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Couverture de Jesse James

Bande dessinéeLangue d’origine : Français

Jesse James

Première publication
1969
Éditions référencées
1

De quoi parle ce livre ?

Jesse James est un album de la serie Lucky Luke, scenarise par Rene Goscinny et dessine par Morris, paru en 1969. La bande dessinee transpose sur un mode parodique la figure du hors-la-loi americain Jesse James (1847-1882) et de sa bande, actifs dans l'Ouest de l'apres-guerre de Secession. Dans le recit, Jesse James se reclame de Robin des Bois et pretend voler aux riches pour donner aux pauvres, le pauvre en question etant surtout lui-meme. Il est entoure de son frere Frank, personnage lettre qui cite sans cesse Shakespeare, et de leur complice Cole Younger. La bande multiplie les attaques de diligences, de banques et de trains. Lucky Luke, le cow-boy solitaire, est charge de mettre un terme a leurs agissements et finit par demanteler le gang. L'album illustre la veine de la serie qui revisite des personnages reels de la conquete de l'Ouest, en melant clins d'oeil historiques et ressorts comiques.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

4/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Jesse James, ou le hors-la-loi qui se rêvait Robin des Bois

Trente-cinquième album de la série, Jesse James (1969) appartient à la grande période où René Goscinny et Morris s'emparent des figures historiques du Far West pour les caricaturer. Le duo choisit ici l'un des bandits les plus mythifiés de l'Amérique et l'attaque par son point faible : la légende dorée qui l'entoure. Ce Jesse James se rêve en Robin des Bois moderne, mais l'album s'emploie méthodiquement à démonter l'imposture. Voilà qui mérite qu'on s'y arrête, car la bande dessinée y fait bien plus que raconter une poursuite : elle défait un mythe, celui du bandit au grand coeur.

Le choix du sujet n'a rien d'anodin. Jesse James compte parmi les hors-la-loi les plus mythifiés de l'histoire américaine : de son vivant déjà, puis après sa mort, la culture populaire (ballades, romans à quatre sous) l'a transformé en Robin des Bois de l'Ouest, en bandit au grand coeur volant les riches pour secourir les pauvres. C'est précisément cette légende que Goscinny prend pour cible. Là où tant de récits entretiennent le romantisme du bandit social, l'album le désamorce en le prenant au mot : et si ce Robin des Bois autoproclamé n'était qu'un égoïste habile à maquiller sa cupidité en générosité ?

La construction obéit au schéma rodé de la série : un fléau s'abat sur une région, Lucky Luke arrive, observe, puis règle le problème. Mais Goscinny ne se contente pas de la mécanique. Il installe un trio d'antagonistes dont chaque membre porte un ressort comique autonome. Jesse James, d'abord, avec son obsession de Robin des Bois : il jure de voler aux riches pour donner aux pauvres, avant de conclure invariablement que le plus pauvre des environs, c'est encore lui, et de tout garder. Ce gag récurrent, répété avec de légères variations, devient le fil satirique de l'album : il vise moins le personnage historique que la propension humaine à travestir l'égoïsme en vertu. Frank James, ensuite, cultivé jusqu'à l'absurde, ponctue les hold-up de citations de Shakespeare, décalage burlesque entre la grandiloquence théâtrale et la trivialité du brigandage. Cole Younger complète la bande d'une présence plus fruste, contrepoint utile, même si le personnage reste nettement moins nourri que les deux frères et sert surtout de faire-valoir.

Le style graphique de Morris est à son sommet dans ces années-là : trait nerveux et lisible, sens du mouvement, décors de western réduits à l'essentiel mais immédiatement évocateurs. Sa mise en scène épouse le rythme du gag, ménageant la case muette, l'accélération, la chute visuelle. Le tandem texte-image joue la complémentarité : Goscinny écrit une comédie de mots (jeux verbaux, anachronismes, allusions historiques), Morris la traduit en comédie de gestes et de regards, chaque expression de visage prolongeant la réplique.

