouvre, Diamante entrant lui-même en lice. Le tome expose aussi les véritables intentions de l’amiral Fujitora à l’égard du statut de Grand Corsaire, et revient longuement sur le passé de Kyros, le gladiateur légendaire dont la statue trône à Dressrosa, et sur ce qui le lie au soldat de plomb. Il emprunte son titre à son dernier chapitre, « Je serai toujours à tes côtés ».

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

3,5/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Onze chapitres, cinq fronts : le tome où Dressrosa se met à tourner

Un tome de shonen au long cours ne se juge pas comme une œuvre close : c’est un segment, et le 74 l’assume mieux que la plupart. Il ne conclut presque rien, mais il branche enfin les uns sur les autres les fils que Dressrosa laissait pendre depuis quatre volumes. Onze chapitres, cinq fronts, un titre emprunté à sa dernière page : c’est un volume de manœuvre, où le récit cesse d’aligner ses pièces pour commencer à les faire tourner ensemble.

Le principe de composition est le montage alterné, poussé ici assez loin. Un chapitre suit la descente d’Usopp, de Robin et des nains vers le port souterrain ; le suivant remonte au Colisée, où s’achève le bloc D ; un troisième place Fujitora face à Doflamingo dans le palais ; un quatrième lance Luffy et Zoro à l’assaut des étages ; un cinquième laisse Franky seul devant la maison des jouets. La prépublication hebdomadaire dans le Weekly Shonen Jump impose à chaque chapitre sa chute et sa relance, et l’on sent parfois la mécanique : tel front occupe six pages puis disparaît pour quarante. Lu d’une traite en tankobon, ce va-et-vient produit pourtant autre chose qu’une gêne. Il installe une horloge. Chaque coupure rappelle que les fronts partagent la même échéance, et que ce qui se joue dans la tour de contrôle décidera du sort de tous les autres. C’est le vrai geste dramaturgique du tome, et il est plus retors qu’il n’y paraît. L’enjeu n’est pas ici de vaincre un adversaire plus fort, figure canonique du genre, mais d’atteindre une cible : Sugar. Le suspense porte sur l’accès, non sur la puissance, et Oda place au centre du dispositif le membre le moins combatif de son équipage. Que l’arc repose un moment sur les épaules d’Usopp, dont la couardise sert de ressort comique depuis soixante-dix tomes, relève d’un renversement calculé : le chapitre 741, « Usoland le menteur », en fait ouvertement son sujet, où l’on voit le personnage prendre la fuite avant de se raviser, moins par courage que sous le poids de la foi que les nains placent en leur héros. Le dessin, lui, sépare nettement les étages de l’île. Dressrosa reste une scène baroque, façades d’inspiration ibérique, foules compactes, hachures serrées, quand le monde souterrain lui oppose des noirs plus lourds et des perspectives écrasées. Les lieutenants-chefs de la Family sont traités en silhouettes-concepts : la masse gluante de Trébol, la muraille mouvante de Pica, l’accoutrement absurde de Señor Pink. Oda dessine des pouvoirs autant que des corps, et cette lisibilité graphique compense le nombre de personnages tenus en scène. En noir et blanc, le seul écart entre les jouets aux traits ronds et les gladiateurs hachurés accomplit déjà une part du travail thématique. Reste la place dans l’arc. Le 74 est un tome charnière, pas un tome de bascule. En annonçant à Doflamingo ce qu’il compte faire du statut de Grand Corsaire, Fujitora y introduit une troisième force qui défait le partage simple entre pirates et Marine, tandis que le long retour sur la vie de Kyros arme une charge émotionnelle que le volume préfère garder en réserve. Presque rien n’y tombe. Presque tout y est mis en position.

Notre verdictTome de manœuvre plus que tome de choc, le 74 fait ce qu’on attend d’un volume charnière : il resserre, il synchronise, il arme. Sa réussite tient au refus du duel attendu, remplacé par une course d’accès dont Usopp devient le pivot improbable, et à un montage alterné qui, lu d’un bloc, se convertit en compte à rebours partagé. Ses limites sont celles du format poussé à son point de tension maximal : beaucoup de fils, quelques-uns trop brefs, une poule de tournoi expédiée par un coup de force et une dépendance entière aux volumes précédents. On ne le lira pas seul, on le lira à sa place, et à sa place il tient remarquablement. Reste que tout ce qu’il installe avec soin, il le laisse en suspens : c’est un tome qui prépare une déflagration sans encore la faire entendre.

