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MangaLangue d’origine : Japonais

L'aventure de Vivi

Première publication
2004
Éditions référencées
0

De quoi parle ce livre ?

Vingt-troisième tome de One Piece, L'aventure de Vivi rassemble les chapitres 206 à 216, prépubliés dans le Weekly Shonen Jump, et forme la septième tranche de l'arc Alabasta. Il s'ouvre au plus fort de la bataille d'Alubarna : le compte à rebours court, la bombe qui doit emporter la ville attend au sommet de la tour de l'horloge, et l'équipage de Chapeau de paille y hisse Vivi par un moyen aussi expéditif que peu orthodoxe. En contrebas, Luffy affronte Crocodile une dernière fois, le poison du crochet dans les veines. Sur l'esplanade, l'armée royale et les rebelles continuent de s'entretuer sans savoir que leur guerre a été fabriquée de toutes pièces, et Vivi cherche comment se faire entendre d'une foule qui ne l'écoute plus. Oda fait ensuite converger ces lignes vers un épilogue qui occupe toute la seconde moitié du volume, où se règlent le sort des agents de Baroque Works, la version officielle que le Gouvernement mondial retient de l'affaire, la nouvelle valeur marchande de deux têtes et l'état d'un équipage à bout de forces. Les derniers chapitres racontent l'évasion hors du pays, puis le récit que Vivi fait elle-même de son aventure.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

4,5/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Cinq chapitres de bataille, six de retombée

L'aventure de Vivi ne commence rien : il solde. Onze chapitres pour refermer une intrigue lancée une dizaine de tomes plus tôt, avec l'obligation de tenir dans le même volume le fracas du combat final et la longue retombée qui doit lui donner un sens. C'est l'exercice le plus périlleux de la prépublication hebdomadaire, où chaque chapitre doit encore s'achever sur une accroche alors que l'histoire, elle, a déjà commencé à redescendre. Oda s'en tire par un choix de proportions, et ce choix est le vrai sujet du tome : cinq chapitres pour le dénouement, six pour ce qui vient après.

Le coup de force du volume tient en une trouvaille cruelle. Vivi gagne son combat en haut de la tour, met les deux agents hors d'état de nuire, éteint la mèche, et découvre que tout cela ne servait à rien : la bombe est à retardement. L'héroïne du tome, celle dont le nom est en couverture et dans le titre, se voit refuser le sauvetage qu'elle avait payé de plusieurs volumes d'efforts. C'est Pell qui emporte l'engin dans le ciel, et il ne redescend pas. Oda casse là une règle tacite du genre, selon laquelle celui qui se bat le plus fort obtient le droit de conclure, et il la casse au prix d'une mort, chose rare dans une série qui préfère d'ordinaire assommer ses personnages.

Le montage alterné des cinq premiers chapitres est d'une tenue remarquable. Trois fronts au moins courent en parallèle, la tour, le souterrain où Luffy encaisse le poison, l'esplanade où deux armées se massacrent pour rien, et chaque bascule tombe sur un temps fort. En prépublication, ce découpage était une machine à suspense hebdomadaire ; relu d'une traite dans le tome relié, il se lit comme un seul mouvement qui accélère, jusqu'au chapitre sobrement intitulé Zéro. Le noir et blanc y fait le gros du travail : masses de foule hachurées, ciels laissés blancs, sable rendu par des trames et des vides, et la déformation comique des visages qui subsiste jusque dans le désastre.

Vient alors la pluie, qui est la vraie récompense graphique de l'arc. Une intrigue bâtie sur une sécheresse organisée se dénoue par un événement d'image, des hachures verticales tombant sur des planches jusque-là saturées de poussière, avant que la voix de Vivi ne fasse le reste. Puis Oda consacre six chapitres à la retombée, ce qui est beaucoup pour un shonen d'action, et il en tire trois usages distincts. Le cynisme institutionnel d'abord : le Gouvernement mondial enterre l'affaire et attribue l'arrestation de Crocodile à Smoker et Tashigi, contre le refus du colonel. La victoire est confisquée, la récompense des vainqueurs sera que personne ne saura, et c'est la page la plus adulte du volume. Le tableau de chasse ensuite, avec une prime portée à cent millions de berrys pour Luffy et soixante millions pour Zoro, façon élégante de mesurer le chemin parcouru et de relancer la rivalité de deux têtes désormais cotées. L'adieu enfin, qui étire le sentiment sur plusieurs chapitres et assume de faire d'un tome de bataille un tome de séparation.