Thématiquement, l'album prolonge un geste récurrent de la série, qui s'était déjà employée à dégonfler Billy the Kid ou Calamity Jane : prendre une idole du Far West et la ramener à une humanité médiocre ou risible. Ici, la cible n'est pas seulement l'homme mais la fabrique même de la légende, l'écart entre le personnage réel et son image de papier, le romantisme trompeur du hors-la-loi. Le tout sans jamais peser, sous couvert de pur divertissement.

Notre verdictJesse James n'est sans doute pas l'album le plus inventif de Lucky Luke sur le plan narratif, mais il compte parmi les plus fins par son humour. En logeant au coeur de l'histoire un bandit qui se ment à lui-même, Goscinny signe une satire aussi drôle qu'intelligente, que le dessin de Morris porte à son meilleur niveau. Le gag du faux Robin des Bois et le personnage de Frank James suffiraient à eux seuls à justifier la lecture. On regrette une répétition assumée, un canevas balisé et un Cole Younger en retrait, mais l'ensemble reste un classique solide de la série, à mettre entre toutes les mains. Une belle réussite de la grande époque, à défaut d'être un sommet absolu.

Points forts

  • Le ressort satirique du faux Robin des BoisFaire de Jesse James un justicier autoproclamé qui garde tout pour lui est une trouvaille aussi comique que politique: l'idée transforme la simple parodie de western en fable sur l'hypocrisie, d'autant plus efficace qu'elle vise une tournure d'esprit universelle plutôt que le seul brigand.
  • Frank James, l'érudit hors-la-loiLe frère qui déclame Shakespeare entre deux braquages installe un contraste burlesque irrésistible entre la culture savante et la sauvagerie du grand banditisme, et offre à Goscinny un terrain de jeu verbal particulièrement savoureux.
  • Le sommet graphique de MorrisLe dessin allie lisibilité, dynamisme et économie: quelques traits suffisent à planter un décor de Far West, et la mise en page sert le minutage comique avec une précision d'horloger, au diapason du scénario.

Réserves

  • Une mécanique un brin répétitiveLe gag central, aussi brillant soit-il, repose sur la répétition, et le lecteur adulte peut trouver que la seconde moitié de l'album décline une formule déjà pleinement comprise dès les premières pages.
  • Un canevas narratif convenuLa trame (le héros solitaire qui vient à bout d'une bande) reproduit le schéma habituel de la série sans grande surprise structurelle: on lit Jesse James pour ses caractères et ses gags, beaucoup moins pour son intrigue.
  • Un troisième larron laissé en retraitFace à Jesse et à Frank, tous deux dotés d'un ressort comique fort, Cole Younger fait pâle figure: le personnage reste sous-exploité et se réduit le plus souvent à un simple faire-valoir, ce qui déséquilibre un peu le trio.

À qui s’adresse ce livre ?

Jesse James s'adresse d'abord aux amateurs de Lucky Luke et, plus largement, à tous les lecteurs de bande dessinée franco-belge classique. Les enfants y trouveront une aventure de western lisible et rythmée, avec ses poursuites et son cow-boy imbattable. Mais l'album se savoure pleinement à l'âge adulte, quand on saisit la satire de la légende du bandit au grand coeur, les citations de Shakespeare et le regard ironique porté sur le mythe américain. C'est aussi une bonne porte d'entrée pour qui veut découvrir la période Goscinny de la série, la plus riche en second degré. Les lecteurs en quête d'une intrigue policière complexe ou d'un western réaliste passeront leur chemin : on est ici dans la comédie assumée.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Éditions référencées, avec ISBN, éditeur, date de parution et format
ÉditionÉditeurParutionFormatISBNDisponibilité
Jesse JamesDargaudn.c.Autre · 45 p. · Français978-2-205-00393-2Non renseigné

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.