Points forts

  • Un montage alterné qui se change en compte à reboursLe va-et-vient entre le souterrain, l’arène, le palais, la maison des jouets et la confrontation verbale de Fujitora pourrait éparpiller le récit; il produit l’inverse. Lu d’un bloc, le volume synchronise ses fronts et fait sentir qu’ils dépendent tous de la même échéance. La coupure de chapitre, contrainte de la prépublication hebdomadaire, devient ici une unité de tension.
  • Usopp au centre, contre l’évidence du shonenConfier l’objectif décisif au personnage le moins puissant, et faire de la ruse sa seule arme, vaut mieux que le duel de force attendu. Le tome tire de cette inversion à la fois son comique et son enjeu, sans surenchérir sur les techniques ni sur les rangs de puissance.
  • Des silhouettes qui énoncent les pouvoirsTrébol, Pica, Diamante, Señor Pink: chaque lieutenant-chef s’identifie au premier coup d’œil, par la masse, la texture ou le costume. Dans un volume qui manipule des dizaines de personnages sur onze chapitres, cette lisibilité graphique n’est pas un ornement, c’est ce qui rend le montage suivable.
  • Fujitora, une troisième force qui fausse l’échiquierEn exposant ses véritables intentions devant Doflamingo, l’amiral refuse le partage net entre camps: il annonce à un Grand Corsaire ce qu’il compte faire de ce statut. La Marine cesse d’être un bloc homogène et l’arc gagne une couche politique qui manquait à ses premiers volumes.

Réserves

  • Un tome presque illisible hors contexteLe volume suppose acquis un casting installé depuis l’arrivée à Dressrosa, quatre tomes plus tôt, plusieurs alliances récentes et les règles d’un tournoi commencé ailleurs. Qui l’ouvrirait seul n’y trouverait qu’une mêlée de noms propres. C’est la condition du format, mais elle est ici particulièrement stricte.
  • Le bloc D liquidé par un coup de forceLa dernière poule d’un tournoi étalé sur quatre tomes se règle en quelques planches: le double d’un des combattants fauche le plateau entier, et la survivante l’emporte sans avoir eu à vaincre quiconque. Le procédé libère le récit vers la finale, mais il annule d’un trait un enjeu longuement entretenu.
  • Des fils interrompus trop courtCertaines lignes ne reçoivent que quelques pages avant de céder la place, et l’on referme le tome en se disant que deux ou trois d’entre elles auraient gagné à un développement continu plutôt qu’à un rappel périodique.
  • Un comique qui désamorce la tensionLes gags, autour de la panique d’Usopp comme du numéro de Señor Pink, tombent parfois à l’instant précis où la scène montait. C’est une constante d’Oda et une part de son charme, mais dans un volume aussi tendu, l’effet de rupture se paie.

À qui s’adresse ce livre ?

Ce tome s’adresse d’abord au lecteur déjà installé dans l’arc Dressrosa : il ne fonctionne pas comme une porte d’entrée, mais comme un mouvement avancé d’une longue partition. Les amateurs de shonen d’aventure au long cours, habitués à ce que la tension se construise sur plusieurs volumes plutôt qu’à l’intérieur d’un seul, y trouveront l’un des tomes les plus denses de la séquence. Ceux qui apprécient chez Oda la construction en réseau, les revirements d’alliances et les seconds rôles promus au premier plan seront servis. On le déconseillera en revanche à qui découvre la série, comme à qui cherche un affrontement frontal et résolu : l’essentiel se joue ici en déplacements, en préparatifs et en révélations différées. L’édition Glénat conserve le sens de lecture japonais, de droite à gauche, et le noir et blanc de la prépublication.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Aucune édition référencée pour cette œuvre.

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.