Le fil littéraireParutions, entretiens, critiques et patrimoineRecevoir l’essentiel
Rechercher

MangaLangue d’origine : Japonais

L'aventure d'Oden

Première publication
2020
Éditions référencées
0

De quoi parle ce livre ?

Quatre-vingt-quinzième tome de One Piece, paru chez Glénat le 1er juillet 2020, il réunit les chapitres 954 à 964 prépubliés dans le Weekly Shonen Jump et prolonge l’arc du pays des Wa, engagé depuis plusieurs volumes. À la veille du festival du feu, l’alliance de pirates et de samouraïs règle ses derniers préparatifs, pendant que Kaido gonfle ses effectifs avec les Numbers et scelle son entente avec l’équipage de Big Mom. Luffy travaille le fluide offensif avancé, Zoro apprivoise le sabre Enma qu’il vient de recevoir. Ailleurs, le monde apprend l’abolition de l’ordre des sept grands corsaires, et Sengoku raconte à de jeunes marines l’histoire de l’équipage de Rocks. La nuit venue, les fourreaux rouges constatent que leurs renforts manquent au port de rendez-vous et choisissent de gagner Onigashima sur une simple barque, en sachant qu’ils partent au sacrifice. Le volume bascule alors des décennies en arrière, du côté d’Oden Kozuki : l’incident du dieu de la montagne, le bannissement hors de la capitale des fleurs, le ralliement de ses vassaux, puis son entêtement à embarquer avec Barbe Blanche, où l’attend une rencontre nommée Toki.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

4/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Le tome qui suspend l’assaut pour aller chercher la légende d’Oden

Un tankobon de shonen hebdomadaire n’a pas de fin, il a une coupe : tout se joue dans le choix de l’endroit où l’on referme. Le tome 95 conduit l’alliance jusqu’au seuil de son attaque, la laisse devant un port vide, lui fait choisir le sacrifice, puis referme le présent d’un coup sec pour ouvrir un long retour en arrière sur la jeunesse d’Oden. Cette bascule, placée au chapitre 960, est le vrai sujet du volume.

Le découpage est net, presque géométrique : six chapitres au présent, cinq dans le passé. La première moitié procède par montage alterné. Oda tresse les derniers préparatifs de l’alliance, la montée en puissance de l’équipage des cent bêtes avec l’arrivée des Numbers, l’entraînement de Luffy au fluide offensif avancé et le corps à corps de Zoro avec Enma, un sabre qui lui résiste au lieu de lui obéir. Puis il ouvre une fenêtre sur l’extérieur : l’abolition de l’ordre des sept grands corsaires, les remous qu’elle provoque, et le récit que Sengoku fait à de jeunes marines de l’équipage de Rocks. Ces pages de respiration mondiale coûtent au rythme du volume et rapportent à l’échelle de la série : elles rappellent que le pays des Wa n’est pas une bulle et que l’entente entre Kaido et Big Mom vaut déclaration de guerre au monde entier.

La dramaturgie de cette première moitié tient tout entière dans une absence : le port de rendez-vous est vide. Oda y installe la figure la plus efficace du tome, celle du plan qui échoue avant d’avoir commencé, et il en tire non pas un repli mais une décision de sacrifice. Les fourreaux rouges montent dans une barque pour Onigashima. C’est le sommet de tension du volume, et c’est exactement là que le récit coupe.

Le basculement vers le passé est donc, techniquement, un report. Reste à savoir s’il est gratuit. Il ne l’est pas : le lecteur vient de voir des hommes accepter de mourir pour un mort, et le retour en arrière répond à la seule question qui subsiste, celle de savoir qui était cet homme. Le chapitre 960, numéro rond, sert de portail, et le volume porte le nom d’Oden en couverture, ce qui indique assez où l’auteur place le centre de gravité. Le passé enchaîne un morceau de bravoure, l’incident du dieu de la montagne, puis suit une courbe classique et efficace : le fils turbulent, le bannissement hors de la capitale des fleurs, l’errance, le ralliement de vassaux qui ne le quitteront plus, enfin l’arrivée du navire de Barbe Blanche et l’entêtement d’Oden à embarquer.

Le dessin accompagne la bascule sans rupture ostentatoire. Les planches en noir et blanc, lues de droite à gauche, conservent la grammaire visuelle de l’arc : charpentes de bois, kimonos, trames à motifs, onomatopées calligraphiées qui traversent les cases. Le passé est simplement plus ample dans ses scènes d’action et plus rond dans ses gags, comme si Oda se donnait la permission de retrouver le trait de ses premiers tomes. Oden y est dessiné en énergie pure, corps toujours en surcharge dans le cadre, ce qui le distingue d’emblée d’un pays des Wa contemporain rendu, lui, en contrainte et en surveillance.

