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Couverture de L'étrange réveil du Schtroumpf paresseux

Bande dessinée

L'Étrange Réveil du Schtroumpf paresseux

Première publication
1991
Éditions référencées
1

De quoi parle ce livre ?

Quinzième volume de la série et l'un des derniers parus du vivant de Peyo, L'Étrange Réveil du Schtroumpf paresseux rassemble en 1991 cinq histoires courtes autour du village bleu, dont celle qui lui donne son titre. Le point de départ en est savoureux : lassés de voir l'éternel dormeur ronfler pendant que chacun s'active, les Schtroumpfs décident de lui jouer un tour. À son réveil, on lui fait croire qu'il n'a pas dormi quelques heures, mais deux cents ans, et on le plonge dans un monde présenté comme méconnaissable, où ses repères se dérobent un à un. Autour de ce ressort de farce gravitent le Grand Schtroumpf, le Schtroumpf à lunettes, le Grognon et toute la petite communauté, fidèles à leurs manies. Sans rien dévoiler de la chute, l'aventure joue du décalage entre le dormeur et ceux qui le mystifient, et interroge avec légèreté la paresse, la ruse collective et la place de chacun dans le groupe. Les autres récits du recueil prolongent, sur un mode bref et enlevé, la mécanique du quotidien bleu.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

3,5/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Le sommeil, ce miroir tendu au village bleu

Il y a, dans le vaste catalogue des Schtroumpfs, les albums de grande aventure et ceux, plus modestes, qui avancent par petites touches. L'Étrange Réveil du Schtroumpf paresseux, paru en 1991, relève de cette seconde famille : un recueil d'histoires courtes dont la plus développée, celle qui donne son nom à l'ensemble, met en scène l'un des comparses les plus universellement reconnaissables du village, ce Schtroumpf que l'on ne croise jamais qu'assoupi. L'album compte parmi les derniers publiés du vivant de Peyo, disparu fin 1992, et il porte la marque d'un studio alors parfaitement rodé à prolonger un univers devenu, depuis les années 1980, un phénomène planétaire. On y retrouve la mécanique éprouvée de la série : une communauté soudée, un grain de sable, et le retour à l'harmonie bleue.

Le principe de l'histoire-titre repose sur un ressort de comédie éprouvé et d'une efficacité redoutable : la mystification. En persuadant le dormeur qu'il a traversé deux siècles de sommeil, la communauté monte une farce dont le lecteur, lui, connaît d'emblée les ficelles, ce qui installe une complicité immédiate et un franc comique de situation. Le choix du Schtroumpf paresseux comme victime est habile : personnage passif par excellence dans un monde où chacun agit selon son nom, il devient le point aveugle autour duquel s'organise toute l'agitation. Sur le plan de la construction, on demeure dans le format resserré cher à la série, avec une progression lisible, des gags visuels qui en cadencent la mécanique et une résolution qui referme la boucle sans bavure. En juxtaposant cinq récits brefs, le recueil mise moins sur le souffle que sur la variété : c'est le plaisir de l'anecdote davantage que celui de la grande aventure.

Le trait relève pleinement de l'école de Marcinelle, dont Peyo est l'un des maîtres : rondeur des silhouettes, expressivité des visages, sens du mouvement et du rythme comique, décor forestier stylisé mais chaleureux. À cette date, la fabrication est pour l'essentiel assurée par le studio, et l'on peut trouver au dessin une application un peu lisse, moins nerveuse que dans les albums fondateurs des années 1960 ; la mise en couleurs, franche et lumineuse, sert néanmoins à merveille l'univers champignon du village. Sous la fantaisie, la série continue de dérouler ses thèmes de prédilection : la vie du groupe, la norme et l'écart, la manière dont une petite société régule ceux qui la composent. La farce faite au paresseux dit, l'air de rien, quelque chose de la pression du collectif sur celui qui rechigne à y tenir sa part, et le langage schtroumpf, jeu perpétuel sur le mot-valise, reste un plaisir de lecture à lui seul, moteur d'un humour qui opère à tous les âges.

Notre verdictL'Étrange Réveil du Schtroumpf paresseux n'est pas le titre le plus ambitieux de la série, et il ne cherche pas à l'être. C'est un recueil aimable, mené avec un métier certain, dont l'histoire-titre tire le meilleur d'un ressort tout simple : la farce faite au dormeur. On y sent le studio Peyo au faîte de sa maîtrise technique, capable de reproduire à la perfection l'univers du maître, mais aussi, peut-être, un rien de la vitalité brute des débuts qui s'estompe. Reste un objet charmant, fidèle à l'esprit de la série, qui saura amuser les enfants et attendrir les grands. Un album mineur au sens le plus doux du terme : une petite musique que l'on écoute avec plaisir, sans en attendre le moindre bouleversement.

Points forts

  • Un ressort de comédie parfaitement huiléLa mystification du dormeur, à qui l'on fait croire qu'il a sommeillé deux cents ans, noue d'emblée une complicité entre le lecteur et les farceurs, et confie à un personnage d'ordinaire spectateur un rôle central des plus inattendus.
  • Le charme intact du trait de MarcinelleRondeur des silhouettes, visages expressifs, sens du rythme comique et décor forestier chaleureux: porté par des couleurs franches et lumineuses, le dessin restitue sans faille l'univers champignon du village bleu.
  • Une morale en filigrane, sans lourdeurDerrière la farce affleure la question de la place de chacun dans le groupe, et de la pression qu'une petite communauté exerce sur celui qui renâcle à y tenir son rôle, le tout sans jamais peser sur le lecteur.

Réserves

  • Un recueil qui préfère l'anecdote au souffleEn juxtaposant des histoires courtes, l'album gagne en variété ce qu'il perd en ampleur: on est loin des grandes aventures qui ont fait la réputation de la série, et l'ensemble se feuillette plus qu'il ne se dévore.
  • Le lissage d'une production de studioLa maîtrise du studio a son revers: très appliqué, le trait perd par endroits la vitalité brute et la spontanéité qui électrisaient les albums fondateurs des années 1960.

À qui s’adresse ce livre ?

L'album s'adresse d'abord au jeune lectorat, dès sept ou huit ans, qui y trouvera des aventures courtes, lisibles et rassurantes, portées par un personnage facile à aimer et par un comique de situation immédiat. Les fidèles de longue date y reconnaîtront la mécanique familière et goûteront le plaisir de retrouver le village au grand complet, avec ses figures et ses marottes. Quant aux lecteurs adultes, nostalgiques ou curieux de l'œuvre de Peyo, ils apprécieront la variation sur la paresse et la ruse collective, même s'ils la jugeront sans doute plus sage que les sommets de la série. Ce n'est pas le titre par lequel entamer la découverte des Schtroumpfs, mais une pièce plaisante pour qui veut prolonger le voyage au pays bleu.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Éditions référencées, avec ISBN, éditeur, date de parution et format
ÉditionÉditeurParutionFormatISBNDisponibilité
L'étrange réveil du Schtroumpf paresseux[et quatre autre aventures]Cartoon créationn.c.Autre · 44 p.978-2-87345-024-3Non renseigné

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.