Notre verdictUn tome de conclusion mené avec une maîtrise du tempo que le shonen d'aventure débraillé des premiers volumes ne laissait pas prévoir. Oda y réussit le plus difficile, faire tenir en onze chapitres un climax et sa longue retombée, sans que la seconde ressemble à un service après vente. Restent l'à-coup de ton propre au rythme hebdomadaire et un dénouement de la guerre civile qui doit davantage au symbole qu'à la logique. Cela n'empêche pas ce volume d'être l'un des mieux construits de cette partie de la série, et l'endroit où l'on voit One Piece regarder en face le prix de ses victoires.

Points forts

  • Une victoire retirée à celle qui l'avait méritéeLe renversement de la bombe à retardement, juste après que Vivi a triomphé au sommet de la tour, redistribue l'héroïsme au dernier moment et fait payer le dénouement à un personnage secondaire. La dramaturgie du tome refuse à la fois la victoire propre et la victoire gratuite.
  • Un montage alterné tenu jusqu'à la dernière secondeLes cinq premiers chapitres font courir trois lignes d'action en parallèle sans jamais perdre le lecteur ni casser le tempo. Chaque bascule tombe au bon endroit, et l'ensemble, lu d'une traite dans le volume relié, se resserre en un seul mouvement au lieu de trahir son découpage hebdomadaire.
  • Le dénouement par l'image plutôt que par le discoursLe retour de la pluie règle en quelques planches ce que des pages de dialogue n'avaient pas réglé. Après des volumes de sable et de blancs écrasés, les hachures verticales de l'averse produisent un effet de soulagement purement graphique, l'un des plus beaux passages muets de cette partie de la série.
  • Une seconde moitié qui ose ne plus se battreSix chapitres d'après-guerre, consacrés à l'étouffement politique de l'affaire, aux nouvelles primes et aux adieux, là où le genre expédie d'ordinaire l'épilogue en quelques pages. Oda y installe sur les institutions un ton désabusé qui change durablement la couleur du récit.

Réserves

  • Le gag revient trop vite après la mortLe registre comique reprend ses droits presque immédiatement après le sacrifice, et la déformation burlesque des visages désamorce ce que la scène avait de grave. C'est la loi du feuilleton hebdomadaire, qui doit relancer le lecteur la semaine suivante, mais l'à-coup de ton se voit d'autant plus dans la lecture continue du tome.
  • Une paix qui tient au symbole plus qu'au récitLa guerre civile s'arrête parce qu'il pleut et parce qu'une voix finit par porter. L'émotion fonctionne, la mécanique beaucoup moins: la machination minutieuse qui avait allumé le conflit se dissout en quelques cases, sans que le rapport de force sur l'esplanade ait vraiment été tranché.
  • Un tome strictement illisible seulTout ici est un paiement de dettes contractées ailleurs, depuis l'entrée dans Alabasta une demi-douzaine de volumes plus tôt. Qui ouvrirait la série à cette page n'y verrait qu'une succession de retrouvailles et de conclusions dont il ignore les prémisses.

À qui s’adresse ce livre ?

Ce volume s'adresse d'abord à qui a suivi Alabasta depuis son ouverture : c'est un tome de paiement, dont chaque effet suppose une dizaine de volumes de mise en place. Les lecteurs attachés à Vivi y trouveront leur sommet émotionnel, ceux qui viennent pour les combats seront servis sur la première moitié puis invités à ralentir. C'est aussi un bon tome pour les amateurs d'épilogues, ceux que la question de l'après intéresse autant que celle de l'issue. Ce n'est en revanche jamais un point d'entrée, ni dans la série ni dans le format : découvrir ici à la fois le sens de lecture japonais, de droite à gauche, et une intrigue en cours de résolution serait le plus sûr moyen de passer à côté. Public adolescent et adulte sans réserve particulière, hormis quelques planches de bataille et un deuil traité frontalement.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Aucune édition référencée pour cette œuvre.

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.