Reste la place du volume dans l’arc. C’est une charnière au sens strict : il clôt la phase de préparation et en ouvre une autre sans refermer ni l’une ni l’autre. Lu seul, il n’a pas de résolution propre. Lu à sa place, il fait ce qu’un tankobon doit faire à ce stade, recharger l’enjeu émotionnel avant la bataille.

Notre verdictUn tome de suspension, et l’un des plus habilement suspendus de l’arc. Oda mène son alliance jusqu’au point de non-retour, la laisse devant un port vide, lui fait choisir le sacrifice, puis referme la porte du présent pour aller chercher, des décennies plus tôt, la raison de ce sacrifice. Le procédé est vieux comme le feuilleton, mais il est ici motivé et placé au bon endroit. On peut regretter qu’aucune des deux lignes ne trouve sa résolution dans ces pages, et que deux chapitres d’exposition mondiale pèsent lourd pour qui ne suit pas la série de près. On aurait tort d’en faire un tome mineur : c’est lui qui donne son poids émotionnel à la bataille à venir, et le retour en arrière qu’il ouvre relance un élan d’aventure que l’arc avait laissé de côté depuis longtemps.

Points forts

  • Une bascule structurelle placée au millimètreCouper au moment où les fourreaux rouges montent dans la barque, puis rouvrir le récit sur la jeunesse d’Oden, est un geste de narrateur sûr. Le report ne dilue pas la tension, il la transfère: le lecteur attend désormais l’assaut et cherche en même temps, dans la vie d’Oden, ce qui justifie qu’on aille mourir pour lui.
  • Un retour en arrière qui retrouve l’élan des premiers tomesLes chapitres 960 à 964 changent de régime comique et de tempo. L’incident du dieu de la montagne, l’errance après le bannissement et le ralliement des vassaux relancent une mécanique d’aventure franche, moins encombrée par la politique de l’arc, portée par un personnage dont l’excès se lit en une planche.
  • Une ouverture sur le monde qui donne sa taille à l’affrontementL’abolition de l’ordre des sept grands corsaires et le récit de Sengoku sur l’équipage de Rocks élargissent l’échelle du volume sans quitter longtemps l’archipel. Ces pages installent l’idée que ce qui se joue la nuit du festival du feu déborde très largement le pays des Wa.

Réserves

  • Deux ascensions, aucune arrivéeLe tome s’interrompt deux fois en pleine montée: l’attaque d’Onigashima est décidée et non montrée, le retour en arrière est ouvert et non refermé. C’est la limite du découpage en tankobon appliquée sans amortisseur: qui lit tome par tome referme celui-ci avec deux attentes en suspens et aucune satisfaction immédiate.
  • Deux chapitres très denses pour qui ne suit pas de prèsLes pages consacrées aux mouvements de la Marine et à l’équipage de Rocks accumulent noms et allusions à un rythme qui suppose une mémoire longue de la série. Le plaisir y est celui de la récompense différée, pas celui de la scène, et le lecteur distrait traverse ces planches sans en mesurer l’enjeu.
  • Un Oden encore réduit à sa démesureLe portrait du jeune Oden joue d’abord la carte du trublion increvable, registre efficace mais large. Sur ces cinq chapitres, le personnage impressionne plus qu’il n’émeut, et sa profondeur reste à venir.

À qui s’adresse ce livre ?

Ce tome s’adresse aux lecteurs qui suivent déjà la série et abordent l’arc du pays des Wa dans sa continuité : il ne constitue en aucun cas un point d’entrée, tant sa première moitié repose sur des enjeux, des noms et des alliances installés depuis plusieurs volumes. Il conviendra particulièrement à ceux qui aiment, chez Oda, les récits d’origine et la construction lente d’une mythologie interne, ainsi qu’aux curieux de l’époque de Barbe Blanche et des zones d’ombre de l’histoire des pirates. Les lecteurs qui privilégient l’action continue et les combats résolus dans le volume où ils commencent trouveront ici un tome de transition et gagneront à l’enchaîner avec les suivants. Public shonen classique, avec la violence et les enjeux de guerre propres à cet arc.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Aucune édition référencée pour cette œuvre.

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.